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Ukraine: Washington et Moscou ne s'entendent pas sur la façon d'apaiser la crise

14/03/2014 09:24 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

LONDRES - Les États-Unis et la communauté internationale ne reconnaîtront pas le résultat du référendum sécessionniste de dimanche dans la péninsule ukrainienne de Crimée, a prévenu vendredi le secrétaire d'État américain, John Kerry, après six heures de discussions avec son homologue russe.

M. Kerry a fait ces commentaires après que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, eut admis qu'il n'y avait pas de «vision commune» entre les États-Unis et la Russie sur la crise en Ukraine.

Le référendum en Crimée — une péninsule ukrainienne stratégique dans la mer Noire qui compte deux millions d'habitants — devrait se solder par un appui massif à la sécession et possiblement mener à l'annexion du territoire à la Russie. Le nouveau gouvernement à Kiev estime que le vote est illégal, mais Moscou affirme qu'il ne reconnaît pas la légitimité du nouveau gouvernement ukrainien.

Les États-Unis et les 28 pays membres de l'Union européenne (UE) jugent que le référendum en Crimée viole la Constitution ukrainienne et le droit international. Si la Crimée vote en faveur de la sécession, les États-Unis et l'UE envisagent d'imposer des sanctions dès lundi contre des responsables russes et des entreprises accusés d'aggraver la crise et de nuire au nouveau gouvernement ukrainien.

Le secrétaire d'État américain a déclaré vendredi qu'il avait mis de l'avant plusieurs idées sur la façon de respecter la souveraineté de l'Ukraine et de tenir compte des préoccupations de la Russie lors des discussions à Londres, mais M. Lavrov a clairement affirmé que le président russe, Vladimir Poutine, ne prendrait aucune décision avant le référendum de dimanche.

Le chef de la diplomatie russe a réaffirmé que la Russie respecterait les résultats du référendum et jugeait que des sanctions nuiraient aux relations entre les pays.

«Nos partenaires réalisent eux aussi que les sanctions sont contre-productives», a-t-il dit.

Une lutte sur l'avenir de l'Ukraine

Les dirigeants européens et américains ont pressé à plusieurs reprises la Russie de retirer ses troupes de Crimée et de cesser d'encourager les milices locales qui présentent le référendum comme un choix entre le rétablissement des liens historiques avec la Russie et le retour aux relents de fascisme de l'Ukraine à l'époque de la Seconde Guerre mondiale, quand certains citoyens ont coopéré avec les occupants nazis.

Ce désaccord entre la Russie et les pays occidentaux est présenté comme une lutte sur l'avenir de l'Ukraine. La plupart des Ukrainiens de l'ouest du pays sont favorables à un rapprochement avec l'UE, tandis que les Ukrainiens de l'est ont plus de liens traditionnels et économiques avec la Russie. M. Poutine fait pression depuis des mois pour ramener l'Ukraine dans le giron russe.

M. Lavrov a répété vendredi que la Russie se réservait le droit d'intervenir dans l'est de l'Ukraine pour y défendre les russophones, tout en assurant que son pays n'avait pas l'intention de déployer des troupes dans la région.

«La Russie n'a pas et ne peut pas avoir de plan pour envahir les régions du sud-est de l'Ukraine», a-t-il dit.

Un communiqué publié vendredi par le ministère russe des Affaires étrangères accuse les dirigeants ukrainiens d'avoir perdu le contrôle du pays et d'être incapables d'assurer la sécurité de la population. Moscou cite en exemple des affrontements qui ont fait un mort et 29 blessés dans la nuit de jeudi à vendredi à Donetsk, dans l'est de l'Ukraine.

Ces violences ont éclaté quand une foule pro-russe a pris à partie des partisans du gouvernement. L'Ukraine a répliqué en affirmant que l'énoncé russe témoignait d'un «cynisme impressionnant».

Les affrontements de Donetsk «avaient un lien direct avec les gestes délibérés et destructeurs de certains citoyens de la Russie et de certaines organisations sociales russes, dont les représentants sont présents dans notre pays pour déstabiliser la situation et accroître les tensions», a déclaré le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Evgeny Perebiynis, cité par l'agence Interfax.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé à la Russie et à l'Ukraine d'éviter toute provocation ou décision hâtive au cours des prochains jours, prévenant du risque d'une spirale dangereuse. M. Ban s'est entretenu jeudi avec le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk et vendredi avec le président russe Vladimir Poutine.

Ioulia Timochenko va mieux

Par ailleurs, les autorités médicales allemandes ont rapporté vendredi que l'ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko ressentait nettement moins de douleur après une semaine de traitements pour trois hernies discales. Les médecins décideront au cours des prochains jours si la femme de 53 ans aura besoin d'une intervention chirurgicale.

Mme Timochenko a passé deux ans en prison avant d'être libérée le mois dernier dans la foulée des manifestations populaires qui ont chassé du pouvoir le président Viktor Ianoukovitch. Elle n'a pas encore officiellement annoncé sa décision de briguer la présidence du pays lors des élections de mai, mais elle reste l'une des politiciennes les plus influentes en Ukraine.

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