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06/03/2014 08:51 EST | Actualisé 06/05/2014 05:12 EDT

Ukraine: la Crimée en voie de partition, entretien Obama-Poutine

La Crimée a demandé à Vladimir Poutine son rattachement à la Russie, nouvelle étape vers une partition de l'Ukraine, suivie jeudi soir d'un entretien téléphonique d'une heure entre les présidents américain et russe.

Les Occidentaux ont annoncé de nouvelles sanctions économiques et diplomatiques contre Moscou, que Barack Obama a justifiées auprès de Vladimir Poutine.

"Le président Obama a insisté sur le fait que la Russie agit en violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, ce qui nous a conduits à prendre des mesures de représailles, en coordination avec nos partenaires européens", a indiqué la Maison Blanche.

M. Poutine a rappelé au président américain l'importance des relations américano-russes qui "ne devraient pas être sacrifiées par des problèmes internationaux isolés, bien qu'extrêmement importants", selon le Kremlin.

De son côté, le secrétaire d'Etat américain John Kerry à vivement condamné la demande du parlement de Crimée de rattachement à la Russie. "La Crimée est une partie de l'Ukraine, la Crimée est l'Ukraine", a-t-il martelé à Rome dans un point de presse en marge d'une conférence internationale sur la Libye.

Sur le terrain, 40 observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont dû rebrousser chemin après avoir été empêchés par des hommes armés d'entrer en Crimée, contrôlée depuis le 28 février par des forces russes.

A l'issue d'une nouvelle réunion infructueuse du Conseil de sécurité de l'ONU à New York jeudi soir, Washington a demandé à Moscou de faciliter l'entrée d'observateurs internationaux en Crimée, tout en dénonçant le référendum.

Les électeurs de la péninsule de deux millions d'habitants à majorité russophone stratégique pour Moscou auront le choix, au cours de cette consultation prévue le 16 mars, entre un rattachement à la Russie ou une autonomie nettement renforcée, a indiqué à l'AFP le député Grigori Ioffe.

Dès jeudi, le conseil municipal de Sébastopol, qui abrite le quartier général de la Flotte de la mer Noire, a voté en faveur du rattachement immédiat à la Russie.

De leur côté, les Tatars de Crimée, minorité musulmane persécutée et déportée sous Staline, qui étaient retournés sur la péninsule après 1991, commencent à fuir par centaines pour rejoindre Lviv (ouest de l'Ukraine).

Les Européens ont très mal accueilli la demande de rattachement de la péninsule à Moscou. C'est "un sérieux pas dans la mauvaise direction", a commenté le Premier ministre britannique David Cameron. M. Obama a estimé qu'il "violerait la Constitution ukrainienne et le droit international".

C'est "une farce, un crime contre l'Ukraine commis par les militaires russes", s'est insurgé le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov.

- Les Occidentaux précisent les sanctions -

Alors que Kiev a lancé la procédure de dissolution du Parlement local de Crimée, Washington et Bruxelles ont été plus précis sur les sanctions envisagées contre la Russie.

M. Obama, engagé dans la plus grave épreuve de force avec Moscou depuis la chute de l'URSS, a ordonné des restrictions de visas pour "un certain nombre de responsables et d'individus", tenus pour "responsables ou complices de menacer la souveraineté de l'Ukraine".

Le président américain a également autorisé des gels d'avoirs, visant potentiellement des responsables russes et ukrainiens.

Les dirigeants européens ont suspendu les négociations sur les visas avec la Russie et menacé de prendre davantage de sanctions, notamment économiques, si la situation continuait à se détériorer.

A l'issue d'un sommet extraordinaire à Bruxelles, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a annoncé que l'UE allait signer l'accord d'association avec Kiev avant les élections du 25 mai en Ukraine.

"Nous signerons les volets politiques de l'accord très bientôt, avant les élections", a-t-il dit, tandis que le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a annoncé que Kiev était prêt à signer cet accord "dès que possible".

Le refus du régime du président Viktor Ianoukovitch, désormais déchu, de signer l'accord avait déclenché en novembre le mouvement de contestation, suivi d'une répression violente avec un bilan d'au moins 100 morts, une violence inédite en Europe depuis les guerres dans les Balkans.

L'annonce du Parlement de Crimée, dominé par des députés pro-russes et dont le "Premier ministre" Serguiï Axionov est poursuivi par Kiev pour "séparatisme", est intervenue alors que les dirigeants européens se retrouvaient en urgence à Bruxelles pour un sommet extraordinaire consacré à l'Ukraine.

"Ce n'est pas seulement une crise entre l'Ukraine et la Russie, c'est une crise en Europe", a affirmé le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk. Se déclarant disposé à "un réel débat" avec la Russie, il s'est montré préoccupé par les derniers développements, notamment la reprise "du blocage des forces navales ukrainiennes" en Crimée.

- "Désescalade" -

Le maître-mot des Européens reste "la désescalade", c'est-à-dire la nécessité de "faire baisser la tension" afin que la crise ne débouche pas sur un conflit militaire.

Mais, après trois rencontres en deux jours, les chefs des diplomaties russe et américaine Sergueï Lavrov et John Kerry ne sont pas parvenus à trouver de solution.

Hors de Crimée, Donetsk, fief russophone de M. Ianoukovitch dans l'est du pays a connu ces derniers jours un regain de tensions, mais le gouverneur a fait intervenir jeudi la police pour apaiser les esprits.

La police ukrainienne a repris le contrôle du siège du gouvernement régional occupé par des militants pro-russes et arrêté des dizaines de personnes.

Les autorités ukrainiennes ont d'autre part demandé à Interpol de délivrer une "notice rouge", soit une demande d'arrestation à des fins d'extradition, à l'encontre de Viktor Ianoukovitch pour "abus de pouvoir et meurtre", a annoncé vendredi l'agence internationale.

M. Poutine a reçu jeudi le soutien remarqué du président syrien Bachar al-Assad, dont le régime est soutenu par Moscou dans sa guerre contre les rebelles.

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