POLITIQUE

Des millionnaires chinois veulent poursuivre Ottawa

04/03/2014 10:19 EST | Actualisé 04/05/2014 05:12 EDT
Radio-Canada

Il y a près de 4 ans, Monsieur Du a réalisé que le mode de vie en Chine ne lui convenait plus. Pollution, scandale alimentaire, système d'éducation inadéquat; l'homme d'affaires voulait offrir une nouvelle vie à sa famille, et cette nouvelle vie, il la voulait au Canada.

Un texte d'Yvan Côté Twitter Courriel

En 2010, il entreprend donc des démarches pour s'inscrire au programme pour immigrants-investisseurs. M. Du a de la chance, il fait partie des privilégiés en Chine qui peuvent se permettre de débourser les 800 000 dollars en prêt garanti qu'exige le programme canadien en échange de la résidence permanente.

Ce propriétaire d'une entreprise de programmation informatique est à l'époque tellement convaincu d'être accepté au Canada qu'il inscrit son enfant dans une école canadienne privée en Chine. Ainsi, croit-il, son fils sera formé de façon adéquate pour commencer son université à Vancouver.

Mais le gouvernement Harper en a décidé autrement. Lors du dévoilement du budget, il y a deux semaines, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a annoncé qu'il mettait fin au programme des immigrants-investisseurs. Ottawa juge qu'il ne génère pas assez de retombées économiques et qu'il est dévalué par rapport à celui des autres pays.

Une décision injuste, indique M. Du qui, comme 15 autres millionnaires Chinois, songent maintenant à intenter des poursuites contre Ottawa.

« Notre vie est en suspens depuis des années. Nous avons tout planifié pour déménager au Canada. Nous avons payé les frais d'inscription du programme qui coûtait 5000 $, et soudainement, le gouvernement canadien annonce qu'il l'annule. Ça ne peut pas fonctionner ainsi. Nous ne nous laisserons pas faire. »

Un programme populaire en Chine

Depuis sa création en 1986, 130 000 personnes d'origines étrangères ont pu bénéficier du programme fédéral. Celui-ci était particulièrement populaire depuis quelques années en Chine. En fait, la grande majorité, soit 46 000 des 59 000 millionnaires inscrits sur les listes d'attente en février, est d'origine chinoise.

Si certains investisseurs parlent maintenant de décision discriminatoire de la part d'Ottawa, Victor Lum, un consultant en immigration de la firme WellTrend de Pékin, préfère dire que le gouvernement Harper devra expliquer sa décision.

« Si les requérants n'ont pas d'autres options, ils vont poursuivre. Quels types de recours ils vont intenter? Pour le moment, je ne le sais pas, mais c'est une question sur laquelle se penchent plusieurs avocats », explique-t-il.

Le Québec pourrait bénéficier de la manne

Si Ottawa ferme les portes aux nouveaux investisseurs, il est cependant encore possible d'en profiter au Québec. Grâce à son statut particulier, le « Programme immigrants investisseurs » se poursuit et il pourrait être débordé au cours des prochains mois, selon M. Lum.

« L'impact de la décision d'Ottawa va immédiatement se répercuter sur le Québec. Plusieurs des 60 000 investisseurs laissés en plan par Ottawa vont se tourner vers cette province. Le problème, craint-il, est que la période pour appliquer sera trop brève pour que l'on traite toutes les demandes ».

Le gouvernement Harper pourrait aussi décider de limiter le nombre de visas qui seront acceptés s'il juge qu'il y a de l'abus de la part de Québec. Au cours des dernières années, le Canada a accepté de 4000 à 6000 immigrants-investisseurs par année. La moitié de ces demandes étaient approuvées au Québec.

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