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France : décès d'Alain Resnais, cinéaste de la mémoire et de l'imaginaire

02/03/2014 09:15 EST | Actualisé 02/05/2014 05:12 EDT

Le réalisateur français Alain Resnais, auteur éclectique et subtil de films majeurs, de "Hiroshima mon Amour" aux "Herbes folles", est décédé samedi soir à Paris à l'âge de 91 ans.

Cinéaste de la mémoire et de l'imaginaire, il a marqué l'histoire du cinéma français depuis la période de renouveau qu'a été la Nouvelle vague jusqu'à nos jours.

"Sa mort est intervenue hier soir, entouré de sa famille et de ses proches à Paris", a indiqué à l'AFP le producteur de ses derniers films, Jean-Louis Livi.

"Si l'Etat ne fait pas à cet artiste modeste et modèle des funérailles nationales, comme l'Italie à Fellini, ce serait un abandon de gloire", a tweeté le président du Festival de Cannes, Gilles Jacob.

Dans sa vingtaine de longs métrages, écrits souvent par des écrivains réputés comme Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet ou Jorge Semprun, Alain Resnais n'a cessé d'explorer les liens entre l'image et l'écriture, renouvelant constamment son champ d'inspiration.

Né le 3 juin 1922, fils de pharmacien, le jeune Resnais se passionne très tôt pour la littérature. A 13 ans, il tourne un court-métrage, "Fantômas".

Il débute comme monteur, puis se tourne vers le film d'art. "Van Gogh" (1946), "Guernica" (1950), "Gauguin" (1951), "Les statues meurent aussi" (1953), couronnés dans de nombreux festivals, assurent la réputation de documentariste de Resnais, confirmée de façon éclatante par "Nuit et brouillard" (1955), une évocation des camps de la mort nazis.

Les récits éclatés et la poésie insolite de ses premiers long métrages, "Hiroshima mon amour" (1958) et "L'année dernière à Marienbad" (1961) surprennent le public et la critique. "Muriel" (1962) et "La guerre est finie" (1966), méditations sur la mémoire, la guerre et l'engagement, affirment la singularité et le talent du cinéaste.

Après deux films mineurs, "Je t'aime, je t'aime" (1968) et "Stavisky" (1974), interprété par Jean-Paul Belmondo, il signe, avec "Providence" (1976), une subtile réflexion sur la création littéraire, saluée unanimement comme un chef-d'oeuvre.

Dans les années 80, Resnais adapte aussi bien les thèses du biologiste Henri Laborit ("Mon oncle d'Amérique") qu'une pièce de Henry Bernstein ("Mélo"). Il signe une comédie sur l'éducation ("La vie est un roman"), un drame protestant sur la réincarnation ("L'amour à mort") ou encore une fantaisie autour d'un dessinateur de bande dessinée, une de ses passions ("I want to go home").

- Fraîcheur d'esprit -

Son film en deux volets, "Smoking"/"No smoking" (1993), une histoire à options avec sa muse Sabine Azéma, reçoit l'Ours d'argent à Berlin et cinq César - les prix attribués par la profession en France -, ainsi que le prix Louis-Delluc.

Ensuite Alain Resnais innove avec une étonnante fraîcheur d'esprit pour mettre en scène une comédie en chansons ("On connaît la chanson" en 1997), puis l'adaptation d'une opérette de 1925, "Pas sur la bouche" (2003).

Son film, "Coeurs", comédie à la tonalité mélancolique et onirique sur le thème de la solitude, a remporté le Lion d'argent de la mise en scène au Festival de Venise 2006.

Auparavant, en 1995, il avait reçu un Lion d'or à Venise pour l'ensemble de son oeuvre.

Après trois ans d'absence, il avait repris en 2009 le chemin des studios pour tourner "Les herbes folles", une réflexion pleine de fantaisie sur le désir avec Sabine Azéma et André Dussolier.

"Un film est quelque chose sur lequel on ne réfléchit pas mais qui doit vous entraîner. Je laisse pousser les films comme des herbes folles", avait-il expliqué.

Il a ensuite encore tourné "Vous n'avez encore rien vu" (2012) et "Aimer, boire et chanter" (2014). Le festival de Berlin venait de récompenser ce film "qui ouvre de nouvelles perspectives" par le prix Alfred Bauer.

Il était en train de préparer, avec moi, un autre film dont il avait écrit le premier scénario et qui s'appelle +Arrivée et départ+", a indiqué Jean-Louis Livi.

L'un de ses acteurs fétiche, Pierre Arditi, a rendu hommage à un "homme qui était à la fois un enfant, capable de s'émerveiller, et quelqu'un d'une extraordinaire maturité et d'une très grande culture".

D'abord marié avec Florence Malraux, la fille d'André Malraux, il partageait depuis la fin des années 80 la vie de Sabine Azéma, qu'il a épousée en 1998.

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