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06/03/2014 03:41 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

Scène ubuesque dans une base militaire en Crimée sous les yeux des Ukrainiens et des Russes

La crise en Ukraine prend parfois un tour surréaliste, voire ubuesque. Comme sur la base de défense antiaérienne d'Evpatoria, en Crimée, où une drôle de guerre oppose soldats ukrainiens, forces russes et manifestants pro-russes.

La base A4519, située au milieu de maisons et d'immeubles, à 75 km de la capitale Simféropol, a en effet connu ces derniers jours une forte poussée de fièvre, selon les témoignages recueillis sur place par l'AFP.

Le point d'orgue de ce qui aurait pu inspirer un bon vaudeville si la situation n'avait pas été si tendue, a été, mardi, une tentative d'assaut par des militants pro-russes impatients de voir les militaires ukrainiens partir.

Mais l'histoire de cette base a en fait commencé plus tôt. Et met en lumière le côté parfois complètement insolite de la crise en Crimée où deux armées se jaugent en silence, se toisent, sans pour autant passer à l'action.

Le 23 février, tandis que les contestataires à Kiev chassent de facto du pouvoir le président Viktor Ianoukovitch, des forces russes, présentes depuis cinq jours à Evpatoria, marchent sur la base A4519.

Officiers russes et ukrainiens parlementent.

- "On a laissé entrer" les soldats russes -

Résultat de ces palabres, "on a laissé entrer" les soldats russes, explique le capitaine Sergueï Aniouchkine.

Depuis, "trente à quarante" d'entre eux, en tenue de camouflage, mais sans signes distinctifs apparents, s'y trouvent, se comportant de "manière pacifique", ajoute l'officier ukrainien.

Mais mardi, des centaines de militants pro-russes essaient soudain de pénétrer dans la base.

"Environ 400 personnes ont cherché à forcer le portail d'entrée" de la base, raconte Iouri Jeribtsov, un "représentant du gouvernement" pro-russe de Crimée.

"Les assaillants ont jeté des pierres et deux d'entre eux avaient des armes à feu", a-t-il poursuivi, disant avoir été appelé au téléphone à la rescousse... par le commandant ukrainien de cette unité, le colonel Andreï Matveenko.

La foule "a exigé que nous lui rendions les armes", précise ce dernier, dont les hommes ne sont pas armés, "pour éviter que le sang ne coule".

"Quatre officiers portant des écussons de l'armée russe sont venus pour demander que la base soit gérée en commun (avec eux), en fait qu'elle passe sous le contrôle des Russes", ajoute-t-il.

Mais le colonel Matveenko a refusé d'obtempérer.

Et désormais, scène complètement incongrue, des soldats russes, dont un, encagoulé, portant un fusil-mitrailleur, montent la garde... à l'intérieur de la base, juste derrière les grilles, aux côtés de militaires ukrainiens sans armes.

D'autres membres des forces russes patrouillent dans les allées de ces vastes installations, où, dit le colonel Matveenko, toutes les armes, y compris les missiles antiaériens, sont toujours entreposées, celui-ci ayant catégoriquement refusé de les remettre à ses agresseurs.

Parallèlement, à Fiolent, près de Sébastopol, port d'attache de la Flotte russe de la mer Noire, des soldats russes et des manifestants pro-russes ont pénétré dans une autre base, a affirmé un porte-parole en Crimée du ministère ukrainien de la Défense, Volodymyr Bova.

Jusqu'à ces incidents, les militaires russes se bornaient à faire le pied de grue, nonchalants, autour de nombre de sites militaires de l'armée ukrainienne en Crimée.

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