PKP passe au PQ: François Legault craint une campagne biaisée

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MONT-SAINT-GRÉGOIRE, Qc - François Legault craint que la couverture médiatique de la campagne électorale ne soit biaisée en raison de l'ascendant qu'exerce Pierre Karl Péladeau sur le groupe de presse Québecor, et il estime que PKP doit vendre ses actions s'il veut faire de la politique.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a fourbi ses armes et carrément remis en question l'indépendance de l'empire médiatique lors d'un point de presse impromptu, dimanche après-midi, du côté de Mont-Saint-Grégoire, en Montérégie.

«On sait qu'il y a quelques personnes dans le groupe Québecor qui ont beaucoup de pouvoir, et ces gens-là sont très proches de Pierre Karl Péladeau», a laissé tomber M. Legault.

«Moi, ça m'inquiète beaucoup; ça m'inquiète beaucoup de savoir (si) la campagne électorale va pouvoir refléter les opinions de tous les partis politiques compte tenu du contrôle qu'a Pierre Karl Péladeau sur une bonne partie de l'information au Québec», a-t-il poursuivi.

Et si le magnat de la presse veut se lancer dans l'arène politique, il doit vendre ses actions chez Québecor Média, point à la ligne, a argué le leader caquiste.

Les placer dans une fiducie sans droit de regard — ce que PKP a dit avoir l'intention de faire lors de l'annonce de sa candidature — ne suffit pas, du moins aux yeux de François Legault.

«Si M. Péladeau veut faire de la politique, il ne peut pas avoir un contrôle sur les médias, sur des journaux et une télévision qui contrôle une bonne partie de l'information au Québec, a-t-il dénoncé. Il y a un problème d'indépendance. Il y a un conflit d'intérêts apparent.»

Pierre Karl Péladeau est l'actionnaire majoritaire de Québecor Média. Dimanche, en point de presse, il a annoncé qu'il avait démissionné de tous ses postes électifs chez Hydro-Québec, TVA et Québecor Média.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a durci le ton par rapport à ses déclarations matinales; il se disait alors «déçu» de voir le magnat de la presse joindre les rangs du Parti québécois (PQ) et estimait qu'il avait fait «une erreur».

En matinée, il a par ailleurs reconnu avoir lui aussi tenté de recruter l'ancien président et chef de la direction de Québecor.

Il a expliqué qu'il avait convoité Pierre Karl Péladeau, mais en vain: la rencontre qui avait été fixée a été annulée à la dernière minute.

«Peut-être qu'à l'époque il avait déjà un 'deal' avec le PQ, mais il a refusé de me rencontrer», a-t-il avancé, précisant que Pierre Karl Péladeau n'avait jamais même voulu lui parler.

François Legault a maintes fois fait référence à son expérience pour faire valoir que l'homme d'affaires ressortirait échaudé de son passage en politique chez les péquistes.

Il a exposé que leurs parcours étaient similaires, à l'exception que lui, «(s)on père n'était pas riche».

Le repêchage du magnat de la presse a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter. Le principal architecte du cadre budgétaire de la CAQ, Christian Dubé, s'est montré particulièrement amer.

«La manipulation de l'opinion publique est devenue plus évidente ce matin. J'ai confiance que la majorité de (Québécois) y verra clair», a-t-il entre autres écrit dimanche.

Même malaise du côté de la candidate caquiste de la circonscription d'Iberville, Claire Samson, qui fait partie des candidats de la Montérégie ayant été présentés dimanche par François Legault à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Mme Samson, qui a oeuvré dans le secteur des communications et de la culture pendant une quarantaine d'années, a côtoyé le prolifique homme d'affaires dans le cadre de certaines négociations.

Croit-elle que Pierre Karl Péladeau ferait un bon ministre — personne ne le voit évidemment occuper un siège dans un obscur recoin du Salon bleu — si le gouvernement Marois est reporté au pouvoir?

«J'ai pas d'opinion là-dessus, a-t-elle répondu. Moi, je poserais une question: 'Est-ce que M. Péladeau est le genre d'homme à partager le pouvoir?' Ma réponse à ça, ce serait plutôt non que oui.»

Pierre Karl Péladeau aspire-t-il à devenir calife à la place du calife? François Legault a préféré ne pas supputer sur les intentions du nouveau candidat péquiste.

Il a plutôt laissé entendre que ce dernier pourrait être en désaccord avec le budget déposé le 20 février par le ministre François Marceau.

Et s'il est élu, il pourrait avoir droit à un accueil plutôt tiède de la part de ses nouveaux collègues, croit François Legault.

«Je me souviens à l'époque qu'il y avait des gens qui dénonçaient le lock-out (au Journal de Montréal) et qui voulaient des lois anti-briseurs de grève, etc. En tout cas, moi, à l'époque où j'étais au Parti québécois, il y en a qui voyaient des problèmes avec la façon de gérer de Pierre Karl Péladeau», a-t-il affirmé.

Il s'est dit curieux de voir comment la frange plus progressiste réagirait à l'arrivée de l'homme d'affaires, citant notamment les Pierre Dubuc et Marc Laviolette, du regroupement Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ-Libre).

En entrevue avec La Presse, ce dernier s'est réjoui du repêchage de Pierre Karl Péladeau.

«Je ne partage pas la façon dont Pierre-Karl Péladeau a géré ses relations de travail, mais il ne s'agit pas ici de négocier une convention collective. On veut bâtir un pays», a-t-il déclaré au quotidien montréalais.