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08/03/2014 09:25 EST | Actualisé 08/05/2014 05:12 EDT

Liban : les inégalités hommes-femmes dénoncées

Qu'est-ce qui vous choque le plus? La nudité ou la violence? Voilà l'examen de conscience que le regroupement March, un organisme qui fait la promotion de la liberté d'expression au Liban, soumet à la société libanaise avec cette photo.

Un texte de Marie-Eve Bédard Twitter Courriel

Pendant que le monde entier avait les yeux tournés vers les exploits des athlètes olympiques à Sotchi, au Liban, on débattait du scandale entourant des photos osées prises par la skieuse olympique Jackie Chamoun.

Alors que certains demandaient sa condamnation pour offense à la moralité et à l'honneur du Liban, sur les réseaux sociaux, une campagne de soutien à la jeune athlète a fait boule de neige. #Stripforjackie, disaient les gazouillis d'internautes posant eux-mêmes la poitrine dénudée.

« Nous avons voulu utiliser cet événement de manière positive, l'idée était de provoquer », explique Léa Baroudi, fondatrice de March.

« Quelques jours avant le scandale, une jeune femme Manal Assir a été battue à mort par son mari et nous n'avons vu pas de réactions aussi vives. Les campagnes d'indignation n'étaient pas aussi importantes. Il faut que nos priorités soient claires. On aurait souhaité le même genre de soutien pour cette jeune femme qui elle, n'avait pas fait le choix d'être battue à mort. La nudité elle est un choix », ajoute-t-elle.

En cette Journée internationale des femmes, les associations de femmes au Liban trouvent bien peu à célébrer. Elles dénoncent l'inégalité entre hommes et femmes cautionnée par les lois en vigueur et le poids politique des dirigeants religieux.

Une femme libanaise ne peut pas transmettre sa nationalité à ses enfants, elle ne peut pas voyager à l'étranger sans la permission de son mari et elles ne sont pas représentées dans la classe politique. Une seule femme occupe un poste ministériel sur 24 portefeuilles dans le gouvernement.

« On n'est pas libre, s'écrie Léa Baroudi. Le Liban est une des rares démocraties dans la région et c'est un pays très diversifié alors on le croit plus ouvert, mais les lois sont archaïques. En surface, on peut croire que nous sommes libres. On peut se vêtir comme on veut, on sort dans les boîtes de nuit, mais si on gratte la surface, on voit bien que c'est complètement superficiel. »

Pour Christelle, Manal, Roula et les autres

Dans une vidéo produite par l'ONG KAFA, des femmes qui a perdu une fille ou une soeur à la violence conjugale s'adressent à la caméra la voix troublée par la douleur qui les unit. Elles appellent les mères et les femmes du Liban à se joindre à elles en ce jour de la femme pour exiger que l'on s'attaque au problème de la violence conjugale.

Selon les organismes de défense des droits des femmes, le phénomène prend de l'ampleur au Liban.

Pour consulter la vidéo sur un appareil mobile, cliquez ici

« Ces femmes nous ont contactés », raconte Maya El Ammar de KAFA, une ONG qui vient en aide aux femmes victimes de violence conjugale. « Elles ont besoin d'obtenir justice pour leurs filles, leurs sœurs. Et elles veulent que la société se joigne à elles », ajoute-t-elle.

KAFA réclame une loi pour la protection de la femme contre la violence domestique. En 2007, l'ONG a soumis un projet de loi qui est toujours bloqué à l'étude au parlement. À elle seule, KAFA reçoit plus d'une quarantaine d'appels de détresse chaque mois.

« En moyenne, une femme meurt tous les mois des suites de la violence domestique au Liban, affirme Maya El Ammar. Depuis deux ans, le parlement est plongé dans le coma. Il ne se réunit pas, ne légifère pas. Au lieu de bonifier notre projet de loi, les législateurs ont cherché à le diluer et le faire dévier de ses objectifs. Leur travail est insuffisant, c'est un échec. »

Au-delà des politiciens, les groupes de défense des droits des femmes croient que chaque Libanais doit se sentir interpellé par ce qu'ils qualifient de fléau.

« Les gens croient que les droits de femmes ses portent bien au Liban, que le pays a des problèmes plus urgents à régler, dit Maya El Ammar. Les politiciens croient avoir mieux à faire. Mais de plus en plus, les gens prennent conscience du problème. Ils sont en colère et demandent des changements. »

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