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05/03/2014 07:49 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

Selon Arseni Iatseniouk, la Crimée doit demeurer au sein de l'Ukraine

KIEV, Ukraine - Lors de la première entrevue qu'il a accordée depuis qu'il a été nommé à son poste, le nouveau premier ministre ukrainien a déclaré que la Crimée doit demeurer au sein de l'Ukraine mais que la région pourrait obtenir plus de pouvoirs locaux.

Interrogé par l'Associated Press, Arseni Iatseniouk a attribué au président russe Vladimir Poutine la responsabilité de l'une des pires crises internationales à frapper l'Europe depuis la fin de la guerre froide.

Un groupe de travail spécial pourrait être mis sur pied pour «étudier quelle autonomie supplémentaire pourrait être accordée à la République de Crimée». a dit M. Iatseniouk.

Des troupes russes ont pris le contrôle, la fin de semaine dernière, de cette péninsule où les russophones sont majoritaires. M. Iatseniouk a dit craindre que Moscou n'envoie des soldats dans d'autres secteurs russophones du pays.

Des centaines de manifestants agitant le drapeau russe ont ainsi investi un édifice gouvernemental de Donestk, dans l'est du pays.

Le premier ministre a nié que son pays, qui est à court de fonds, soit en train de négocier le déploiement de missiles américains sur son territoire, en échange d'une aide financière.

«C'est faux, a-t-il lancé. Nous n'avons aucune discussion avec le gouvernement des États-Unis d'Amérique concernant le déploiement de forces militaires. Les seules négociations portent sur une aide financière du gouvernement américain pour stabiliser la situation économique de mon pays. C'est absurde.»

Mardi, le président Poutine a accusé les leaders ukrainiens d'avoir pris le pouvoir lors d'un coup d'État anticonstitutionnel. Lors de l'entrevue, M. Iatseniouk a blâmé le dirigeant russe pour la crise actuelle et lui a reproché d'être celui qui agit illégalement.

«De nombreuses forces militaires de la Fédération de Russie sont déployées en Crimée. Nous ne pouvons pas comprendre pourquoi des bottes russes sont en sol ukrainien. Et il est amplement clair que ça a été ordonné personnellement par le président Poutine. C'est le territoire ukrainien et la Russie veut prendre le contrôle de la Crimée. Mais je répète que nous ferons tout en notre pouvoir pour reprendre le contrôle du territoire ukrainien. Les militaires russes devraient rentrer dans leurs casernes», a-t-il dit.

S'exprimant en anglais, M. Iatseniouk a indiqué ne pas s'être encore entretenu personnellement avec le président Poutine, «mais il y va de l'intérêt de nos pays de nouer un dialogue».

«Nous devons tout d'abord cesser cette invasion et ensuite nous souhaitons que la Russie soit notre partenaire, de vrais partenaires, il faut mettre fin à ce jeu à somme nulle. Il faut que ce soit gagnant-gagnant où on tient compte des intérêts russes et des intérêts ukrainiens, a-t-il dit. Nous demandons donc au gouvernement russe d'engager de vraies discussions avec le nouveau gouvernement ukrainiens et nous demandons à la Russie de ne pas être une voisine mais de devenir une véritable partenaire.»

Par ailleurs, l'Union européenne a offert mercredi une aide de 11 milliards d'euros (15 milliards $ US) à l'Ukraine, en plus de geler les avoirs de 18 dirigeants ukrainiens soupçonnés d'avoir pillé les fonds publics du pays. L'aide comprend notamment 8 milliards d'euros en nouveau crédit auprès d'institutions financières associées à l'UE. Les détails n'ont pas été précisés en raison de la situation sur le terrain et de négociations entre Kiev et le Fonds monétaire international.

Ces annonces ont été faites au moment où les principaux diplomates occidentaux et russes se rencontraient à Paris pour tenter de trouver une issue à la crise ukrainienne. Des observateurs internationaux faisaient également route vers la Crimée, pendant que l'OTAN s'apprêtait à discuter du dossier ukrainien lors d'une rencontre extraordinaire avec la Russie.

Des hommes armés auraient tenté d'enlever un envoyé des Nations unies en Crimée.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov a refusé de rencontrer son homologue ukrainien à Paris, selon ce qu'a révélé un diplomate français. La Russie est ouverte à une médiation internationale, mais Moscou refuse catégoriquement de reconnaître le nouveau gouvernement de Kiev, a dit ce diplomate.

L'aide européenne offerte mercredi équivaut à l'aide russe offerte au président ukrainien en fuite Viktor Ianoukovitch. Quelques heures plus tard, l'UE a annoncé le gel des avoirs de 18 personnes qui auraient pillé les fonds publics ukrainiens, imitant des mesures adoptées par la Suisse et l'Autriche. Le nom des personnes ciblées ne sera annoncé que jeudi, pour les empêcher de vider leurs comptes à la dernière minute.

«La situation en Ukraine met à l'épreuve notre capacité et notre détermination à stabiliser notre voisinage et à offrir de nouvelles occasions à plusieurs et non seulement à certains», a déclaré le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso.

L'Ukraine accuse la Russie de l'avoir envahie militairement après que des troupes prorusses se soient emparées de la Crimée samedi, prenant le contrôle de gares maritimes, de bases militaires et de postes frontaliers. Moscou ne reconnaît pas la légitimité du nouveau gouvernement à Kiev.

S'exprimant depuis l'Espagne avant de venir rencontrer le secrétaire d'État américain John Kerry à Paris, M. Lavrov a mis en garde contre ce que la Russie perçoit comme étant un appui occidental à un coup d'État. Il croit que cela risque d'encourager des changements de régime par la force ailleurs.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a envoyé vers la Crimée 35 militaires non armés, en réponse à la demande du nouveau gouvernement. Ces observateurs tenteront entre autres de déterminer l'identité exacte des hommes armés déployés à travers la Crimée.

Des parlementaires russes, enfin, ont déposé mercredi un projet de loi qui gèlerait les avoirs de compagnies américaines et européennes actives en Russie, en réplique à d'éventuelles sanctions.

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