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Afrique du Sud: manifestations contre la chasse au lion "en conserve"

15/03/2014 09:14 EDT | Actualisé 15/05/2014 05:12 EDT

Des manifestations pour la défense des lions organisée à travers le monde ont eu lieu samedi au Cap et à Johannesburg en Afrique du Sud pour dénoncer la pratique de la "chasse en conserve" visant des lions issus de l'élevage en cages, a constaté l'AFP.

Nombreuses en Afrique du Sud, des fermes à fauves élèvent des lions à des fins commerciales, à mille lieux de leur habitat sauvage naturel, pour être caressés par des touristes et chassés par des amateurs de trophée.

A Johannesburg, environ 3.000 personnes ont défilé à Zoo Lake avec des posters de lions et des banderoles proclamant "Sauvez nos lions" ou "Elevé pour être flingué".

Au Cap, l'archevêque Desmond Tutu, héros de la lutte anti-apartheid et champion de la défense de la nature et des animaux, a apporté son soutien par une prière lue durant une autre marche de plusieurs centaines de personnes.

Agé de 82 ans, l'archevêque noir n'a pas défilé lui-même, se faisant représenter par sa fille Mpho.

"Durant des années ma famille et moi avons été parmi ceux qui sont descendus dans la rue pour que tous les Sud-Africains puissent vivre et faire fructifier notre précieux pays. Aujourd'hui nous marchons pour dire que la faune fait partie de ce précieux héritage", a-t-elle dit à l'AFP. "Détruire une partie de la création divine c'est comme cracher à la face de Dieu".

Soixante-neuf villes devaient se joindre au mouvement, dont Paris, New York, Dubaï, a-t-elle rappelé.

Dans l'imaginaire collectif, le lion domine les parcs et les réserves sud-africaines.

Pourtant, 60% des lions d'Afrique du Sud, soit environ 5.000, vivent en cage pour être revendus à des zoos ou relâchés seulement quelques jours avant d'être abattus par des chasseurs, affamés, dans un espace inconnu, sans aucune chance d'échapper à leurs poursuivants.

Cette chasse, baptisée en anglais "canned hunting" ou "chasse en conserve", est très lucrative.

Une des organisatrice de la manifestation à Johannesburg Drew Abrahamson, 43 ans, conservationniste et professionnellement active dans le secteur du tourisme, a expliqué à l'AFP le cycle contre-nature vécu par ces lions.

"Ca commence par des lionceaux caressés par les visiteurs. Si bien que les lions sont complètement domptés. Les petits sont arrachés à leur mère pour ça", a-t-elle dit. "Ensuite ils deviennent trop grands et sont utilisés pour des ballades à pied. Quand ils deviennent trop dangereux, on les fait grandir, notamment les mâles, relâchés ensuite pour les chasseurs. Ceux-ci peuvent tirer tout près car les lions sont domptés".

Des lions sauvages sont capturés au Botswana pour régulièrement rafraîchir le patrimoine génétique des lions élevés en captivité, ce qui pose "des problèmes de préservation" de l'espèce, dit-elle.

Pour un lion mâle prélevé dans la nature, au moins sept meurent car les autres mâles viennent supprimer ses petits.

Inquiète, l'association de chasseurs professionnels d'Afrique du Sud a dénoncé l'amalgame.

"La +chasse en conserve+ est illégale en Afrique du Sud", a-t-elle affirmé, et "ne doit pas être confondue avec les formes de chasse légale, responsable et durable qui ont un impact positif démontré sur la préservation de la faune en Afrique du Sud et dans d'autres pays".

L'Afrique du Sud est un grand pays pour le tourisme de la chasse au gros gibier sauvage. Cela a rapporté 1,24 milliard de rands (83 millions d'euros environ) en 2012, selon une étude totalisant le prix des permis, munitions et fusils, les transports par avion, l'habillement, l'affrètement des trophées et autres excursions. Un chasseur étranger dépense en moyenne 3.336 dollars (2.400 euros).

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