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Ukraine: le président russe Vladimir Poutine semble désamorcer les tensions

04/03/2014 06:33 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

MOSCOU - Les perspectives d'un conflit armé en Ukraine se sont amoindries mardi lorsque le président russe, Vladimir Poutine, a soufflé le chaud et le froid en désamorçant les tensions tout en tenant des propos durs à l'égard de la crise ukrainienne.

Commentant le dossier pour une première fois depuis la fuite du président Viktor Ianoukovitch, M. Poutine a affirmé que la Russie n'avait aucunement l'intention de «combattre les Ukrainiens» mais que Moscou se réservait le droit de recourir à la force.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, s'est quant à lui rendu à Kiev dans la journée pour témoigner de son appui au nouveau leadership ukrainien et rendre hommage aux quelque 80 victimes des manifestations antigouvernementales, le mois dernier.

«Il est évident que la Russie a travaillé fort pour créer un prétexte pour être en mesure d'envahir (l'Ukraine) encore davantage. Ce n'est pas approprié pour un pays d'en envahir un autre et de dicter sa volonté à la pointe d'un fusil. Ce n'est pas le comportement d'un pays du 21e siècle membre du G8», a-t-il lancé.

M. Kerry a ajouté que les sanctions contre la Russie n'étaient pas quelque chose que les États-Unis souhaitaient faire mais que la Russie les «forçait» à le faire.

La situation demeurait tendue en Crimée, mardi, les troupes russes ayant tiré des coups de semonce pour dissuader des soldats ukrainiens venus réclamer leur poste à la base aérienne de Belbek.

Le discours du président Poutine, qui s'est adressé aux journalistes pendant une heure depuis sa résidence à l'extérieur de Moscou, s'apparentait néanmoins à une tentative de désamorcer la crise en cours. Il a insisté pour dire que la Russie n'avait pas l'intention d'annexer la Crimée mais a aussi souligné que ses résidants avaient le droit de décider du sort de la région lors d'un référendum qui devrait se dérouler plus tard ce mois-ci.

«Il me semble que l'Ukraine est en train de se stabiliser. Nous n'avons pas d'ennemis en Ukraine. L'Ukraine est un État ami», a-t-il affirmé, ajoutant que la Russie était prête à «recourir à tous les moyens à (leur) disposition» pour protéger les Russes qui se trouvent en Ukraine.

Le président a déclaré que les manoeuvres militaires menées par la Russie près de la frontière ukrainienne, qui ont impliqué 150 000 militaires, étaient déjà prévues et n'avaient rien à voir avec la situation en Ukraine. Le Kremlin avait annoncé plus tôt que M. Poutine avait ordonné à des dizaines de milliers de soldats russes qui participaient à des manoeuvres près de la frontière de l'Ukraine de rentrer à leurs casernes.

Il a aussi reproché à l'Occident d'avoir profité de la décision du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, en novembre, d'abandonner une entente avec l'Union européenne au profit d'un accord avec la Russie pour alimenter les mois de manifestations populaires qui ont éventuellement mené à son départ.

Moscou a accepté de discuter de l'Ukraine lors d'une rencontre extraordinaire de l'OTAN qui aura lieu mercredi, à Bruxelles, ce qui laisse croire qu'une solution diplomatique pourrait être envisagée pour mettre fin à la crise. La Russie soutient que le déploiement militaire en Crimée respecte l'accord bilatéral concernant la flotte russe de la mer Noire.

La Russie a pris le contrôle de la région stratégique de la Crimée ce week-end en y déployant des soldats aux postes frontaliers et dans les bases militaires. Deux navires de guerre ukrainiens sont toujours bloqués par des navires russes au port de Sébastopol.

Tensions persistantes

La tension qui y règne s'est manifestée à nouveau, mardi, alors que des militaires russes s'étant emparés de la base aérienne de Belbek ont tiré des coups de semonce quand quelque 300 soldats ukrainiens — qui y travaillaient précédemment —, se sont présentés sur place pour réclamer leurs emplois.

Par ailleurs, l'armée russe a procédé avec succès à un tir d'essai de missile balistique intercontinental russe Topol plus tard dans la journée. Le missile a été tiré depuis une région du sud de la Russie et a atteint sa cible au Kazakhstan.

Même si une certaine accalmie semblait s'être établie, mardi, la Russie et l'Occident ont continué à brandir la menace économique dans leur bras de fer en Ukraine. Le Kremlin a annoncé la fin des tarifs préférentiels sur le gaz naturel tandis que la Maison-Blanche a dévoilé un plan d'aide financière de 1 milliard $ US en subventions à la consommation énergétique.

Le ministre ukrainien des Finances, qui a déjà indiqué que son pays a besoin d'une aide de 35 milliards $ US pour demeurer à flot jusqu'à l'an prochain, a par ailleurs rencontré mardi des représentants du Fonds monétaire international.

L'Union européenne devrait de son côté tenir un sommet d'urgence sur l'Ukraine jeudi pour évaluer différentes sanctions possibles contre la Russie.

Un responsable américain a annoncé l'envoi d'une mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Ukraine, affirmant agir à la demande de Kiev.

Daniel Baer a précisé que 15 des 57 États membres du groupe, dont les États-Unis, s'étaient entendus mardi pour dépêcher des observateurs en Ukraine pour une mission d'une semaine. La trentaine de délégués devraient arriver au pays mercredi pour ensuite se diriger vers la Crimée pour y surveiller la montée des tensions.

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