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Ukraine: 16 000 militaires russes auraient été déployés en Crimée

03/03/2014 07:47 EST | Actualisé 03/05/2014 05:12 EDT

La Russie aurait dépêché quelque 16 000 militaires en Crimée, selon ce qu'a rapporté un représentant de l'Ukraine à l'ONU, lundi, alors que l'ambassadeur russe arguait que le président déchu de l'Ukraine, Viktor Ianoukovitch, a sollicité l'aide du Kremlin pour rétablir la loi et l'ordre dans son pays.

Dans une lettre qui a circulé lors de la réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, la troisième en quatre jours, le représentant ukrainien lance aussi un appel à l'aide à la communauté internationale.

L'ambassadeur russe Vitali Tchourkine, qui a affirmé avoir obtenu l'autorisation de M. Ianoukovitch pour ce faire, a lu une déclaration du président dans laquelle il soutient qu'en tant que «représentant démocratiquement élu», il estime que l'Ukraine est sur le «point de basculer dans la guerre civile».

La déclaration demande au président russe, Vladimir Poutine, de recourir aux forces armées de la Russie pour rétablir «la légitimité, la paix, la loi et l'ordre, la stabilité et la protection de la population ukrainienne».

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a de son côté déclaré que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dépêcherait des représentants en Ukraine en soirée, lundi.

Il semble improbable que la rencontre du Conseil de sécurité débouche sur une mesure quelconque compte tenu du droit de veto qu'y détient la Russie.

En soirée, lundi, les États-Unis ont annoncé la suspension de toute coopération militaire avec la Russie. Un porte-parole du Pentagone, le contre-amiral de la Marine John Kirby, a affirmé que l'armée américaine avait suspendu l'ensemble de ses engagements à venir avec l'armée russe, dont des rencontres bilatérales, des visites portuaires et des colloques.

Moscou a soufflé le chaud et le froid pendant la journée, demandant d'une part la création d'un gouvernement d'unité nationale en Ukraine tout en resserrant, d'autre part, son emprise sur la Crimée, une région ukrainienne prorusse.

Dans le même temps, les États-Unis et l'Union européenne évaluaient différents scénarios pour tenter de dénouer l'impasse tandis que l'inquiétude rattrapait les marchés financiers face à la possibilité de nouvelles violences aux portes de l'Europe.

Les craintes que le Kremlin ne poursuive son avancée militaire dans d'autres régions de l'est de l'Ukraine se sont cristallisées, lundi. Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a quitté Washington pour Kiev où il devrait témoigner du soutien des États-Unis au nouveau gouvernement ukrainien. L'UE, qui a demandé la tenue d'une réunion d'urgence sur l'Ukraine jeudi, menaçait de son côté d'adopter une série de sanctions contre la Russie.

Il semble toutefois que ce soit Moscou qui continue à dicter l'ordre du jour dans cet épineux dossier.

De passage à Genève pour une rencontre du Haut-Commissariat des droits de l'homme, lundi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a déclaré que les autorités ukrainiennes devraient mettre en application l'entente du 21 février signée entre le président Viktor Ianoukovitch et les chefs de file de l'opposition.

M. Ianoukovitch a fui l'Ukraine pour la Russie après avoir donné son accord à cette entente — négociée par les ministres des Affaires étrangères de la France, de l'Allemagne et de la Pologne —, qui prévoit notamment la tenue d'élections anticipées et sa renonciation à de nombreux pouvoirs.

«Plutôt que la mise en place d'un gouvernement d'unité nationale tel que promis, c'est un gouvernement de vainqueurs qui a été créé», a déploré M. Lavrov.

Plus tôt en journée, un porte-parole de l'armée ukrainienne affirmait que la Russie avait lancé un ultimatum à deux navires de guerre ukrainiens en Crimée, exigeant qu'ils se rendent immédiatement sans quoi ils seraient attaqués et saisis. Le président par intérim de l'Ukraine, Olexandre Tourtchinov, a réagi en accusant la Russie de «piraterie».

Les vaisseaux ukrainiens Ternopil et Slavutych auraient été encerclés par quatre navires de la marine russe du port de Sébastopol, selon ce qu'a rapporté un représentant militaire ukrainien. M. Tourtchinov a affirmé que les commandants et l'équipage étaient «prêts à défendre leur navire et l'Ukraine».

Un représentant du ministère russe de la Défense, Vladimir Anikine, a rejeté cette allégation, la qualifiant d'absurde. Il a toutefois refusé de donner davantage de détails sur cette affaire.

Mettant Moscou en garde contre la «dangereuse escalade» en cours, l'administration Obama a affirmé que Washington tiendrait la Russie responsable de toute menace faite à la marine ukrainienne.

La Russie se tient «du mauvais côté de l'histoire» en Ukraine, a déclaré Barack Obama, ajoutant qu'une action militaire continue serait une «proposition coûteuse pour la Russie». Le président américain, qui a invité les membres du Congrès à élaborer un plan d'aide pour l'Ukraine, a ajouté que les États-Unis songeaient à adopter des sanctions diplomatiques et économiques pour isoler la Russie.

Ces sanctions économiques, qui comprendraient entre autres le gel d'avoirs russes et la suspension d'ententes bilatérales de plusieurs milliards de dollars, pourraient bien être le meilleur outil à la disposition des États-Unis et de l'UE pour faire plier les autorités russes.

Déjà, lundi, la menace de sanctions s'est fait ressentir sur le marché russe, qui a reculé d'environ dix pour cent. Le rouble russe a par ailleurs atteint son plus bas taux jamais enregistré par rapport au dollar américain.

Le contrôle opérationnel de la Russie en Crimée apparaît désormais indéniable.

Pendant la journée de lundi, des hommes armés se sont notamment emparés d'une petite gare maritime utilisée par des traversiers dans la ville de Kerch, à environ 20 kilomètres de la Russie par bateau. Les hommes ont refusé de s'identifier, mais ils s'exprimaient en russe et leurs véhicules portaient des immatriculations russes. On craint que Moscou n'utilise cette gare pour envoyer encore plus de soldats en Crimée.

Un représentant des gardes-frontières ukrainiens, Sergeï Astakhov, a révélé que les forces russes ont réclamé que les soldats et gardes ukrainiens prêtent allégeance au nouveau gouvernement local prorusse de la Crimée.

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