NOUVELLES

Algérie: le Premier ministre à Ghardaïa après la mort de 3 personnes

16/03/2014 05:58 EDT | Actualisé 16/05/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre algérien par intérim Youcef Yousfi, tout juste nommé, s'est rendu dimanche dans la ville de Ghardaïa, à 600km au sud d'Alger, après des heurts communautaires qui ont fait trois morts et plus d'une centaine de blessés.

M. Yousfi, arrivé samedi dans la nuit à Ghardaïa peu après l'annonce de la mort de trois personnes, est accompagné du ministre de l'Intérieur, du commandant de la Gendarmerie nationale et d'un haut représentant de la Sûreté nationale.

Le tout juste promu Premier ministre --il a été nommé jeudi-- a appelé les communautés mozabite (berbère) et chaâmba (arabe) à "dépasser leurs dissensions" et à "regarder vers le présent et l'avenir" lors d'une rencontre avec des Mozabites, selon un député accompagnant la délégation, Bakir Kara Omar.

Les dirigeants devaient ensuite s'entretenir avec les Chaâmbas, puis une réunion avec les deux communautés est attendue, a précisé à l'AFP l'élu, un Mozabite membre du Rassemblement national pour la démocratie (RND).

Selon le député, les Mozabites ont notamment souligné "le problème du foncier qui asphyxie la vallée du M'zab". La région est en effet confrontée à une lutte pour l'appropriation d'un espace urbain de plus en plus réduit sur fond de libéralisation économique et de forte urbanisation.

Ghardaïa, chef-lieu de la province éponyme inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco et située aux portes du Sahara, voit cohabiter depuis des siècles les communautés mozabite (berbère) et chaâmba (arabe), mais depuis plusieurs mois, les tensions sont vives entre les communautés.

Et depuis mercredi soir, ses 400.000 habitants, dont près de 300.000 berbères, vivent au rythme de nouvelles violences, qui ont fait plus d'une centaine de blessés et trois morts.

"La situation est très critique. L'Etat et les autorités locales n'ont pas maîtrisé un conflit en cours depuis des mois", explique Rachid Tlemçani, politologue.

Samedi soir, trois personnes ont été tuées "par des objets contondants" selon l'agence APS, par balles selon un notable de la ville, lors d'affrontements inter-communautaires.

La police judiciaire a ouvert une enquête, a déclaré dimanche à l'AFP un haut responsable, précisant que le calme était revenu à Ghardaïa. "Quelle que soit la nature des objets qui ont donné la mort, seule l'enquête déterminera les circonstances de ces décès et seule l'autopsie peut se prononcer sur la nature des objets ayant donné la mort", a-t-il insisté.

Selon une source hospitalière, "depuis jeudi, entre l'hôpital de Ghardaïa et la clinique privée des Oasis, nous avons enregistré 89 blessés, dont 29 agents de l'ordre et nous déplorons trois morts". Deux médecins mozabites ont en outre affirmé à l'AFP avoir soigné "plus de 100 blessés qui ne vont pas à l'hôpital par peur des arrestations".

- Crise des institutions -

Entre décembre et février, de précédents affrontements intercommunautaires avaient fait quatre morts parmi les Mozabites et plus de 200 blessés.

Depuis un mois, la ville vivait un calme relatif, mais certaines des 200 familles mozabites chassées par les violences en janvier voulaient retourner chez elles mercredi, ce qui a apparemment relancé les incidents.

Entre temps, le patron de la police avait annoncé un allègement des forces de l'ordre, dépêchées en grand nombre pour restaurer le calme.

Les Mozabites avaient "demandé l'aide des autorités locales pour assurer leur protection afin de pouvoir retourner chez eux, mais ils n'ont eu aucune réponse et à Hadj Messaoud (quartier majoritairement arabe), les Chaâmbas leur disaient: +Oubliez que vous avez des maisons+", affirmaient cette semaine à l'AFP plusieurs notables mozabites de la région.

Ceci a créé un "sentiment d'abandon", chez la communauté souligne M. Tlemçani, appelant les "autorités centrales" à "trouver des solutions radicales et non conjoncturelles".

Ce qui arrive à Ghardaïa est "tragique. C'est la parfaite illustration de la gestion par un non-Etat livré aux trafiquants. C'est la crise des institutions", estime Fatma Oussdik, sociologue et auteure d'un livre de référence sur la région.

"Les walis (préfets) sont inefficients. La représentation de l'Etat est faible pour ne pas dire inexistante", explique Mme Oussdik.

Avant l'arrivée du Premier ministre par intérim, aucun membre du gouvernement ne s'était prononcé sur ces nouveaux heurts à Ghardaïa, tous les esprits à Alger étant tournés vers l'élection présidentielle du 17 avril.

ad-amb-abh/cbo

PLUS:hp