DIVERTISSEMENT
11/03/2014 05:10 EDT

«Enemy»: Denis Villeneuve joue avec nos nerfs (PHOTOS/VIDÉO)

Il fait maintenant partie du club très sélect des cinéastes québécois qui tournent à Hollywood. Denis Villeneuve, réalisateur d’Incendies et Prisoners, est parmi les rares à pouvoir même refuser de grosses productions comme les franchises Star Trek ou Terminator. Et pour mieux se faire plaisir, voilà qu’il nous propose Enemy, une œuvre labyrinthique presque expérimentale où l’acteur Jake Gyllenhaal endosse le rôle énigmatique d’un homme en quête de lui-même. Préparez-vous à voir double.

L’auteur et prix Nobel d’origine portugaise José Saramago est mort en 2010. Il a laissé derrière lui une œuvre riche et colossale s’amusant à décortiquer non sans fantaisie les paradoxes parfois chaotiques de la psyché humaine. C’est ce qui a tout de suite séduit Denis Villeneuve lorsqu’il a reçu dans les mains le livre L’autre comme moi.

«Je n’ai pas lu tous ses romans, mais quand j’ai eu la chance de lire celui-ci, l’histoire m’a alors envouté, explique-t-il en entrevue pour le Huffington Post Québec. L’œuvre littéraire aborde des sujets qui me fascinent depuis longtemps comme cette idée narcissique du dédoublement de la personnalité.»

Le réalisateur s’est donc inspiré du roman de Saramago pour à son tour explorer à sa façon les ombres du subconscient. «Le film met en scène les rapports délicats que l’on peut entretenir avec nous-même. Il soulève également des questions importantes. Par exemple, comment combattre les fantômes de notre passé? Si nous n’arrivons pas à négocier avec nos démons, je crois que l’on est condamné à répéter les mêmes erreurs toute notre vie. Et pour moi, la répétition, c’est l’enfer!»

Rencontrer son double

Enemy scénarisé par Javier Gullon se situe dans un Toronto bétonné mettant en scène un professeur d’histoire (Jake Gyllenhaal) dont le quotidien morose est partagé entre les cours à l’université et quelques moments intimes avec sa copine (Mélanie Laurent). Alors qu’il regarde un film, il croit reconnaître son sosie. Intrigué par la forte ressemblance, il part à la recherche de cet autre qui s’avère être son identique. Devinant les risques, le professeur décide néanmoins de rentrer en contact avec cet inconnu.

Pourtant, malgré les ressemblances, le sosie parfait vit une existence différente. Sportif, acteur et motard à ses heures, cet homme est marié à une ravissante jeune femme (Sarah Gadon) qui attend un enfant. Une chose incroyable va alors se produire puisque dès leur rencontre, ils vont décider d’inverser les rôles.

«Le récit étouffant est une enfilade d’énigmes qui ne sont pas nécessairement explicables, ajoute Villeneuve. Pourtant les mystères possèdent leur signification. Les clés sont bien présentes, mais je laisse le téléspectateur libre de faire sa propre opinion.»

Le cinéaste a voulu son film ludique comme un jeu de piste dans lequel chaque porte ouvre de nouvelles perspectives. Les araignées géantes qui parsèment le long métrage ajoutent à l’étrangeté et donnent à l’ensemble son côté fantastique. «Cette œuvre représente l’idée que je me fais du cinéma. L’important, c’est d’arriver à m’amuser avec les images, réussir à créer un univers visuel particulier, même si je sais que c’est difficile, car tout a déjà été fait.»

D’ailleurs, Villeneuve ne cache pas ses influences. Certaines discrètes, d’autres plus évidentes comme celles de Kubrick ou Hitchcock. «Oui, bien sûr, cela traverse l’esprit surtout quand on filme une femme au corps nu qui marche à un certain rythme, ou lorsque l’on prépare les coiffures blondes des personnages féminins. Mais, je n’y pense pas automatiquement. Ce qui prévaut avant tout, c’est le plaisir de tourner. J’aime travailler en vase clos, jusqu’à lâcher prise. Et puis, ce qui en ressort ne m’appartient plus.»

Enemy (Ennemi) – Les Films Séville – Thriller – 90 minutes – Sortie en salles le 14 mars 2014 – Canada, Québec, Espagne.

«Enemy» de Denis Villeneuve

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