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07/03/2014 12:02 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

La CPI rend son jugement contre le "Lion" de l'Ituri

La Cour pénale internationale rend vendredi son jugement contre l'ex-chef de milice congolais Germain Katanga, accusé d'avoir réduit à néant un village de l'Ituri, région de l'est de la République démocratique du Congo en proie à des conflits interethniques depuis quinze ans.

Surnommé Simba (le lion), Germain Katanga, 35 ans, sera fixé sur son sort vers 09h30 (08H30 GMT) quand le juge Bruno Cotte lira le résumé du jugement, le troisième rendu par la Cour et le premier procès où viol et violences sexuelles faisaient partie des chefs d'accusation.

Germain Katanga était le commandant des Forces de résistance patriotiques en Ituri, une milice dont de nombreux membres, des ethnies Lendu et Ngiti, sont soupçonnés d'avoir participé à des massacres à caractère ethnique dirigés contre les Hema.

Les affrontements interethniques entre milices qui se disputent les terres de l'Ituri, riche en ressources naturelles, dont l'or, le pétrole ou les diamants, avaient débuté en 1999 et ont, selon l'accusation, "dévasté" la zone. Selon les ONG, ces violences ont fait plus de 60.000 morts.

L'ancien milicien, qui plaide non coupable, est accusé d'avoir participé "de manière indirecte" aux crimes contre l'humanité et crimes de guerre, liés à l'attaque le 24 février 2003 du village de Bogoro en Ituri.

Au centre de ce village Hema se trouvait un camp militaire de leurs ennemis de l'Union des patriotes congolais de Thomas Lubanga, condamné à 14 ans de prison en 2012 pour avoir enrôlé des enfants soldats.

Les troupes de Germain Katanga et celles de son ancien co-accusé, Mathieu Ngudjolo Chui, auraient, selon l'accusation, lancé l'attaque aux petites heures du matin, et pillé, violé les femmes et tué 200 personnes environ, notamment en les brûlant vives.

Selon le bureau du procureur, l'attaque ne visait pas uniquement le camp militaire mais également la population civile du village afin de prendre le contrôle de la route voisine "pour faciliter l'acheminement de marchandises".

Cette route mène à Bunia, le chef-lieu de l'Ituri, et relie le Lac Albert, situé un peu plus à l'est, à la frontière avec l'Ouganda.

Le procès de M. Katanga s'était tenu en concomitance avec celui de Mathieu Ngudjolo Chui, acquitté en décembre 2012, pour faute de preuves suffisantes.

Les juges ont indiqué qu'ils pourraient changer le mode de responsabilité sur lequel ils décideraient de la culpabilité de M. Katanga. Cela signifie que celui-ci pourrait également être reconnu coupable si les juges estiment qu'il a "aidé" à la commission de ces crimes.

"Avec Lubanga, la CPI a établi une responsabilité dans le camp Hema, et je pense que beaucoup en Ituri attendent que la CPI dise qui était responsable dans l'autre camp", a assuré à l'AFP Géraldine Mattioli-Zeltner, de l'ONG Human Rights Watch (HRW).

HRW regrette toutefois que l'enquête du procureur de la CPI ne vise pas des plus hauts responsables que M. Katanga, "ceux qui ont financé et donné les ordres pour que les crimes soient commis", a-t-elle ajouté.

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