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Verdict attendu au procès historique sur le génocide rwandais en France

14/03/2014 07:17 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT
ASSOCIATED PRESS
This undated photo provided by Interpol Tuesday, Feb. 4, 2014 shows Pascal Simbikangwa, 54, Rwanda's former intelligence chief. Simbikangwa could face a life sentence if convicted after the seven-week trial ? the first in France over Rwanda's genocide. He faces genocide and war crimes charges Tuesday as his trial began in France for a 1994 killing spree that left at least a half-million people in his nation dead. (AP Photo/Interpol)

La cour d'assises de Paris s'est retirée vendredi pour déterminer son verdict dans le procès historique de Pascal Simbikangwa, le premier jamais organisé en France sur le génocide des Tutsi au Rwanda, à moins d'un mois du vingtième anniversaire de ce drame.

"La tâche vous sera aisée, vous savez sûrement de quel côté penche l'innocence", a lancé l'ancien officier de la garde présidentielle rwandaise en guise de derniers mots aux trois magistrats professionnels et six jurés qui doivent se prononcer sur les accusations de génocide et complicité de crimes contre l'humanité.

Arrêté pour trafic de faux papiers dans l'île française de Mayotte, Pascal Simbikangwa est jugé par la cour d'assises de Paris au titre de la "compétence universelle" conférée par des accords avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

A l'issue de six semaines d'audience, l'accusation a réclamé dans un réquisitoire implacable la perpétuité contre un "donneur d'ordre", "génocidaire négationniste". La défense a plaidé l'acquittement, fustigeant un "château de cartes" de témoignages à charge "fragiles", construit dans un but "politique", alors que la France est régulièrement accusée par les autorités post-génocide de Kigali d'avoir soutenu et protégé le régime hutu génocidaire.

"Dites au monde qu'au nom de la France vous ne vous laisserez jamais dévier, jamais rouler", a abondé le capitaine Simbikangwa en s'adressant au jury chargé de juger des faits qui se sont produits il y a deux décennies dans un petit pays africain distant de 6.000 kilomètres.

Agé aujourd'hui de 54 ans, cloué dans un fauteuil roulant depuis un accident en 1986, il nie en bloc et n'a eu de cesse au long des six semaines de procès de minimiser son rôle et sa compréhension des massacres à l'époque.

A la stupéfaction générale, il a ainsi assuré n'avoir vu aucun cadavre pendant les 100 jours d'horreur au cours desquels 800.000 personnes, principalement tutsi, ont été massacrées entre avril et juillet 1994.

Vendredi, il a estimé que ce point constituait la "seule question", car, at-il dit, "la justice française n'a rien sur moi". "Mais qu'est-ce que j'ai à gagner en disant que je n'ai pas vu de corps?"

«Enjeu politique»

Cette position intransigeante n'a guère laissé d'options pour sa ligne de défense. D'autant que dans cette affaire sans victimes directes représentées (seules cinq ONG sont parties civiles), tout repose sur les témoignages.

Fabrice Epstein et Alexandra Bourgeot, ses avocats, se sont donc saisis des témoins les plus faibles pour jeter le doute sur l'ensemble. Et, face à un procès dont "l'enjeu est politique" juste avant les commémorations des 20 ans du génocide, ils ont appelé à la révolte des six jurés populaires, accusant - hors prétoire - le président de la cour de vouloir "se faire l'accusé".

L'accusation a cherché à préempter ces doutes en abandonnant une partie des charges, tout en faisant monter les enjeux. L'avocat général Bruno Sturlese a ainsi réclamé que la cour se prononce sur le crime de génocide, et non seulement la complicité comme le prévoyait l'accusation initiale, le code pénal ne distinguant pas entre instigateurs et exécutants en matière de génocide. Requalification qui ne change rien à la peine encourue, mais lourde de symbole.

Paradoxalement, ce sont des témoignages de Tutsi que le capitaine Simbikangwa a sauvés à Kigali qui auront été les plus embarrassants pour lui, plusieurs disant l'avoir vu stocker des armes chez lui et les distribuer. Un voisin, âgé alors de 18 ans et qui l'a suivi tout du long, a évoqué de longues semaines "en enfer".

La cour s'est retirée pour délibérer vers 09H00 GMT, après que le président Olivier Leurent a lu au jury un bref texte se terminant ainsi: "La loi ne leur fait (aux juges et jurés) que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs: Avez-vous une intime conviction?"