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Commission Charbonneau: cinq condos pour 1 $ revendus 1,7 million $

13/03/2014 10:43 EDT | Actualisé 13/05/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Dans le cadre du projet de condominiums de luxe du 1000 de la Commune, dans le Vieux-Montréal, Vito Rizzuto a pu revendre pour 1,7 million $ cinq unités qu'il avait payées 1 $, le tout sans y avoir investi un seul sou, a affirmé jeudi l'enquêteur Éric Vecchio devant la Commission Charbonneau.

À l'époque, le parrain de la mafia montréalaise avait acheté du responsable financier du projet ces cinq unités pour la somme symbolique de 1 $. Mais elles ont été revendues 1 707 000 $, a précisé l'enquêteur de la commission.

M. Rizzuto a tout de même dû payer les droits de mutation basés sur la valeur réelle de ces cinq condominiums, soit une somme de 16 250 $. Au final, donc, il a dégagé un profit d'environ 1,6 million $, a-t-il expliqué à la commission d'enquête.

«Si on considère qu'il n'y a pas eu d'investissement financier initial, c'est quand même une bonne marge de profit», a conclu le policier d'expérience, qui vient du Service de police de la ville de Montréal.

M. Rizzuto n'avait même pas investi dans le projet immobilier. Il avait plutôt fait jouer son réseau de partenaires, qui eux y avaient investi. Il avait tiré les ficelles, cependant.

Véhicule volé vite retrouvé

Grâce à d'autres extraits d'écoute électronique qui ont été entendus, la commission a aussi pu constater que le réseau Rizzuto s'étendait aussi loin de l'immobilier.

Ainsi, lorsqu'un partenaire d'affaires, Terry Pomerantz, l'a appelé pour se plaindre du fait que son véhicule de 75 000 $ venait d'être volé, M. Rizzuto a encore mis à profit son réseau de connaissances.

Après que l'un ait parlé à l'autre, puis à l'autre qui travaille dans les véhicules «usagés», le Cadillac Escalade a été retrouvé en moins de 24 heures.

Mais M. Pomerantz tenait surtout à sa précieuse mallette dans le véhicule. Même celle-ci a pu être retrouvée, mais quelques jours plus tard.

Dans le pharmaceutique?

L'enquêteur Vecchio a conclu son témoignage en insistant sur le fait que le clan Rizzuto avait su faire preuve de «finesse» et de «raffinement» pour tenter «de plus en plus d'occuper de la place du côté légitime de la société», sans pour autant délaisser totalement l'aspect criminel. Il a su développer son réseau de promoteurs, de financiers, d'hommes d'affaires oeuvrant dans différents domaines.

«Une fois que le réseau est établi, on a accès à tout. Ça ne se limite pas à la construction. Il n'y a pas de limites, en fait. On peut aller partout, partout, partout. Aujourd'hui, on est en période de transition; M. Rizzuto est mort. Quelqu'un d'autre va prendre la place. Mais la structure, elle, demeure toujours. C'est pas parce qu'on a enlevé la tête que la structure s'effondre. La structure est toujours là; le réseau est toujours là, toujours aussi efficace. Ça prend juste la bonne personne pour tirer les ficelles», a conclu l'enquêteur.

Les autres secteurs de l'économie sur lesquels la commission d'enquête ne s'est pas penchée ne sont pas à l'abri, a prévenu M. Vecchio. «Que ce soit la construction, que ce soit dans les systèmes informatiques, que ce soit dans le pharmaceutique, il y a beaucoup d'argent. Et on voit déjà beaucoup de personnes reliées au crime organisé aller vers le milieu pharmaceutique, tranquillement allonger les tentacules pour aller contrôler d'autres secteurs d'activités tout à fait légitimes, mais tout à fait profitables aussi pour l'organisation.»

La commission d'enquête a ainsi suspendu ses audiences jusqu'au 8 avril, à cause de la campagne électorale et des thèmes délicats, dans ce contexte, qu'elle devait aborder: les contrats du ministère des Transports, puis le financement des partis politiques.

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