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Ukraine: échec de la réunion de la dernière chance, Moscou promet de ne pas envahir

14/03/2014 12:44 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT
Spencer Platt via Getty Images
SIMFEROPOL, UKRAINE - MARCH 13: Advertisments are viewed along a wall on a street on March 13, 2014 in the Crimean city of Simferopol, Ukraine. As the standoff between the Russian military and Ukrainian forces continues in Ukraine's Crimean peninsula, world leaders are pushing for a diplomatic solution to the escalating situation. Crimean citizens will vote in a referendum on 16 March on whether to become part of the Russian federation. (Photo by Spencer Platt/Getty Images)

Les Etats-Unis et la Russie ont échoué vendredi à Londres à trouver une solution à la crise ukrainienne, à l'avant-veille d'un référendum pour le rattachement de la péninsule de Crimée à la Russie, Moscou assurant par ailleurs n'avoir aucune intention d'envahir les régions russophones d'Ukraine.

A Simféropol, la capitale de la région séparatiste de Crimée, le "Premier ministre" et "commandant en chef autoproclamé", Sergueiï Axionov a appelé les russophones des régions de l'est du pays à suivre son exemple et à organiser des référendums pour demander leur intégration à l'immense Russie.

Parallèlement, des appels lancés par des militants pro-russes à manifester dimanche dans les bastions russophones de l'est, notamment Kharkiv et Donetsk où un manifestant soutenant l'unité du pays a été tué jeudi soir, laissent présager un climat tendu.

A Londres, qui accueillait une rencontre de la dernière chance entre les chefs de la diplomatie russe et américain, aucune solution n'a été trouvée au terme de deux semaines d'intenses activités diplomatiques qui ont ranimé la flamme éteinte en 1991 de la Guerre froide.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait le constat de l'absence de "vision commune" de Washington et Moscou sur la situation en Ukraine après six heures de discussions avec le secrétaire d'Etat américain John Kerry. Il a également indiqué que la Russie respecterait "le souhait des habitants de la Crimée" lors du référendum de dimanche.

Dans la foulée, le maître du Kremlin Vladimir Poutine a affirmé, lors d'un entretien avec le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon que le référendum organisé dimanche était "absolument conforme" au droit international et à la Charte des Nations Unies.

A Washington, le président Barack Obama a assuré espérer toujours une solution diplomatique, tout en prévenant Vladimir Poutine qu'il y aurait "des conséquences" pour la Russie si cette voie venait à échouer.

Pas d'invasion prévue de l'Ukraine

Alors que de nombreux Ukrainiens pensent que la Russie ne s'arrêtera pas aux frontières de la Crimée et que les milliers de soldats russes massés de l'autre côté de la frontière ne sont pas simplement là pour mener des exercices militaires, Sergueï Lavrov a indiqué que son pays "n'a pas et ne peut avoir le projet d'envahir le sud-est de l'Ukraine". Il minimisait ainsi la portée des menaces voilées d'intervention formulées quelques heures plus tôt par son ministère à Moscou après de violents incidents à Donetsk.

Moscou avait en effet jeté un froid en déclarant qu'elle se réservait le droit de se porter au secours de ses "concitoyens et compatriotes en Ukraine", après des heurts qui ont fait un mort jeudi soir à Donetsk, dans l'est du pays.

La mort de cette Ukrainien de 22 ans, poignardé lors de heurts avec des sympathisants de la Russie à Donetsk, qui désormais toutes les attentions sur de possibles incidents durant le week-end.

L'Est russophone, notamment les bastions industriels de Donetsk et Kharkiv, est secoué ces dernières semaines par des mouvements sécessionnistes. Et après la mort du manifestant, le premier depuis la prise de contrôle fin février par les forces russes de la Crimée, le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov a accusé "les militants séparatistes envoyés de l'extérieur qui ont provoqué cette bagarre".

"Pour eux et leurs maîtres au Kremlin la vie humaine qu'ils prétendent protéger ne vaut rien", a-t-il fustigé.

Liste noire de responsables russes?

Avant de quitter jeudi soir Washington, John Kerry avait averti Vladimir Poutine que les Etats-Unis et l'Union européenne étaient prêts à prendre "une série de mesures très sérieuses" dès lundi, au lendemain du référendum, contre Moscou.

Selon des sources européennes, l'Union européenne se dirige vers des sanctions contre un nombre "limité" mais "politiquement significatif" d'une trentaine de personnalités jugées responsables de l'intervention russe en Ukraine.

Cette liste noire compte des parlementaires, des membres des instances de sécurité, un haut responsable du ministère de la Défense. Le quotidien allemand Bild évoque notamment le patron des services secrets russes FSB (ex-KGB).

Appel au boycott

En Crimée, la minorité tatare plutôt discrète depuis l'arrivée des forces russes est descendue dans la rue aux cris de "Soldats russes, rentrez chez vous" au lendemain de l'appel au boycottage du référendum lancé par leur leader historique Moustafa Djemilev dans une interview à l'AFP.

Brandissant des drapeaux ukrainiens, des centaines de Tatars ont manifesté dans leur fief de Bakhtchissaraï sous le regard des milices d'auto-défense pro-russes.

En visite à Bruxelles où il doit rencontrer des responsables de l'Otan, M. Djemilev devrait répéter sa demande d'une intervention de l'Alliance atlantique "avant qu'il y ait un massacre".

Sur le terrain, Moscou poursuit des manoeuvres militaires dans plusieurs régions proches de l'Ukraine. Des milliers de soldats y participent, dont quelque 4.000 parachutistes, 36 avions et environ 500 véhicules dans la seule région de Rostov-sur-le-Don.

Un haut responsable de la diplomatie américaine voyageant avec M. Kerry a exprimé sa "grande préoccupation" de voir la Russie "concentrer, pour la deuxième fois en un mois et en un laps de temps très court, d'importantes forces autour des frontières de l'Ukraine". Il a parlé d'"intimidation".

A Moscou, l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a refusé de défendre la "réunification" de la Russie et de la Crimée auprès des Occidentaux, et a appelé à arrêter "l'escalade" qui mène selon lui à une nouvelle guerre froide.

Dans la péninsule, les autorités séparatistes pro-russes achèvent les préparatifs du scrutin. L'issue ne fait guère de doute, ce qui a poussé le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius à ironiser sur un vote où les électeurs devront choisir "entre oui et oui".

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