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L'euro s'éloigne pour l'Islande, coincée avec sa monnaie moribonde

15/03/2014 01:45 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

La couronne islandaise, déclarée cliniquement morte par le gouvernement du pays il y a cinq ans, survit aujourd'hui et peut-être pour longtemps encore après l'abandon de l'adhésion à l'Union européenne.

"La couronne est morte. Il nous faut une nouvelle monnaie. La seule solution sérieuse est l'euro", disait en janvier 2009 au quotidien britannique The Guardian un responsable du gouvernement islandais, sous couvert de l'anonymat.

Cinq ans plus tard, les rêves d'euro sont très loin.

"Je ne pense pas que ça va se faire dans un avenir proche", souligne Asgeir Jonsson, économiste de l'Université de Reykjavik.

Deux partis eurosceptiques ont remporté les élections législatives de 2013, et le gouvernement de centre-droit qu'ils ont formé a tâché d'enterrer la candidature à l'UE déposée par son prédécesseur de gauche.

La couronne islandaise est sortie très abîmée de la crise financière traversée par le pays à l'automne 2008. Cette année-là, elle a perdu près de la moitié de sa valeur et son statut de monnaie librement échangeable.

Conseillé et soutenu financièrement par le Fonds monétaire international (FMI), Reykjavik avait mis en place à l'époque des restrictions strictes sur la conversion de couronnes islandaises en devises, pour éviter que l'économie ne se vide de tout son argent. Le FMI est parti depuis longtemps et ces contrôles de capitaux sont toujours en place, pour une durée indéterminée.

L'Islande n'a guère le choix. D'après la banque islandaise Arion, les investisseurs étrangers détiennent en couronnes l'équivalent de 70% du PIB qu'ils sortiraient du pays dès que possible s'ils en avaient le droit. Dans cette hypothèse, la valeur de la couronne islandaise s'effondrerait brutalement.

Mais le patronat a calculé que les contrôles de capitaux avaient réduit en 2013 de 80 milliards de couronnes (500 millions d'euros) les exportations, soit 4,5% du produit intérieur brut.

"Les entreprises passent beaucoup de temps à réfléchir à la monnaie", d'après M. Jonsson.

L'économiste en chef de la Chambre de commerce, Björn Brynjulfur Björnsson, rapporte qu'elles se sentent entravées dans leur croissance.

"Une entreprise islandaise engagée dans une concurrence internationale ne peut pas investir dans des projets à l'étranger ou acquérir de société étrangère. Si elle est dans un secteur en consolidation, elle se retrouvera souvent à la traîne", dit-il à l'AFP.

Toute société qui lève des fonds à l'étranger doit les placer auprès de la banque centrale, qui lui donnera l'autorisation de les utiliser ou non en fonction de son projet d'entreprise. "De fait nous avons une banque centrale qui surveille la stratégie de croissance internationale de toutes les entreprises islandaises. Ce n'est pas une situation saine", déplore M. Björnsson.

"Cela dit, il est clair que la couronne sera la monnaie de l'Islande pendant au moins les cinq ou dix prochaines années", estime-t-il.

Pour l'Islandais moyen, le peu de confiance qu'inspire la monnaie s'est traduite par une inflation élevée, le pays ayant dû payer plus cher ses importations.

Elle a été de 7,2% par an en moyenne depuis 2008. Non seulement les salaires n'ont pas suivi, augmentant de 6,2% par an, mais l'effet a été catastrophique sur les finances de 80% des ménages, ceux qui avaient un emprunt immobilier indexé sur l'inflation.

Quand les Islandais vont à l'étranger, tout leur paraît horriblement cher par rapport à l'époque du "boom" économique d'avant la crise financière. Difficile de savoir quand le record de voyages en 2007 (469.000 Islandais qui avaient décollé de l'aéroport international de Reykjavik) sera battu.

Rares sont donc les Islandais viscéralement attachés à la couronne. Même le groupe le plus farouchement anti-UE, la Fédération islandaise des armateurs de pêche, a quelque chose à lui reprocher: elle la trouve surévaluée.

"Il n'y a pas d'autre nation dans le monde avec moins d'un million d'habitants qui ait sa zone monétaire indépendante. Cela entraîne un certain nombre de problèmes. Le marché n'est pas liquide et la monnaie est très volatile. Il suffit de quatre ou cinq hedge funds pour faire bouger le taux de change", constate M. Jonsson.

La masse monétaire n'est que de 10,5 milliards d'euros, soit une goutte dans l'océan de la finance mondiale.

hh/amp/emb

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