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La manif contre la brutalité policière déclarée illégale après trois minutes

15/03/2014 06:33 EDT | Actualisé 15/05/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Un total de 288 personnes ont été interpelées par les policiers lors de la 18e manifestation annuelle du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), dans l'arrondissement Villeray, à Montréal, samedi.

Cinq autres personnes, quatre hommes et une femme âgés entre 19 et 24 ans, ont été arrêtées et devront se présenter en cour pour faire face à des accusations d'agression armée et d'entrave au travail des policiers, en vertu du Code criminel, a par ailleurs fait savoir le sergent Laurent Gingras, porte-parole du Service de police de la ville de Montréal.

Selon le sergent Gingras, les policiers ont déclaré le rassemblement illégal à 15 h 03, soit seulement trois minutes après l'heure prévue du début de la manifestation parce que les organisateurs n'ont pas fourni leur itinéraire. En entrevue avec La Presse Canadienne samedi soir, le sergent Gingras a déclaré que le SPVM avait maintes fois tenté d'entrer en contact avec les organisateurs du rassemblement pour connaître leur itinéraire. Ces démarches sont demeurées lettre morte, a-t-il fait savoir.

Et contrairement à des manifestations passées où il avait laissé marcher les manifestants même s'ils n'avaient pas fourni d'itinéraire, le SPVM a, cette fois-ci, choisi d'intervenir immédiatement «pour des raisons stratégiques et en raison de l'historique du mouvement», a déclaré le sergent Gingras.

Peu d'incidents ont été rapportés. Un camion du réseau d'information RDI a été vandalisé. En début de soirée, samedi, le SPVM a annoncé qu'un homme de 22 ans a été blessé à l'arcade sourcilière lors de l'intervention des policiers. Le jeune homme a été traité par les ambulanciers et aurait subi une blessure mineure. Un policier a aussi été blessé à une main.

Les personnes interpelées ont reçu un constat d'infraction en vertu du règlement municipal P-6, accompagné d'une amende de 638$.

Les manifestants avaient choisi l'intersection des rues Jean-Talon et Châteaubriand, à côté de la station de métro Jean-Talon, puisque c'est à cet endroit, il y a quelques mois, qu'un policier du SPVM a «menacé» un jeune sans-abri de l'attacher à un poteau s'il ne quittait pas le secteur sur-le-champ.

Adis Simidizija, un étudiant en sociologie qui avait filmé la vidéo de l'incident, s'est présenté à titre personnel.

«Il faut dénoncer l'approche répressive et ce délire sécuritaire où on en est rendu à accepter, par prévention, que l'on fasse une forme de propagande, parce qu'ils savent que les médias leur sont favorables», a-t-il déclaré en parlant des policiers.

«Et ça, historiquement, c'est démontré, a-t-il enchaîné. Il y a des études qui démontrent parfaitement que les médias sont favorables aux policiers parce que, souvent, ils considèrent que l'institution policière est légitime alors que les manifestants ne sont que des simples manifestants qui viennent foutre le bordel.»

Charlie Vaughan, une jeune femme qui dit faire partie de la Commission populaire sur la répression politique, a également tenu à être de la partie.

«Je suis là pour diffuser de l'information car il faut absolument, mais absolument dénoncer cette forme de répression. Elle est constante, elle est sinueuse», a-t-elle mentionné, tout en ajoutant que les policiers, selon elle, bénéficient de plus de lois pour les protéger tandis que les manifestants sont privés de leur liberté d'expression.

«La police agit impunément contre tous», a-t-elle aussi déclaré.

Les usagers du métro ont par ailleurs brièvement subi les contrecoups de cette manifestation puisque vers 15 h 15, le SPVM a demandé que les wagons ne s'immobilisent pas à la station Jean-Talon, même s'il s'agit d'une station de transfert entre la ligne orange et la ligne bleue. Les portes des édicules avaient également été fermées à clef.

Amélie Régis, porte-parole de la Société de transport de Montréal (STM), a précisé que l'interruption de service a duré 11 minutes, durant lesquelles six trains n'ont pas stoppé aux deux quais de la station Jean-Talon.

Selon le commandant Ian Lafrenière, du SPVM, les autorités policières ont agi de la sorte parce qu'elles avaient reçu des informations, via les médias sociaux, à l'effet que des manifestants pourraient prendre le métro et se diriger vers le centre-ville.

«Nous voulions empêcher cela», a déclaré le commandant Lafrenière.

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