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Foot : démission et prison pour le président du Bayern, condamné pour fraude fiscale

14/03/2014 12:26 EDT | Actualisé 14/05/2014 05:12 EDT

Uli Hoeness, président du Bayern Munich, l'un des plus grands clubs de foot d'Europe, a démissionné vendredi et accepté d'aller en prison, au lendemain de sa condamnation pour une fraude fiscale de plus de 28 millions d'euros.

"Après des discussions avec ma famille, j'ai décidé d'accepter la décision du tribunal de Munich en ce qui_concerne ma situation fiscale. J'ai demandé à mes avocats de ne pas former de pourvoi en cassation", a déclaré dans un communiqué M.Hoeness, personnalité du foot allemand depuis une quarantaine d'années en tant que joueur puis en tant que dirigeant.

"Cela correspond à ma conception de la décence, de la responsabilité personnelle", a-t-il ajouté. "Cette évasion fiscale, c'est l'erreur de ma vie. Je tire les conséquences de cette erreur".

"En outre, je démissionne, avec effet immédiat, de mes fonctions de président du FC Bayern Munich et du conseil de surveillance. Je veux préserver mon club de tout préjudice", a poursuivi Uli Hoeness.

"Le FC Bayern Munich est l'oeuvre de ma vie et le restera toujours", a-t-il écrit, "remerciant du fond du coeur ses amis et les membres du FC Bayern pour leur soutien".

Jamais dans l'histoire du foot européen, le président d'un club de cette envergure --le plus titré d'Allemagne-- ne s'est trouvé au coeur d'un tel scandale, le menant à la prison.

Au terme d'un procès de quatre jours, le tribunal de grande instance de Munich a condamné jeudi M. Hoeness à trois ans et demi de prison ferme pour avoir fraudé le fisc de 28,5 millions d'euros.

Pour l'instant, M. Hoeness se trouve toujours en liberté, car le jugement doit être signifié aux parties pour être applicable.

Le parquet de Munich, qui avait requis cinq ans de prison, doit décider la semaine prochaine s'il se pourvoit en cassation, a indiqué son porte-parole, Ken Heidenreich.

Jugé pour ne pas avoir déclaré des revenus boursiers réalisés en Suisse dans les années 2000, M. Hoeness a vu le montant de sa fraude plusieurs fois réévalué. Estimé à 3,5 millions d'euros dans l'acte de renvoi, il a atteint 27,2 millions d'euros au fil des témoignages accablants, avant d'être finalement porté à 28,5 millions d'euros dans l'énoncé du jugement.

La chancelière allemande Angela Merkel, en déplacement vendredi à Munich, a dit éprouver un "grand respect" pour les décisions annoncées par M.Hoeness.

"Naturellement, je ne commente pas la décision du tribunal, je peux juste dire : le fait qu'Uli Hoeness a accepté ce jugement comme cela, mérite le respect", a-t-elle dit au cours d'une conférence de presse.

Le conseil de surveillance du Bayern Munich a chaleureusement remercié son président démissionnaire, qui sera remplacé "jusqu'à nouvel ordre" par le patron de l'équipementier Adidas, Herbert Hainer, 59 ans.

- "Un modèle de moins" -

"L'ensemble du conseil de surveillance remercie Uli Hoeness pour sa contribution extraordinaire à la prospérité du FC Bayern Munich tout au long des quatre dernières décennies", selon un communiqué du club.

"Par ses qualités de meneur, son profond engagement personnel et son travail de toute une vie, Uli Hoeness a toujours servi les intérêts du Bayern Munich", souligne le conseil de surveillance, ajoutant : "Son rôle a été essentiel pour faire du FC Bayern Munich l'un des clubs les plus attractifs et prospères du monde".

Pep Guardiola, l'entraîneur espagnol du club qui caracole actuellement en tête du championnat allemand, a également salué l'oeuvre d'Hoeness.

"Depuis neuf mois que je suis ici, j'ai vu et réalisé l'importance d'Uli pour ce club, l'un des meilleurs du monde", a dit Guardiola, regrettant "de ne pas parler mieux allemand pour exprimer ce que je ressens". De son côté, le "Kaiser" Franz Beckenbauer, ex-coéquipier d'Hoeness au sein de l'équipe d'Allemagne championne du monde en 1974, a salué la "grandeur humaine" que traduisent ses décisions de vendredi.

La presse allemande était en revanche assassine à l'égard de la star, un héros pour les jeunes fans et qui faisait figure d'autorité morale dans des talk-shows télévisés.

Le quotidien Die Welt constatait ainsi: "Un homme à qui tout réussissait et un dieu déchu : Voilà un modèle de moins".

De son côté, Bild, le journal le plus lu d'Allemagne, estimait : "c'est bien pour l'éthique fiscale", dans une tribune vendredi. Il dénonçait au passage, facture à l'appui, des agapes de M. Hoeness avant le jugement, dont une soupe au champagne.

Personnage haut en couleurs aux colères légendaires, Uli Hoeness s'était lui-même dénoncé au fisc le 17 janvier 2013 et lui avait alors remboursé 10 millions d'euros.

Cette procédure permet de mettre sa situation en règle moyennant une pénalité, en échappant aux poursuites.

Mais la justice était convaincue qu'il se savait sur le point d'être démasqué.

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