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France: contre-attaque ratée du chef de l'opposition soupçonné de favoritisme

03/03/2014 12:14 EST | Actualisé 03/05/2014 05:12 EDT

Mis en cause pour ses relations opaques avec le monde des affaires, Jean-François Copé, l'ambitieux président de l'UMP - principal parti de la droite française - a dénoncé lundi une "chasse à l'homme" et tenté une contre-attaque sans convaincre.

M. Copé, 49 ans, avocat d'affaires, député et maire de Meaux (est de Paris), qui ne cache pas ses ambitions présidentielles pour 2017, s'en est pris à "certains organes de presse" qui s'érigent en "procureurs" et en "juges".

Il répondait à une enquête publiée jeudi par l'hebdomadaire de centre-droit Le Point selon laquelle une filiale de la société Bygmalion, fondée par deux proches de Jean-François Copé, aurait surfacturé des services à l'UMP pendant la campagne présidentielle de 2012 de Nicolas Sarkozy dont M. Copé était le maître d'oeuvre.

Cette filiale, Event et Cie, "aurait empoché au moins huit millions d'euros", écrit l'hebdomadaire.

Jean-François Copé a assuré qu'il était prêt à publier l'intégralité des comptes de l'UMP à la condition que les autres partis et les médias soient eux aussi astreints par une loi à une transparence financière totale.

Il a annoncé qu'il déposerait en ce sens deux propositions de loi pour imposer aux partis politiques une "totale transparence" de leurs comptabilité depuis 2007, et demander que les "principaux dirigeants et salariés des médias" bénéficiant d'aides de l'Etat soient eux aussi soumis à la transparence sur leurs revenus et leurs biens.

Et en attendant l'adoption de ces textes, M. Copé a affirmé que la comptabilité de son parti allait être mise sous scellés.

- Réactions incrédules ou indignées -

Plusieurs responsables socialistes ont aussitôt ironisé sur ces propositions, rappelant que Jean-François Copé avait voté contre la loi sur la transparence de la vie politique adoptée fin 2013.

Les médias étaient quant à eux partagés entre incrédulité et indignation.

Il s'agit d'une "manoeuvre dilatoire", "à pleurer de rire", a estimé Etienne Gernelle, directeur de publication du Point. Pour Renaud Dély, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur (centre-gauche), "c'est une dérive populiste que de jeter l'opprobre sur l'ensemble des partis et des média".

Dans le camp de Jean-François Copé, l'ancien Premier ministre UMP Alain Juppé a lui-même pris ses distances en estimant "un peu injuste" de "mettre en cause l'ensemble des médias" et en soulignant qu'avant de noter de nouvelles lois, il fallait d'abord appliquer les lois existantes.

Plus incisif, l'ancien ministre UMP Laurent Wauquiez, qui ne veut pas attendre le vote d'éventuelles lois, a réclamé à l'UMP de "lever les doutes tout de suite" sur ses comptes.

Cette affaire survient à trois semaines d'élections municipales en France, qui pourraient se traduire par un sérieux revers pour la majorité socialo-écologiste au pouvoir, très impopulaire, et une poussée de l'extrême droite.

Depuis l'échec de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012, remportée par le socialiste François Hollande, l'UMP reste pour sa part handicapé par des divisions très fortes.

Jean-François Copé, qui en a conquis à la hussarde la présidence contre l'ancien Premier ministre François Fillon, a imposé à son parti une ligne ouvertement droitière qui indispose les plus modérés.

Après avoir dénoncé un "racisme anti-blanc" dans les banlieues, surfé sur la méfiance envers l'islam, tenté de récupérer le mouvement d'opposition au mariage homosexuel, il s'en est récemment pris à une supposée "théorie du genre" que le gouvernement tenterait selon lui d'imposer dans les écoles.

M. Copé avait déjà été mis en cause dans les médias en 2012 pour ses relations avec l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, soupçonné d'avoir joué un rôle d'intermédiaire dans un circuit de rétrocommissions sur des contrats d'armement signés par la France en 1994.

Une photo alors publiée dans la presse montrait l'homme politique dans la piscine de la luxueuse propriété du sulfureux homme d'affaires.

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