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Ukraine: quelle stratégie pour les Occidentaux face à la Russie ?

04/03/2014 09:28 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

Placés sur la défensive, les Occidentaux cherchent la meilleure stratégie face à la Russie, entre dialogue et fermeté, pour enclencher une "désescalade" de la crise ukrainienne.

Question: Les Occidentaux sont-ils sur la même ligne face à l'offensive russe en Crimée?

Réponse: Ils le sont pour condamner fermement cette "agression" qui "viole le droit international". Ils le sont également pour exclure une intervention militaire. "A l'heure actuelle, personne n'est prêt à mourir pour Sébastopol", résume un diplomate européen.

Mais si tous réclament une "désescalade", ils divergent sur la meilleure méthode pour faire pression sur Vladimir Poutine.

Les Etats-Unis ont adopté un ton plus ferme que les Européens en suspendant leur coopération militaire et en brandissant la menace d'un "large éventail" de sanctions économiques et diplomatiques visant à "isoler" la Russie.

L'Europe envisage également des sanctions, d'ordre plus limité, mais veut d'abord donner toutes ses chances au dialogue avec Moscou. Elle affiche un solide soutien au nouveau pouvoir ukrainien. Le Premier ministre Arseni Iatseniouk sera ainsi reçu jeudi à Bruxelles par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, juste avant un sommet extraordinaire.

Q: Pourquoi les pays voisins de la Russie sont-ils partisans d'une grande fermeté alors que l'Allemagne privilégie le dialogue?

R: Au sein de l'UE, la Pologne et les Etats baltes appellent à "l'intransigeance" face à la Russie car ils craignent que la crise en Ukraine ne déstabilise l'ensemble de la région. "C'est l'architecture de la zone eurasienne telle qu'elle a été établie après la Guerre froide qui est en jeu", estime Temuri Yakobashvili, ancien ambassadeur de Géorgie à Washington.

La présidente lituanienne, Dalia Grybauskaite, redoute que la Crimée ne devienne "un nouveau conflit latent", comme ceux de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie depuis le conflit en Géorgie en 2008.

De son côté, l'Allemagne tente de jouer la médiatrice en s'appuyant sur sa "relation particulière" avec la Russie et sur les bons rapports entre Angela Merkel, qui parle russe, et Vladimir Poutine, qui se sont entretenus à deux reprises durant le week-end. Son ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a affirmé lundi que la diplomatie n'était "pas une faiblesse". Mais il a dû reconnaître mardi qu'aucune solution n'était "en vue" après un entretien "long et difficile" avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

Berlin veut aussi préserver ses importants intérêts économiques en Russie, une préoccupation que partagent le Royaume-Uni et la City, ainsi que la France.

Q: Les Occidentaux ont-ils déjà passé la Crimée par pertes et profits?

R: Officiellement, non. Tous défendent "l'intégrité et l'unité de l'Ukraine". Mais, "sauf à prendre le risque d'un conflit militaire, ils seront probablement contraints d'accepter, officieusement" la mainmise de Moscou sur la Crimée, région russophone qui abrite la flotte russe de la mer Noire, avance Andy Kuchins, expert à l'institut CSIS.

Moscou a désormais deux options: laisser la Crimée à l'Ukraine, mais dans une "confédération" lui accordant encore plus d'autonomie, "ou l'intégration totale de la Crimée dans la fédération russe", estime Dimitri Trenin, de l'institut Carnegie. Selon lui, Moscou devrait privilégier la première solution, afin de "neutraliser les menaces d'une Ukraine unifiée anti-russe et de son entrée dans l'Otan".

Q: Les Occidentaux ont-ils les moyens de protéger les autres pays de l'ex-URSS qui veulent se rapprocher de l'UE, comme la Moldavie et la Géorgie?

R: C'est l'une des priorités à Bruxelles, car "l'UE ne peut se permettre de perdre la Géorgie et la Moldavie", les deux seuls pays qui souhaitent toujours formaliser un accord d'association après le retrait de l'Arménie et de l'Ukraine, indique un haut responsable européen. "Il faut accélérer le processus pour leur signature", prévue d'ici la fin de l'année.

Les Etats-Unis multiplient aussi les signes de soutien à la Moldavie, en contentieux avec Moscou sur la Transdniestrie, une région peuplée majoritairement de russophones qui a fait sécession en 1990 et où la Russie maintient des troupes. Le Premier ministre moldave, Iurie Leanca, a été reçu lundi à Washington.

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