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06/03/2014 12:15 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

"Makaburi", visage de l'islam radical kényan

"Ma vie est en danger, ils finiront par me tuer", confiait à l'AFP, un peu plus d'un mois avant son assassinat mardi soir à Mombasa Abubaker Shariff Ahmed, alias "Makaburi", figure de l'islam radical kényan, à propos des autorités kényane.

Accusé d'être un relais des islamistes somaliens shebab au Kenya, "Makaburi", qui s'était entretenu avec l'AFP le 20 février à Mombasa, se défendait d'être extrémiste ou radical, se décrivant simplement comme un "vrai" musulman.

"L'islam radical est une création de ceux (...) qui sont opposés à l'islam. Il n'y a pas d'islam radical (...) nous n'avons pas de modérés, d'extrémistes, l'islam est une seule religion" basée sur le Coran, avait-il affirmé, tout en définissant le seul "véritable" islam comme celui des djihadistes irakiens proche d'Al-Qaïda, des talibans afghans et des shebab somaliens.

"Même l'Arabie Saoudite est un pays chrétien gouverné par quelqu'un qui se prétend musulman", avait-il expliqué, depuis le petit réduit aveugle aux murs défraîchis lui servant de bureau et de logement, sous un drapeau noir orné d'un sabre et de la "Chahada" (profession de foi musulmane), variation des divers étendards adoptés par les groupes djihadistes de par le monde.

Tout en rondeurs, visage joufflu terminé par un bouc roux, l'homme d'une cinquantaine d'années, cheveux blancs, vêtu modestement d'un pagne local et d'un tee-shirt blanc l'affirmait aussi sans détour: il ne croyait pas à la démocratie et voulait l'imposition de la charia (loi islamique) partout dans le monde.

Il assurait sur un ton égal que l'attaque du Westgate par un commando islamiste, au cours duquel au moins 67 personnes ont péri était "100% justifiée", suscitant l'ire de la grande majorité des Kényans. Les femmes et les enfants ayant péri au Westgate, "ce sont nos innocents contre vos innocents (...) est-ce que (les femmes et les enfants) tués en Somalie ne sont pas innocents?".

"Selon la religion islamique, ils (les auteurs de l'attaque) avaient le droit de venger", disait-il, car en Somalie, selon lui, l'armée kényane qui combat les shebab au sein d'une force africaine "fait la même chose, voire pire que ce qui s'est passé au Westgate", où le commando a ouvert le feu aveuglément.

Quant aux victimes musulmanes de l'attaque, elles "n'avaient de musulman que le nom", expliquait ce "vrai" musulman: "comment un musulman peut-il être dans un centre commercial au lieu d'être à la mosquée?" à la mi-journée, heure de prière.

Il dénonçait les termes "terrorisme, fondamentalisme, radicalisme", simple réponse selon lui à la violence envers l'islam des "gouvernements occidentaux (qui) tuent des innocents partout dans le monde tous les jours."

"Pourquoi les pilotes de drones ne sont jamais qualifiés de terroristes?" alors que "quand un seul non-musulman est tué par un musulman, c'est du terrorisme", s'indignait-il.

- "guerre civile" -

Makaburi, figure de la mosquée radicale Musa de Mombasa, décrite comme un centre de recrutement shehab par les autorités kényanes, niait cependant les accusations de l'ONU qui l'avait placé depuis 2012 sous sanctions pour "ses liens étroits avec les membres influents" des shebab.

Il démentait être "un important (...) recruteur de jeunes musulmans kényans en vue d'activités militantes violentes en Somalie", fournissant "un appui matériel à des groupes extrémistes au Kenya" et en Afrique de l'Est et participant "à la mobilisation et à la gestion de fonds pour les shebab", comme le décrivait l'ONU.

"Je ne soutiens pas les shebab, je ne connais pas de shebab (...) Où sont les preuves que j'ai recruté qui que ce soit? Qui ai-je recruté? Où, quand, comment? Ce sont justes des accusations (...) c'est des conneries", avait-il réagi dans un rare moment d'emportement mesuré.

Les shebab n'ont pas besoin de recruter, "le moteur le plus fort poussant les jeunes musulmans à rejoindre le jihad en Somalie, c'est l'injustice du gouvernement kényan" contre les musulmans, avait-il expliqué.

La féroce répression policière - dont les abus sont dénoncés par des ONG - contre la mosquée Musa "radicalise les jeunes plus que n'importe quel prédicateur le pourrait", disait-il.

Accusant les autorités kényanes d'avoir "exécuté" en août 2012 son "ami" l'imam Aboud Rogo Mohammed, lui aussi accusé d'être lié aux shebab, et son successeur Ibrahim Ismail un an plus tard, il se disait conscient d'être le prochain sur la liste, mais prévenait que les "musulmans" pourraient "rendre les coups".

Si les musulmans kényans "avaient des armes, nous aurions une guerre civile au Kenya, dès maintenant", assurait-il dans un sourire.

ayv/jeb

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