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La diversité a été la véritable gagnante de la soirée des Oscar dimanche

03/03/2014 01:41 EST | Actualisé 03/05/2014 05:12 EDT

LOS ANGELES, États-Unis - La plus grande gagnante de la 86e soirée des Oscar, dimanche, a sans doute été la diversité.

Pour la première fois, une oeuvre réalisée par un cinéaste noir — «12 Years a Slave» («Esclave pendant 12 ans») de Steve McQueen — a remporté l'Oscar du meilleur film tandis qu'un cinéaste d'origine latine — Alfonso Cuaron avec «Gravity» («Gravité») — a été sacré meilleur réalisateur au cours d'une cérémonie pilotée par une animatrice lesbienne, et présentée par la première présidente noire de l'Académie.

Seuls deux des six principaux trophées de la soirée sont allés à des Américains.

Le drame historique «12 Years a Slave» a été déclaré meilleur film, poussant le cinéaste à délaisser son calme habituel pour manifester sa joie après avoir prononcé son discours de remerciement. Le réalisateur britannique a dédié son prix à «tous ceux et celles qui ont enduré l'esclavage et aux 21 millions de personnes qui en souffrent encore aujourd'hui».

Le thriller spatial de Cuaron, «Gravity», a été le grand gagnant de la soirée avec sept prix, dont plusieurs techniques. Certains résidants de son Mexique natal ont cependant avancé que comme le réalisateur a été récompensé pour un film hollywoodien et non une oeuvre tournant autour du Mexique, sa victoire n'a pas la même importance. Le cinéaste a cependant indiqué en coulisse qu'il espérait que les Mexicains étaient de son côté.

La cérémonie des Oscar pouvait laisser croire qu'un vent de renouveau avait soufflé sur l'Academy of Motion Pictures Arts and Sciences, une institution qui a parfois donné l'impression d'être coincée dans le passé. Lorsqu'un article du Los Angeles Times a rapporté que l'Académie était majoritairement composée d'hommes blancs plus âgés, la nouvelle présidente Cheryl Boone Isaacs a travaillé fort pour y ajouter de la variété.

Malgré tout, les Oscar ont été le reflet d'une industrie qui hésite à raconter des histoires diversifiées.

«Dallas Buyers Club», le film de Jean-Marc Vallée en lice pour le prix du meilleur film, est demeuré au stade de «projet» pendant deux décennies alors que plusieurs hésitaient à financer l'histoire de victimes du sida, au Texas, dans les années 1980. Matthew McConaughey et Jared Leto ont remporté les prix du meilleur acteur et du meilleur acteur de soutien, respectivement, pour leur rôle dans le film.

«Trente-six millions de personnes ont perdu la bataille contre le sida et à ceux parmi vous qui avez déjà ressenti de l'injustice en raison de qui vous êtes ou de qui vous aimez, aujourd'hui, je suis debout devant le monde entier avec vous et pour vous», a déclaré Leto dans son discours de remerciement.

Cate Blanchett, l'Australienne gagnante du prix de la meilleure actrice pour son interprétation d'une femme amère et ruinée dans «Blue Jasmine» («Jasmine French») de Woody Allen, a profité de sa tribune pour demander qu'il y ait plus de films mettant en vedette des femmes, des films comme le sien et comme «Gravity» avec Sandra Bullock. Une étude de l'analyste Kevin B. Lee a révélé l'an dernier que les acteurs principaux étaient à l'écran pendant 100 minutes en moyenne, alors que les actrices principales ne le sont que pendant 49 minutes.

Le film «12 Years a Slave» a également remporté des prix dans les catégories d'écriture et d'interprétation. John Ridley a gagné le trophée du meilleur scénario adapté, qui était inspiré des mémoires de Solomon Northup, datés de 1853. Le scénariste n'est que le deuxième auteur noir (après Geoffrey Fletcher, gagnant pour «Precious» en 2009) à l'emporter dans cette catégorie. En coulisses, l'équipe de «12 Years a Slave» a parlé de ses démarches pour faire lire les mémoires de Northup aux élèves américains du secondaire. L'association nationale des commissions scolaire américaine a annoncé en février dernier que le livre allait dorénavant être une lecture obligatoire.

«Il est important de connaître notre histoire pour que nous puissions savoir qui nous étions, qui nous sommes et, plus important, qui nous allons devenir», a déclaré Brad Pitt, producteur du film.

Lupita Nyong'o a remporté son premier Oscar pour son interprétation de l'esclave Patsey dans le film. «Je suis un peu hébétée, a-t-elle confié en coulisses. Je ne peux pas croire qu'on est dans la vraie vie.»

Nyong'o est devenue la sixième actrice noire à gagner l'Oscar de la meilleure actrice de soutien, après Hattie McDaniel («Gone with the Wind»/«Autant en emporte le vent»), Whoopi Goldberg («Ghost»/«Mon fantôme d'amour»), Jennifer Hudson («Dreamgirls»), Mo'Nique («Precious»/«La véritable Precious Jones») et Octavia Spencer («The Help»/«La couleur des sentiments»).

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