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Ottawa recommande aux voyageurs d'éviter de se rendre en Crimée ou de la quitter

01/03/2014 01:29 EST | Actualisé 01/05/2014 05:12 EDT
Reuters

OTTAWA - Le premier ministre Stephen Harper a condamné avec véhémence l'intervention militaire de la Russie en Ukraine et pressé le président Vladimir Poutine d'en retirer ses troupes.

Dans une déclaration émise à la suite d'une rencontre d'urgence de son cabinet, samedi soir, M. Harper a aussi annoncé que le Canada avait rappelé son ambassadeur à Moscou et qu'il suspendait ses préparatifs en vue du sommet du G8 à Sotchi. Le Canada boycottera les rencontres préparatoires du sommet.

«Le Canada a suspendu son engagement en préparation du Sommet du G-8 qui, selon ce qui est actuellement prévu, doit se tenir à Sotchi, et l'ambassadeur du Canada à Moscou a été rappelé aux fins de consultations. Le Canada appuie le déploiement immédiat d'observateurs internationaux de l'ONU et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Ukraine. Nous participons également à des discussions visant à élaborer une aide financière destinée à l'Ukraine», a ajouté M. Harper.

Le cabinet du premier ministre a par ailleurs précisé, tard samedi, que les athlètes canadiens participeront, comme prévu, aux Jeux paralympiques qui se tiendront du 7 au 16 mars à Sotchi.

Dans sa déclaration, M. Harper a aussi indiqué que le Canada reconnaissait la légitimité du gouvernement de l'Ukraine.

«La souveraineté territoriale de l'Ukraine doit être respectée, et la population ukrainienne doit être en mesure de déterminer librement son propre avenir. Nous demandons au président Poutine de rappeler immédiatement ses forces militaires à leurs bases et de s'abstenir de commettre tout autre acte provocateur et dangereux.»

M. Harper a averti que si Vladimir Poutine allait de l'avant avec d'autres manoeuvres militaires, il y aura des conséquences sur les relations entre le Canada et la Russie.

«Nous continuerons à collaborer étroitement avec nos partenaires du G-7 et nos autres alliés. Si le président Poutine persistait dans la voie qu'il a empruntée, la relation bilatérale entre nos deux pays en subirait des conséquences négatives à long terme.»

La rencontre d'urgence du cabinet a été convoquée après que le président de la Russie eut reçu la permission de faire appel aux forces militaires de son pays en Ukraine, déployant officiellement des troupes dans la région stratégique de la Crimée. Les ministres ont discuté par téléphone et en personne, et ont convenu de se joindre aux États-Unis et au Royaume-Uni pour dénoncer les actions de la Russie et prendre des mesures concrètes pour démontrer leur niveau de sincérité.

«Nous joignons notre voix à celle de nos alliés pour condamner avec la plus grande fermeté l'intervention militaire du président Poutine en Ukraine. Ces actions constituent une violation claire de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Elles contreviennent également aux obligations de la Russie en vertu du droit international.»

Le Nouveau Parti démocratique s'est dit très inquiet du niveau de tension qui prévaut en Ukraine.

«Nous surveillons les événements très étroitement et avec beaucoup de souci. Nous pressons le gouvernement canadien de continuer de travailler aux côtés de nos alliés vers une résolution pacifique de cette situation troublante», a déclaré le porte-parole Marc-André Viau, dans un courriel.

Dans un autre ordre d'idées, le ministère canadien des Affaires étrangères recommande aux voyageurs d'éviter de voyager en Crimée et à ceux qui s'y trouvent de quitter «pendant que la situation en matière de sécurité le permet».

Le ministère justifie cet avertissement par «l’incertitude politique», les opérations militaires, les manifestations et les affrontements qui y ont lieu. Il recommande aux Canadiens qui ne peuvent pas quitter la province, où les aéroports ont suspendu leurs activités, de rester à l'intérieur et d'éviter les manifestations et les foules.

Il conseille aussi d'éviter tout déplacement non essentiel à la capitale ukrainienne, Kiev, en raison de l'instabilité qui y règne.

La prise de position de M. Harper survient au lendemain d'une visite à Kiev du ministre des Affaires étrangères John Baird et d'une délégation canadienne pour manifester leur soutien au nouveau gouvernement. Mais le Canada n'avait pas reconnu la légitimité de ce gouvernement jusqu'à ce que M. Harper n'émette sa déclaration, samedi soir.

Sergueï Yekelchyk, professeur d'études slaves à l'Université de Victoria, a loué la réaction d'Ottawa, la qualifiant de «forte» et «opportune». Mais il craint que ce ne soit pas suffisant.

«Je pense que le Canada peut aller plus loin, surtout si l'on tient compte du lien spécial que nous avons avec l'Ukraine, avec 1,2 million de Canadiens étant d'origine ukrainienne», a-t-il fait remarquer dans une entrevue.

«Si ça ne fonctionne pas, il pourrait y avoir d'autres sanctions, comme l'exclusion de la Russie de futures rencontres du sommet du G8. Parce que si rien n'est fait, il est facile d'imaginer Poutine intervenant dans d'autres anciennes républiques soviétiques.»

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