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07/03/2014 12:45 EST | Actualisé 11/05/2014 05:12 EDT

A Berlin, des foyers de réfugiés débordés par l'afflux de demandeurs d'asile

L'Allemagne affiche depuis 2012 le plus grand nombre de demandeurs d'asile de l'Union européenne, mais ses centres d'accueil sont débordés par l'afflux de réfugiés et tirent la sonnette d'alarme, notamment à Berlin.

Hébergés depuis l'automne dans un foyer à la périphérie de Berlin, une famille de Bosnie-Herzégovine s'entasse à six dans une seule pièce de 25 m2. Ces Roms qui ont fui la misère et la discrimination tuent le temps autour du strict nécessaire: un grand lit, une table et un canapé vétuste.

Ce centre d'accueil, une maison de retraite en lisière de forêt, devait fermer ses portes le 15 avril mais devant l'augmentation massive de demandeurs d'asile, il devrait rester ouvert plus longtemps.

A l'autre bout de la capitale, dans un quartier de barres HLM de l'ancien Berlin-Est, Birgit Bauer, directrice du centre de demandeurs d'asile de Lichtenberg, s'alarme: "Nous disposons de 350 places dans ce centre mais nous avons actuellement 360 à 370 personnes. Certaines familles, déjà à l'étroit, ont accepté de prendre d'autres personnes dans leur studio".

Dix-huit nationalités se côtoient dans cet immeuble de 10 étages transformé en centre de réfugiés il y a plus de deux ans. Ici aussi, quatre ou cinq personnes se serrent dans 20 m2, mangent des plats sous vide et se partagent douches et toilettes collectives.

Parfois ce sont des écoles désaffectées ou des gymnases qui sont aménagés à la va-vite en foyers d'accueil.

"Nous avons dû prendre des interprètes supplémentaires et nous travaillons à 150% de nos capacités", poursuit Mme Bauer.

Berlin compte actuellement 8.360 demandeurs d'asile accueillis dans des centres dont la capacité n'excède pourtant pas 8.100 personnes. Quelque 450 autres sont hébergés en urgence dans des hôtels "pour quelques jours ou une à deux semaines", selon Franz Allert, président de l'Office pour la Santé et les Questions sociales de la Ville-Etat de Berlin, chargé notamment des réfugiés.

"La situation est tendue, voire grave car nous tablons pour cette année sur de nouveaux chiffres élevés de demandeurs d'asile", explique-t-il.

L'arrivée d'étrangers est d'ailleurs instrumentalisée par des groupes néo-nazis. L'an dernier à Berlin, des habitants d'un quartier populaire, aidés par des militants d'un groupuscule d'extrême-droite, avaient protesté pendant plusieurs semaines devant un centre de réfugiés.

"Certains centres auraient dû fermer depuis longtemps car ils sont en piteux état et ne sont plus du tout adaptés mais nous n'avons pas d'autre choix que de les laisser ouverts" pour le moment, poursuit-il.

Depuis la fin 2010, l'Allemagne voit le nombre de personnes demandant l'asile sur son sol augmenter considérablement. En 2013, le bond a atteint 64% à 127 023 demandes, soit le niveau le plus élevé depuis 14 ans. Et pour le seul mois de janvier 2014, la hausse atteint un record de 76,7% par rapport à janvier 2013, selon les statistiques de l'Office des migrations.

La plupart des réfugiés arrivent dans les grandes métropoles du pays. A Hambourg, la ville a dû aménager des conteneurs en habitations.

En tête des pays d'origine, la Serbie avec plus de 18 000 demandes, dont 90% provenant de Roms. Nombreux sont également les demandeurs d'asile venus de Bosnie-Herzégovine (+104% en 2013) ou du Kosovo (+74,5%) mais aussi de Russie.

"De nombreuses personnes originaires d'ex-Yougoslavie avaient trouvé refuge en Allemagne au moment de la guerre au début des années 1990", explique Birgit Bauer. "Aujourd'hui elles reviennent avec leur famille et, dans leur quête d'un avenir meilleur, voient l'Allemagne comme leur dernier espoir".

Berlin compte également une importante communauté russophone, ce qui attire aussi des demandeurs d'asile originaires notamment de Tchétchénie.

Des associations de protection des réfugiés, comme ProAsyl, dénoncent les lenteurs de l'administration face à cet afflux. L'organisation réclame plus de personnels pour traiter les dossiers.

Dans les foyers d'accueil, on tente de gérer le sur-nombre et d'apporter une assistance à des personnes parfois traumatisées par des expériences de guerre. "Il ne s'agit pas seulement de fournir un toit à ces gens, mais nous voulons aussi leur donner la possibilité de mettre un pied dans notre société", explique Brigit Bauer.