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05/03/2014 05:40 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

Turquie: Dans le scandale, Erdogan promet de quitter la politique s'il perd les municipales

Empêtré depuis plusieurs mois dans un scandale politico-financier, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a promis de quitter la politique si son parti islamo-conservateur ne remporte pas les élections municipales du 30 mars qui auront valeur de test pour son régime.

"Si mon parti ne remporte pas la première place au scrutin municipal, je suis prêt à renoncer à la politique", a-t-il dit à Ankara devant des journalistes.

Sûr de lui, M. Erdogan a affirmé que la cote de popularité de son Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), aux rênes de la Turquie depuis 2002, n'avait pas souffert du scandale politico-financier qui l'a éclaboussé en décembre.

"Les foules qui viennent à nos meetings politiques à travers le pays prouvent le contraire. Rien n'a changé à l'enthousiasme de notre peuple et de sa ferveur à notre égard", a-t-il insisté.

Depuis son accession au pouvoir, l'AKP n'a perdu aucune élection. Mais selon le dernier sondage de la société Sonar, la cote de l'AKP est en nette baisse avant les municipales, devenues un véritable plébiscite pour le pouvoir, s'établissant aux alentours de 40%, alors qu'il avait obtenu près de 50% des suffrages aux dernières législatives de 2011.

Aux dernières municipales de 2009 l'AKP avait obtenu 39% des voix et conforté son contrôle sur les deux premières métropoles du pays, Istanbul et Ankara, qui comptent à elles seules près de 14 millions d'électeurs sur un total de 52,6.

Mais depuis décembre, la donne politique semble avoir basculé en sa défaveur à cause d'une série d'enquêtes anticorruption d'une ampleur sans pareil pour une formation qui a fait de la lutte contre la corruption sa bannière.

Des dizaines de patrons, hommes d'affaires, élus et hauts fonctionnaires proches du régime ont été inculpés en décembre dans le cadre d'une série d'enquêtes anticorruption. Tous ont cependant été relâchés depuis.

M. Erdogan accuse avec véhémence son ex-allié, l'influent mouvement religieux du prédicateur musulman, Fethullah Gülen, installé aux Etats-Unis, d'avoir ourdi un "complot", une "tentative de coup" pour le déstabiliser avant les municipales qui seront suivies en août par une première élection présidentielle au suffrage universel.

"Cette organisation (la confrérie) s'est infiltrée d'une façon sournoise" dans l'Etat, y créant un "Etat parallèle", a-t-il lancé mercredi.

- Agir contre Gülen après les municipales -

Dans des déclarations rapportées mercredi par la presse turque, il a d'ailleurs exprimé son intention d'agir avec la plus grande sévérité contre ce mouvement socio-religieux qui compte des millions de sympathisants, une fois passées les municipales.

"Nous allons agir avec plusieurs mesures après les élections du 30 mars", a-t-il dit, dans une première allusion directe à une prochaine action gouvernementale contre le mouvement.

Sans dire comment il entendait procéder, M. Erdogan a évoqué un "nettoyage" de l'appareil d'Etat des adeptes du mouvement Hizmet (service).

M. Erdogan a déjà procédé à une purge massive au sein de la police et de la magistrature, où la confrérie jouissait d'une influence importante, les accusant d'avoir mené les enquêtes anti-corruption pour le renverser.

Le pouvoir a en outre fait passer une loi supprimant les écoles de soutien privée, "les boîtes à bac", manne financière de la confrérie qui est d'abord un réseau éducatif, à la tête de plusieurs milliers d'écoles.

"La question (de lutter contre la confrérie Gülen) est devenue maintenant une affaire d'Etat", a dit M. Erdogan en référence aux discussions tenues récemment au sujet du mouvement religieux lors de la dernière réunion du conseil national de sécurité (MGK), qui réunit les principaux responsables civils et militaires du pays.

La presse a vu dans cette réunion le signe du déclenchement imminent d'une offensive judiciaire contre cette "organisation parallèle" coupable, selon M. Erdogan, de l'avoir mis, ainsi que le président Abdullah Gül et de très nombreuses autres personnalités, sous écoute, nuisant ainsi à la "sécurité de l'Etat".

BA/ml

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