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07/03/2014 07:15 EST | Actualisé 07/05/2014 05:12 EDT

Moscou accueillerait la Crimée à bras ouverts, dit une responsable russe

MOSCOU - Un camion militaire russe a forcé l'entrée d'une base ukrainienne dans la ville portuaire de Sevastopol en Crimée, vendredi, a affirmé l'agence de nouvelles Interfax. Aucun tir n'était signalé.

Environ 100 soldats ukrainiens sont installés dans la base de Sevastopol, a dit Interfax, citant un agent des douanes et le ministère ukrainien de la Défense. Environ 20 «assaillants» sont entrés et certains ont lancé des grenades de surpression, a-t-on soutenu. Les Ukrainiens se sont barricadés dans l'une des casernes, et leur commandant a amorcé des négociations, a indiqué Interfax.

Plus tôt vendredi, sur le front politique, une responsable russe a affirmé que Moscou accueillerait la Crimée à bras ouverts.

La présidente de la Chambre haute du Parlement russe, Valentina Matvienko, a déclaré que Moscou accueillera la Crimée sur un pied d'égalité avec les autres régions du pays si jamais les habitants de la péninsule votent en faveur de leur sécession de l'Ukraine au profit d'un regroupement avec la Russie.

Sur la place Rouge, quelque 65 000 personnes se sont rassemblées pour agiter le drapeau russe et scander, «La Crimée est la Russie!».

Valentina Matvienko a rencontré le président du Parlement criméen pour discuter d'une éventuelle accession de la Crimée à la Russie. Le Parlement criméen a voté jeudi en faveur de la tenue, le 16 mars, d'un référendum sur la question. Le président américain Barack Obama a déjà prévenu que ce référendum va à l'encontre du droit international.

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré mardi que la Russie n'a aucune intention d'annexer la Crimée. Les propos de Mme Matvienko démontrent toutefois que la région sera accueillie chaleureusement si elle décide, par voie de référendum, de se joindre à son voisin géant.

Environ 60 pour cent de la population de la Crimée se considère russe.

«Si c'est la décision qui est prise, alors (la Crimée) deviendra un sujet à parts égales de la Fédération de Russie», a-t-elle déclaré à l'occasion d'une visite du président du Parlement criméen, Vladimir Konstantinov.

Mme Matvienko a répété les doléances des russophones de l'est et du sud de l'Ukraine, que le gouvernement russe évoque depuis le début pour justifier son intervention sur le territoire de son voisin.

Elle a ajouté que le gouvernement se réjouit du devancement du référendum, qui devait à l'origine avoir lieu en même temps que les élections nationales du 25 mai. Elle a d'emblée rejeté l'issue de ce vote en affirmant que les conditions ne sont pas réunies, en Ukraine, pour la tenus d'élections justes, honnêtes et transparentes.

Le Parlement russe tente d'adopter rapidement une nouvelle loi qui faciliterait l'union avec la Crimée, puisque la loi actuelle nécessiterait une entente plus qu'improbable entre Kiev et Moscou.

Environ 65 000 personnes se sont rassemblées près du parlement russe, à l'occasion d'une manifestation organisée par le Kremlin.

«Nous avons toujours su que la Russie ne nous abandonnerait pas, a crié M. Konstantinov aux manifestants. Nous ne devons pas laisser le peuple ukrainien à la merci de ces bandits nazis (les nouveaux dirigeants du pays).»

Il a ensuite demandé à Moscou de ne pas oublier les autres régions russophiles d'Ukraine.

L'entreprise publique russe de gaz naturel Gazprom a augmenté sa pression sur le nouveau leadership ukrainien, qui traîne maintenant une dette de 1,89 milliard $ US pour du gaz russe. Son patron, Alexei Miller, a déclaré que cette facture devra être réglée, sinon «on risque de revenir à la situation du début de 2009», quand la Russie a interrompu l'approvisionnement de l'Europe en raison d'une querelle sur les coûts.

Le nouveau gouvernement ukrainien, qui tente de stabiliser les finances et l'économie du pays, a toutefois reçu vendredi des commentaires encourageants du Fonds monétaire international (FMI), qui a dit qu'une aide est en chemin.

«Je suis vraiment impressionné par la détermination des autorités, par leur sens des responsabilités et par leur engagement envers un programme de réformes économiques et de transparence, a déclaré par voie de communiqué le directeur du département européen du FMI, Reza Moghadam, au terme d'une visite de deux jours. Le FMI est prêt à aider le peuple ukrainien.»

Le référendum se déroulera alors que Kiev affirme que 11 000 soldats russes sont déployés en Crimée. Les troupes contrôlent tous les accès à la péninsule et encerclent les bases militaires ukrainiennes qui ne se sont pas encore rendues.

La Russie nie que ses militaires soient actifs en Crimée et prétend que les hommes sont membres de «milices d'autodéfense». Mais plusieurs des troupes sont munies d'armes sophistiquées et se déplacent à bord de véhicules à l'immatriculation russe.

Dans la capitale criméenne de Simferopol, environ 75 personnes ont participé vendredi à une manifestation autour d'une statue du poète ukrainien Taras Shevchenko. Les manifestants s'exprimaient en russe et en ukrainien, mais ils agitaient des drapeaux ukrainiens. Ils ont aussi relâché des colombes.

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