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Le pape François face au défi évangélique malgré la ferveur des catholiques latinos

15/03/2014 01:45 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

Affable et direct, François, le premier pape latino-américain, a réveillé la ferveur chrétienne dans la région la plus catholique du monde, mais il aura fort à faire pour renverser la tendance face à l'explosion des cultes évangéliques.

Alors qu'environ trois habitants d'Amérique latine sur quatre se disent catholiques, soit plus de 430 millions de fidèles du Rio Grande à la Terre de feu (28% des catholiques de la planète selon l'Annuaire pontifical de 2012), la première année de pontificat de François a revigoré l'enthousiasme de croyants parfois désorientés par une Eglise jugée trop austère et coupée des préoccupations de la population.

"Il est fabuleux. C'est la meilleure personne qui pouvait occuper ce poste. Le monde (...) a besoin de beaucoup de changements. L'Eglise ne pouvait pas faire autrement", déclare ainsi à l'AFP Nancy Leiva, 49 ans, comptable à Buenos Aires, en Argentine, pays d'origine du nouveau pape.

"Avec François, le Vatican est plus proche. Il réveille un intérêt massif en Amérique latine. Chaque Sud-Américain le considère comme sien", résume Mario Miceli, vicaire de la Jeunesse de l'archevêché de Buenos Aires.

Les jeunes multiplient les participations dans les événements religieux, comme les processions, les campements solidaires, ajoute-t-il. Ils se sentent "invités et intégrés", selon lui, par ce pape si peu protocolaire ayant remis la pauvreté au centre du discours religieux.

En Argentine, avec l'élection du cardinal Jorge Bergoglio au Vatican, "la tendance des six dernières années qui montrait une chute des valeurs religieuses et les doutes vis à vis de l'Eglise s'est inversée", affirme à l'AFP la sociologue Marita Carvallo, qui a réalisé trois études d'opinion depuis 2013.

"Les espoirs des catholiques envers le nouveau pontificat ont été en partie satisfaits par François, mais il existe encore une dette que le pape ne parvient pas à régler par des mesures concrètes", notamment concernant la pédophilie dans les rangs du clergé, analyse pour sa part l'historien péruvien Juan Fonseca Ariza.

Toutefois, le souverain pontife ouvre "avec son discours la possibilité de retrouvailles entre l'Eglise et la société sur des thèmes comme le divorce, l'avortement, le mariage homosexuel, sans que cela implique de s'éloigner totalement de l'orthodoxie", poursuit-il.

- 'Beaucoup de concurrence' -

Pour Daniel H. Levine, professeur de sciences politiques à l'Université du Michigan (Etats-Unis), auteur du livre "Politics, Religion and Society in Latin America", il demeure cependant incorrect d'affirmer que "le pape puisse inverser la tendance" qui démontre une augmentation du nombre de fidèles inférieur à l'accroissement de la population.

"L'Eglise catholique ne peut pas continuer d'agir comme si elle jouissait d'un monopole. Il y a beaucoup de concurrence", avertit-il.

"J'aimerais qu'il modernise l'Eglise, car s'il ne le fait pas, les églises protestantes attirent plus de catholiques", estime ainsi Margarita Juarez, à la sortie de la messe à la cathédrale de Mexico.

Ces églises attirent en effet un nombre croissant d'adeptes, notamment parmi les populations les plus défavorisées, pariant sur un illusoire mieux-être immédiat.

Ce défi explique que le premier voyage du nouveau pape l'ait conduit au Brésil, en juillet 2013, pays comptant à la fois le plus de catholiques au monde (environ 130 millions sur 190 millions d'habitants) et une croissance spectaculaire des cultes évangéliques regroupant plus de 40 millions de fidèles.

Pour ceux "qui cherchent des réponses dans les nouveaux et nombreux groupes religieux, il faut une Église capable de croiser leur route, une Église en mesure de s'insérer dans leurs conversations", avait alors affirmé François devant 300 évêques au Brésil, les invitant à une sorte de reconquête par le "dialogue".

Beaucoup de ceux qui sont partis "ont pensé : l'idéal de vie que l'Eglise propose est en dehors de mes possibilités", avait-il ajouté, sans citer directement ces groupes néo-pentecôtistes également très implantés en Amérique centrale.

Message reçu pour Fabrizio, un touriste brésilien de 35 ans interrogé par l'AFP aux abords de la cathédrale de Buenos Aires, enthousiasmé par "ce pape de l'humilité, qui n'aime pas le faste de l'Eglise catholique, une personne simple qui transmet la simplicité".

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