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« Les garçons et Guillaume à table! » débarque au Québec

14/03/2014 05:42 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

Pas moins de 2,5 millions de personnes ont vu Les garçons et Guillaume à table! en France. En plus d'être un succès commercial, le film récolte des critiques dithyrambiques et a obtenu cinq prix au Gala des Césars.

Le premier long-métrage de Guillaume Gallienne prend l'affiche à Montréal aujourd'hui (14 mars) et le 21 mars ailleurs au Québec. Le réalisateur-acteur-scénariste était de passage à Montréal pour faire la promotion de son film. Tanya Lapointe l'a rencontré.

Les garçons et Guillaume à table! a été le grand gagnant au Gala des Césars. Les critiques n'en disent que du bien, le public aussi. Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans les réactions que le film provoque?

Il y a de tout. Il y a le fait que les gens rient de bon coeur. C'est difficile de faire rire et ce film fait rire des gens de milieux différents, d'âges différents aussi. Ça, c'est très agréable. Il y a quelque chose de fédérateur dans le rire.

Il y a des gens qui sont très émus et qui ont des réactions très différentes. Certains sont beaucoup plus touchés par la quête d'identité. Le fait que l'identité et le sexe pour moi n'ont pas tellement de rapport... il y a des gens qui se reconnaissent là-dedans.

D'autres, c'est par rapport à la mère parce que c'est un personnage très important dans mon film ma mère. Il y a pas mal de gens qui ont des « dossiers » avec leur maman.

Parmi les cinéastes qui ont des « dossiers » avec leur mère, il y a Xavier Dolan qui a réalisé J'ai tué ma mère. À la sortie de son film, nous n'avons jamais vu sa mère dans les médias. Et vous, votre mère?

Je ne voulais pas que ma mère donne des entrevues, mais elle ne voulait pas non plus. Je l'ai protégée au maximum parce que le film c'est MA vérité, c'est pas LA vérité. C'est aussi une des raisons pour lesquelles je voulais jouer ma mère. Et ma mère, la pauvre, elle y est pour rien dans cette histoire.

Est-ce que ç'a été thérapeutique d'incarner votre mère au grand écran?

Je l'incarne depuis que j'ai 4 ans donc c'est ma thérapie depuis un moment. J'ai payé des psys très chers pendant des années pour ça. J'avais envie d'être remboursé.

Sérieusement, quand je me suis souvenu que ma mère disait :Les garçons et Guillaume à table!, tout d'un coup, il y a eu un fil conducteur avec cette phrase à la fois névrotique et fondatrice. Elle s'est mise en place comme une évidence. J'étais un jeune homme trop passif, trop bien élevé dans cette grande bourgeoisie, trop peureux de tout et trop amoureux de sa maman et qui au bout d'un moment a réussi à des clichés, des étiquettes pour se lever et devenir un acteur.

Ce film, c'est la naissance d'un acteur, d'un scénariste et d'un réalisateur.

J'ai 42 ans et c'est une naissance.

Songez-vous à écrire une suite à ce film ou une projection de la suite de votre vie?

Oui j'y songe, mais je ne suis pas encore prêt pour cela. J'ai en effet un sujet qui s'appelle Place au théâtre. Ce serait la suite, mais je suis tellement attaché à la troupe de la Comédie-Française (NDLR il en est le 513e Sociétaire) à laquelle j'appartiens depuis 18 ans. Je me dis que tant que j'y suis encore, j'aurais du mal à le faire parce que ce sera tellement collé à la réalité. J'ai tellement peur de blesser qui que ce soit. Je me dis que c'est pas encore pour maintenant.

En revanche, j'ai l'histoire d'une amie qui m'inspire mon deuxième film. Donc c'est l'histoire d'une femme, que je ne vais pas jouer. Plus tard, je continuerai le Woody Allen à la française, qui raconte son personnage un peu naïf.

Les garçons et Guillaume à table! c'est une histoire qui est d'abord née au théâtre. Est-ce que son passage sur les planches a enrichi le résultat final à l'écran?

J'en suis convaincu! D'abord, ça m'a permis de réaliser le film et de jouer les deux rôles principaux.Si je n'avais pas joué au théâtre autant de fois, je n'aurais pas eu une maîtrise du rythme comme je l'ai eue sur le tournage.

Le fait de l'avoir joué 100 fois au théâtre, j'avais l'impression qu'il y avait des rires qui étaient provoqués par la performance de l'acteur parfois au détriment de l'histoire. Du coup avec le film, j'avais envie de montrer des choses parfois moins drôles.

Dans toutes les entrevues que vous avez accordées, on vous parle d'orientation sexuelle ou d'identité sexuelle. Je sens que vous refusez de vous lancer dans un débat.

Mais c'est parce que c'est pas un débat chez moi. Il se trouve que je suis marié à une femme, que ma vie amoureuse est hétéro et donc sexuelle aussi. C'est ce que me dit ma tante dans le film; « C'est très simple, un jour tu vas tomber amoureux, si c'est une femme t'es hétéro, si c'est un mec, t'es homo. » Et voilà!

Je ne mets pas de frontière là où d'autres veulent absolument nous corseter dans la théorie du genre. Ça me gonfle. Je crois que je suis profondément bi. Voilà, s'il faut absolument une étiquette qui rassure des cons et bien voilà, je vais dire que je suis bi. Peut-être que ça va les rassurer. Moi, c'est pas tellement un problème. Mais c'est aussi pour ça que j'ai payé autant de psys pendant autant d'années. C'est que maintenant, je m'en fous.

Moi, j'ai toujours vécu avec cette femme et cet homme en moi. Au bout d'un moment, je suis devenu comme dit ma grand-mère dans le film; « on ne renie rien, on n'usurpe rien, on se justifie jamais ».

En tant que spectateur, on se reconnaît dans la personne qui appose des étiquettes, mais on se demande aussi lesquelles nous ont été imposées par notre famille et notre entourage.

C'est drôle à quel point, en faisant ce film tellement personnel,des gens se sont reconnus de tous milieux. Ça, c'est assez génial.

Vraiment, je l'ai fait avec le plus d'intimité possible, en essayant de ne jamais tomber dans l'impudeur encore moins dans le règlement de compte ou la rancoeur.

C'est peut-être ça qui a fait que tant de gens se sont reconnus dans cette histoire.

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