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Poutine offensif sur l'Ukraine et son droit à défendre les russophones

04/03/2014 10:16 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT

Le président Vladimir Poutine n'a pas fait grand chose mardi pour calmer les inquiétudes des Occidentaux: il a démenti que des militaires russes opèrent en Crimée, réaffirmé son droit à envoyer l'armée en Ukraine et prôné le droit à l'autodétermination de la Crimée.

"L'Ukraine ayant décidé de sortir de l'étreinte russe, Poutine veut en garder un morceau, au minimum la Crimée, et si possible les régions de l'Est en tant qu'Etat semi-autonome. Mais il n'a aucun intérêt à une escalade du conflit", estime Nikolai Petrov, de la Haute Ecole d'Economie à Moscou.

Interrogé lors d'une rencontre avec la presse par un journaliste qui lui demandait si des forces russes participaient à des actions militaires en Crimée, il a répondu: "non, elle ne participent pas. Ce sont des forces locales d'auto-défense" qui bloquent les bases ukrainiennes en Crimée.

Les nouvelles autorités pro-occidentales à Kiev ont affirmé que des milliers de soldats russes ont pris d'assaut ou bloquent des bases et bâtiments militaires en Crimée, et le secrétaire d'Etat américain John Kerry a dénoncé "l'occupation" de la Crimée par la Russie, raison pour laquelle les Etats-Unis et l'Union européenne envisagent des sanctions contre Moscou.

Pour les Occidentaux, il s'agit de la plus grave crise avec la Russie depuis la fin de l'URSS.

"Les Occidentaux sont effrayés et interloqués. Ils voient en face d'eux un homme imprévisible, d'une autre dimension, du 19ème siècle ou de la première moitié du 20ème siècle", observe Alexeï Makarkine, du Centre des technologies politiques.

- La Crimée indépendante ? -

Alors que les militaires russes contrôlent déjà une partie de la Crimée, M. Poutine a laissé entendre que le même scénario pourrait se répéter dans les régions russophones de l'est de l'Ukraine.

"Si les désordres commencent dans les régions de l'est, si les gens demandent notre aide, nous nous réservons le droit d'utiliser tous les moyens pour les défendre", a-t-il déclaré, tout en estimant qu'une intervention militaire russe en Ukraine n'était "pas nécessaire pour le moment".

Pour le politologue Alexeï Makarkine, "Poutine laisse entendre qu'il n'y aura pas de guerre de grande ampleur. Mais il ne va pas quitter la Crimée, il va en garder le contrôle".

La Russie a le droit de protéger en Ukraine "des gens que nous considérons proches, du point de vue historique, culturel et économique", c'est à dire les russophones du sud et de l'est de la Crimée, a martelé M. Poutine.

Le président russe a par ailleurs manifesté ouvertement son soutien à une éventuelle indépendance de la Crimée : "Cela a été permis aux Albanais du Kosovo, et à d'autres dans le monde. Le droit d'une nation à l'autodétermination est reconnu par l'ONU", a-t-il souligné.

Dénonçant les Occidentaux "qui ont soutenu un coup d'état anticonstitutionnel et une prise du pouvoir par les armes", le président russe a mis en garde par avance contre d'éventuelles sanctions à l'encontre de Moscou.

"Ceux qui envisagent d'imposer des sanctions feraient bien de réfléchir aux conséquences, les dommages seront des deux côtés", a-t-il déclaré, alors que les autorités américaines annonçaient mardi que des sanctions devraient être prises contre Moscou "probablement dans la semaine".

"La réaction des Occidentaux ne fait pas peur à Poutine", estime Alexeï Makarkine.

"Poutine n'est pas effrayé par l'idée de devenir un paria dans le monde", renchérit l'analyste Alexandr Golts.

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