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Tour de vis et censure sur l'internet russe en pleine crise ukrainienne

14/03/2014 10:04 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT
ASSOCIATED PRESS
A man walks past a poster reading "On March 16 We Vote Or," in Sevastopol, Crimea, Ukraine, Tuesday, March 11, 2014. Crimea?s Parliament said Tuesday that if the public votes to become part of Russia, the peninsula will declare itself independent and propose becoming a Russian state. That could offer a way of de-escalating the standoff between Russia and the West. (AP Photo/Andrew Lubimov)

La Russie a bloqué l'accès au blog de l'opposant Alexeï Navalny et à trois des principaux sites internet critiques envers le Kremlin, une initiative dénoncée par certains comme visant à verrouiller l'information sur l'Ukraine.

L'autorité de contrôle des médias, Roskomnadzor, a bloqué jeudi soir l'accès aux sites Grani.ru, EJ.ru et Kasparov.ru, fondé par le champion d'échecs et opposant Garry Kasparov, pour "incitation à des activités illégales et à participer à des rassemblements de masse qui violent l'ordre public". Les faits reprochés n'ont pas été précisés.

"C'est la façon la plus directe de verrouiller la communication sur les évènements en Ukraine", a estimé Alexandre Podrabinek, journaliste à Grani.ru. "Toute aggravation de la situation internationale incite le pouvoir à faire preuve de davantage d'autoritarisme", a-t-il ajouté.

Le blog de l'opposant Alexeï Navalny était lui aussi inaccessible vendredi: en résidence surveillée depuis le mois dernier, il a alimenté son blog alors que cela lui était interdit, a expliqué Roskomnadzor.

Cet opposant farouche à Vladimir Poutine dénonçait mercredi dans son blog la politique du Kremlin en Ukraine, mettait en doute la légitimité du référendum organisé dimanche en Crimée, et faisait l'inventaire des conséquences néfastes qu'aurait pour le pays le rattachement de ce territoire.

-"Extrémiste"-

Le blocage de son blog et des trois sites intervient deux jours après le licenciement de la rédactrice en chef du site internet d'informations le plus ancien et le plus lu de Russie, Lenta.ru, congédiée pour "diffusion de documents à caractère extrémiste".

Roskomnadzor avait reproché à Lenta.ru d'avoir mis en ligne l'interview d'un membre de Pravy Sektor, mouvement radical et nationaliste ukrainien qui a été en première ligne dans les affrontements à Kiev le mois dernier, ainsi qu'un article citant le chef de ce mouvement, Dmytro Iaroch.

Selon les experts, la crise ukrainienne, et le changement de pouvoir à Kiev, présentés essentiellement dans les médias officiels russes comme un coup de force extrémiste soutenu par les Occidentaux à des fins géopolitiques, a déclenché à nouveau tour de vis sur les médias libres.

Accuser d'extrémisme un site est "un moyen pratique" pour justifier le blocage d'un site, explique Anna Katchkaeva, spécialiste des médias.

Une loi permet depuis le 1er février sur ordre d'un procureur et sans décision d'un tribunal de bloquer l'accès à des sites internet.

Dans un paysage médiatique cadenassé par le Kremlin, l'Internet est l'un des derniers moyens d'information indépendante, et d'expression pour les opposants.

-"Rien de bon ne nous attend"-

"On assiste à un véritable ratissage des médias libres sur internet, rien de bon ne nous attend", s'inquiète Ioulia Berezovskaïa, directrice du site Grani.ru.

Le gouvernement tente de faire taire "ce qui ne va pas dans le sens de la politique dominante, de la rage patriotique, tout ce qui fait douter des actions du pouvoir", souligne Anna Katchkaeva, qui évoque aussi un "ratissage".

La prochaine étape pourrait être "le contrôle des réseaux sociaux", estime-t-elle.

"Le blocus sur l'information (...) s'accroît d'heure en heure", écrit sur son blog Anton Nossik, l'un des fondateurs de Lenta.ru, qui compare la situation actuelle des médias russes à celle connue sous l'URSS.

"Le souci n'est pas que nous n'avons nulle part où aller. Le souci, c'est qu'il semble que vous n'avez plus grand-chose à lire", ont souligné dans une lettre ouverte une quarantaine de journalistes qui quittent Lenta.ru à la suite de la rédactrice en chef.

D'autres médias indépendants sont aussi depuis quelques mois dans le collimateur du Kremlin, comme la chaîne de télévision câblée et satellite Dojd, qui a annoncé la semaine dernière n'avoir "plus qu'un mois à vivre", rejetée par les opérateurs en raison d'un sondage sur la justification des pertes humaines lors du siège de Leningrad pendant la seconde guerre mondiale, qui a fait scandale.

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