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10/03/2014 11:03 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Entre soulagement et déception, les fonctionnaires centrafricains reçoivent leur premier salaire en 6 mois

Soulagement chez les uns, déception chez les autres: les fonctionnaires centrafricains ont commencé lundi à percevoir leur premier salaire depuis six mois, dans un pays paralysé par la crise et les violences depuis près d'un an.

Des files d'attente interminables se sont formées très tôt devant les principales banques de Bangui, prises d'assaut par une foule de fonctionnaires impatients de récupérer leur argent. Et pour cause, leurs salaires n'avaient plus été versés depuis le mois de septembre 2013.

"Mieux vaut un mois que rien. On ne vit plus. Pourvu que le gouvernement fasse l'effort de nous ajouter un ou deux autres mois si la trésorerie le permet", espère, optimiste, Jean Nguélébo, cadre dans la santé.

"Avec ça, la famille peut prétendre à quelques plats de "pointinini" (plats à base de petits poissons de mer) en attendant les jours meilleurs", explique Cyrille Ngoazeyou, enseignant, considérant que "dans la situation actuelle, on se contente de ce qu'on a".

Mais beaucoup exprimaient aussi leur mécontentement et leur impatience, après ces long mois d'attente sans salaire, bien que le phénomène soit récurrent dans l'histoire de la Centrafrique.

"Les banques ne nous font pas cadeau. Elles prélèvent systématiquement tout ce que les fonctionnaires avaient perçu comme avance et en une seule fois. Certains ont moins de 15.000 ou 20.000 francs CFA (23 ou 30 euros), d'autres moins de 50.000 FCFA", s'emporte Anatole Zégbé, cadre des eaux et forêts, affichant une mine renfrognée.

"Moi par exemple, j'ai la moitié de son salaire. Et ça va me servir à quoi?", s'agace-t-il.

"Le Premier ministre a pris soin de rencontrer les dirigeants des banques avant la paie. Il aurait pu voir avec eux la possibilité d'obtenir une dérogation pour ce premier salaire afin que rien ne soit ôté. Que vont faire ceux qui n'ont rien à percevoir à cause des conditions bancaires?" s'insurge à son tour un agent d'hygiène, Kléber Bossoko.

Un peu plus loin, un autre enseignant, Jean-Christ Mbaké, renchérit: "Même (François) Bozizé (ancien président renversé en 2013) faisait mieux. Il nous avait donné, deux ou trois fois, deux "sim" (deux salaires)".

- Rétablir l'Etat -

Elue le 23 janvier dernier, la présidente centrafricaine de transition Catherine Samba Panza a pris les rênes d'un pays dévasté par des mois de violences, depuis la prise du pouvoir à Bangui par l'ex-rébellion Séléka en mars 2013.

"Je voulais bien vous donner deux "sim", mais les moyens font défaut. Vous allez vous contenter de l'unique "sim" et peut-être prochainement je pourrais vous donner deux, trois, quatre, voire cinq "sim"", a déclaré samedi Mme Samba Panza, dans un discours en langue nationale sango prononcé à l'occasion de la journée de la femme.

La Centrafrique, pays très pauvre au passé troublé par les coups d'Etat à répétition, s'est enfoncée dans un chaos sans précédent et des tueries interreligieuses de masse, après des mois d'exactions perpétrées essentiellement contre les chrétiens, par les Séléka majoritairement musulmans.

Le pays compte des dizaines de milliers de déplacés qui vivent aujourd'hui dans des conditions humanitaires désastreuses, à Bangui comme en province.

La crise a paralysé l'économie toute entière du pays, y compris les administrations, à commencer par les régies financières (douanes, impôts, trésor public), privant l'Etat des ressources nécessaires pour payer les salaires et les retraites.

De passage à Bangui le 28 février, le président François Hollande avait annoncé que les salaires des agents de l'Etat seraient rapidement versés grâce à une aide des pays de la région.

"Maintenant l'enjeu, ce n'est même pas de rétablir, mais d'établir l'Etat" et pour cela "il faut commencer par payer les fonctionnaires", avait alors souligné M. Hollande.

acp-cl/de

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