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05/03/2014 10:00 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

La BCE devrait laisser ses taux inchangés sur fond de stabilisation de l'inflation

La Banque centrale européenne (BCE) devrait laisser son principal taux d'intérêt directeur inchangé lors de sa réunion mensuelle de politique monétaire jeudi, à la faveur de la stabilisation de l'inflation en zone euro, estime la grande majorité des analystes.

"Il y a dix jours j'aurais parié sur une baisse de taux mais ce n'est plus le cas", explique Olivier Garnier, économiste en chef de la banque Société Générale.

Ce qui a changé depuis? "L'inflation s'est maintenue, et il y a même un renforcement au niveau de l'inflation sous-jacente" -soit l'évolution des prix débarrassée de sa composante conjoncturelle-, explique l'économiste.

Pour Howard Archer, chef économiste Europe au cabinet IHS, l'inflation stable en févier, "relâche la pression sur la BCE", tout comme "l'amélioration de 0,3% du PIB (de la zone euro) au 4e trimestre 2013" et les signes évidents que la croissance sera "plus ferme" en ce début d'année.

Des propos récents du président de la BCE sont venus conforter cette conclusion. "Nous ne sommes clairement pas en déflation", a dit Mario Draghi, face aux menaces agitées par certains analystes et investisseurs.

En outre, les projections d'inflation pour la zone euro à moyen terme "continuent d'être fermement ancrées, et conformes à notre objectif de maintenir l'inflation sous, mais proche de, 2%", a encore déclaré le patron de la BCE.

"Pour la BCE il est plus confortable d'être dans cette posture, dans laquelle elle peut jouer sur les anticipations, que de griller ses cartouches", estime Olivier Garnier.

D'autant que son taux directeur est déjà au niveau très faible de 0,25% depuis novembre, lui laissant peu de marge de manoeuvre.

"Une baisse de taux nécessaire"

Evoquant des indicateurs mitigés, Jonathan Loynes, chef économiste Europe chez Capital Economics, estime cependant qu'une action de la BCE "est nécessaire et même probable". "Nous sommes minoritaires, mais nous continuons d'attendre une petite baisse du taux de refinancement".

Des responsables du Fonds monétaire international (FMI) ont aussi estimé que l'institution monétaire de Francfort devait baisser davantage ses taux directeurs car le niveau faible de l'inflation risque de "saborder" la reprise en Europe.

La BCE "doit envisager une nouvelle baisse dans sa politique sur les taux et, surtout augmenter substantiellement ses engagements financiers", affirme le directeur du département Europe du FMI, Reza Moghadam, dans un blog cosigné notamment avec son adjoint Ranjit Teja.

Si action il y a jeudi, Howard Archer s'attend davantage à ce qu'elle prenne la forme "de mesures destinées à augmenter les liquidités" en circulation, en arrêtant de "stériliser" les achats de dette publique opérés dans le cadre du programme SMP entre 2010 et 2012. Cette stérilisation, qui consiste à inciter les banques à déposer des liquidités sur un dépôt hebdomadaire, doit éviter un surplus de liquidités sur le marché et donc une menace inflationniste.

Selon lui, la BCE pourrait aussi lancer un nouveau prêt à long terme (LTRO) en faveur des banques, "spécialement taillé pour encourager le crédit au secteur privé" qui peine à redécoller.

Quant à l'éventualité d'une forme d'assouplissement quantitatif (quantitative easing), c'est à dire l'achat en gros d'actifs financiers, "c'est une politique trop controversée au sein du conseil des gouverneurs (de la BCE) pour qu'elle soit adoptée", selon lui.

"M. Draghi sera très hésitant à lancer des mesures non conventionnelles tant qu'il n'y aura pas de détérioration claire des fondamentaux", renchérit Sascha Milovanovski, gestionnaire de portefeuilles de titres chez la banque d'affaires Kempen.

La BCE actualisera jeudi, comme chaque trimestre, ses prévisions de croissance et d'inflation pour 2014 et 2015 et donnera celles pour 2016, se risquant pour la première fois à des projections à deux ans. S'il s'avère que le chiffre pour 2016 est attendu autour de 1,7%, "le conseil des gouverneurs pourrait l'interpréter comme un retour progressif au seuil de 2%" et donc éviter d'agir, pronostique Cédric Thellier, de Natixis.

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