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10/03/2014 12:10 EDT | Actualisé 09/05/2014 05:12 EDT

La croissance du Japon n'a finalement atteint que 1,5% en 2013, incertitudes au tournant

La croissance du Japon a atteint 1,5% en 2013, une performance en demi-teinte pour les "Abenomics", cette politique de relance mise en place à grand renfort de communication par le Premier ministre conservateur Shinzo Abe.

Le gouvernement a publié lundi les données révisées de l'activité dans la troisième puissance économique mondiale pour le quatrième trimestre 2013 et l'ensemble de l'année.

Entre octobre et décembre, le produit intérieur brut n'a finalement augmenté que de 0,2% d'un trimestre sur l'autre (contre 0,3% selon l'estimation initiale). Pour 2013 prise en entier, la croissance a aussi été revue un peu moins vigoureuse, à 1,5% (contre 1,6%).

Même si c'est un tout petit peu mieux qu'en 2012 (1,4%) et si cela représente le meilleur résultat depuis 2010, cela constitue une déception pour l'équipe du Premier ministre de droite Shinzo Abe qui, dès son arrivée au pouvoir fin 2012, avait fait de la relance sa priorité.

Cette politique avait d'ailleurs été confortée par un début d'année en fanfare sur le plan macro-économique, ce qui avait attiré l'attention de responsables politiques de pays européens en pleine cure d'austérité.

Rapidement le gouvernement nippon avait mis le paquet pour relancer la machine, malade d'une déflation chronique depuis 15 ans. Il a engagé des dépenses budgétaires pour soutenir l'activité (l'équivalent de 70 milliards d'euros en 2013 puis 35 milliards supplémentaires début 2014) et poussé la Banque du Japon à assouplir sa politique monétaire, ce qui a fait plonger le yen, au bonheur des grandes entreprises exportatrices japonaises. Le Premier ministre a promis en outre des réformes structurelles pour doper le potentiel économique, la troisième "flèche" d'une stratégie popularisée sous le vocable d'"Abenomics" via une stratégie de communication minutieuse.

- Les salaires, facteur clé -

Mais au quatrième trimestre 2013, la consommation des ménages et les investissements des entreprises n'ont progressé que modérément et les investissements publics ont moins contribué à la croissance, à mesure que s'épuisaient les fonds du premier plan de relance de M. Abe et avant les dépenses du deuxième.

L'activité de l'archipel a en outre été freinée par le lourd déficit de sa balance commerciale. "La faible croissance économique mondiale pèse sur les exportations, tandis que les importations grimpent du fait d'un surcroît de demande avant la hausse d'une taxe sur la consommation", a expliqué Marcel Thieliant, du centre de recherches Capital Economics.

Cette taxe, équivalente de la TVA française, va augmenter de 3 points au 1er avril, à 8%, ce qui incite des ménages à acheter des produits qu'ils auraient acquis sinon plus tard, afin de profiter jusqu'au bout du taux à 5%. Et comme les industriels japonais ont délocalisé une partie de leur production dernièrement, l'archipel doit importer davantage pour sa propre consommation.

Le Japon doit en outre importer massivement des hydrocarbures pour compenser l'arrêt de ses réacteurs nucléaires après l'accident de Fukushima, dont le troisième anniversaire sera célébré mardi avec celui du séisme et du tsunami dans le nord-est qui avaient ravagé le nord-est du pays (plus de 18.000 morts directs).

Le déséquilibre des comptes extérieurs nippons s'aggrave même en ce début d'année, avec un déficit courant record équivalent à 11 milliards d'euros en janvier, ont montré d'autres statistiques officielles lundi.

Pour les mois à venir, la principale inconnue réside dans la manière dont l'économie japonaise supportera la hausse de la pression fiscale, destinée à apaiser l'envolée de la colossale dette publique. Le surcroît de consommation attendu au premier trimestre risque d'être suivi d'un comportement plus prudent des ménages une fois la taxe augmentée début avril, d'autant que leur pouvoir d'achat subira le retour de l'inflation.

Le sort de la reprise pourrait dès lors résider dans la décision des entreprises d'accorder ou non les hausses de salaires réclamées par les syndicats, alors que près des trois-quarts des Japonais disaient ne pas ressentir les bienfaits des "Abenomics" d'après un récent sondage.

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