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"On risque bientôt d'avoir des gens qui meurent de faim en Centrafrique" (responsable humanitaire)

02/03/2014 09:11 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

Abdou Dieng, coordonnateur humanitaire des Nations Unies en Centrafrique, tire la sonnette d'alarme: "c'est maintenant que la crise humanitaire va commencer à s'accentuer. Si on n'y fait pas attention, on va bientôt avoir des gens qui meurent de faim en Centrafrique".

Q: Qu'avez vous vu à Bouar, à 450 km à l'ouest de Bangui, où vous finissez une visite consacrée à la situation humanitaire dans l'ouest du pays ?

R: "Il y a ici une pauvreté extrême. Comme la population a peur elle ne rentre pas chez elle. Les paysans ne s'occupent pas de leur champs. Ceux à qui des semences avaient été distribuées, les ont mangé car ils n'avaient pas le choix. L'administration est totalement absente car les fonctionnaires ne sont pas payés. L'eau courante est un problème. Les enfants ne vont pas à l'école. Et la crise économique est extrêmement grave notamment parce que beaucoup d'acteurs économiques comme les transporteurs ou les commerçants sont musulmans et qu'ils ont fui. Pour l'instant ils ne sont pas remplacés. Ici, comme dans toute la Centrafrique, tout est prioritaire".

Q: Le pire de la crise humanitaire est-il derrière nous maintenant que la sécurité commence à revenir en Centrafrique ?

R: "Non. Les stocks des commerçants musulmans qui ont été pillés ces derniers mois sont terminés. C'est maintenant que la crise va s'accentuer. C'est maintenant qu'il faut agir. Les semences doivent être plantées maintenant, avant l'arrivée de la saison des pluies. D'autant plus qu'avec la saison des pluies, certaines régions vont être enclavées. Si on n'y fait pas attention on va commencer à avoir des gens qui meurent de faim dans quelques semaines ou dans quelques mois. La situation est catastrophique à Bangui, Bossangoa (nord-ouest), Kaga-Bandoro (centre)".

Q: La mobilisation des soldats français de Sangaris, des forces africaines, des agences onusiennes et des ONG est-elle à la hauteur de la crise ?

R: "Les discussions qu'on a avec Sangaris et la Misca montrent qu'ils ont compris l'urgence. Nous avons tous le même objectif: ramener la paix. Sans cela les gens n'auront pas à manger. Les agences onusiennes et les ONG ont augmenté leur capacité mais notre financement est encore extrêmement faible. Sur les 500 millions de dollars promis par la communauté internationale à Bruxelles le 20 janvier, on en a seulement reçu 100 millions. Une des priorités essentielles pour sortir de la crise, c'est de payer les salaires. Il faut que les pays amis de la Centrafrique se penchent sur cette question. Il faut injecter de l'argent dans ce pays car pour l'instant tout est à l'arrêt".

sj/cl/hm

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