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Génocide rwandais : Simbikangwa condamné à 25 ans de réclusion au procès historique en France

14/03/2014 05:48 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

Pascal Simbikangwa, qui dit avoir traversé le génocide rwandais sans voir un seul cadavre, a été condamné vendredi à Paris à 25 ans de réclusion criminelle pour son rôle dans cette tragédie, 20 ans après les massacres dans lesquels le rôle de la France a été très critiqué.

La cour d'assises de Paris a reconnu l'ex-officier de la garde présidentielle, aujourd'hui âgé de 54 ans, coupable de génocide et de complicité de crimes contre l'humanité, au terme d'un procès fleuve de six semaines et d'un délibéré de 12 heures.

"Le fait qu'il conteste avoir vu le moindre cadavre (revient à) manifestement minimiser son rôle et sa connaissance des massacres qui se déroulaient sous ses yeux", a jugé la cour. Pour elle, Simbikangwa a bien distribué des armes aux miliciens Interahamwe qui tenaient les barrages dressés dans Kigali et "donné des instructions pour que les Tutsi soient systématiquement exécutés sur le champ".

Elle a aussi estimé "invraisemblable", au vu de son parcours politique, qu'il soit resté inactif" après l'assassinat au soir du 6 avril 1994 du président Juvénal Habyarimana, dont il était proche.

"L'authenticité de mon innocence n'a plus besoin de preuves", avait pourtant lancé en guise de derniers mots au jury celui qui est cloué depuis 1986 dans un fauteuil roulant à la suite d'un accident de la route.

L'accusation avait réclamé dans un réquisitoire implacable la perpétuité contre un "donneur d'ordre", "génocidaire négationniste". L'avocat général Bruno Sturlese avait d'ailleurs demandé la requalification des faits en "crime de génocide", finalement retenu par la cour, alors que l'accusé était entré dans le box poursuivi pour "complicité".

Au fil des audiences, le capitaine Simbikangwa, qui niait en bloc, était apparu toujours passionné de politique, restant sur la plupart des positions des extrémistes hutu, tout en cherchant systématiquement à minimiser son rôle et sa compréhension des massacres à l'époque.

Et, à la stupéfaction générale, il a répété sans fléchir n'avoir vu aucun cadavre pendant les 100 jours d'horreur au cours desquels 800.000 personnes, principalement tutsi, ont été massacrées entre avril et juillet 1994.

- 'Qu'est-ce que j'ai à gagner?' -

Vendredi matin, il avait même estimé que ce point constituait la "seule question" pesant contre lui. Car "la justice française n'a rien sur moi", disait-il. Et de s'enflammer une dernière fois: "Mais qu'est-ce que j'ai à gagner en disant que je n'ai pas vu de corps?"

Sans grand choix face à cette intransigeance, ses défenseurs, Fabrice Epstein et Alexandra Bourgeot, avaient adopté une stratégie offensive : mettre en cause la fiabilité des témoins rwandais, essentiels dans ce dossier sans victimes directes (seules cinq ONG sont parties civiles). Et ce doute semé, rappeler au jury qu'il doit profiter à l'accusé.

Puis, ils avaient dénoncé le caractère "politique" du procès juste avant les célébrations des 20 ans du génocide, alors que la France est régulièrement accusée par les autorités post-génocide de Kigali d'avoir soutenu et protégé le régime hutu génocidaire. Et avaient appelé, en vain, les jurés citoyens à se "révolter" contre cette instrumentalisation politique en acquittant l'accusé.

Paradoxalement, ce sont des témoignages de Tutsi que le capitaine Simbikangwa a sauvés à Kigali qui auront été les plus embarrassants pour lui, plusieurs disant l'avoir vu stocker des armes chez lui et les distribuer. Un voisin, âgé alors de 18 ans et qui l'a suivi tout du long, a évoqué de longues semaines "en enfer".

La cour a estimé que (le fait que des) "témoins ont eu la vie sauvée par Pascal Simbikangwa rend leurs déclarations d'autant plus crédibles".

Arrêté pour trafic de faux papiers dans l'île française de Mayotte, Pascal Simbikangwa était jugé au titre de la "compétence universelle" prévue pour les crimes les plus graves.

Vingt-sept informations judiciaires sur le Rwanda sont actuellement traitées au "pôle génocide" du parquet de Paris, dont deux sont proches de la fin de l'instruction.

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