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Crimée: des hommes armés dans les aéroports, l'Ukraine accuse la Russie d'invasion

28/02/2014 03:35 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT
Sean Gallup via Getty Images
SIMFEROPOL, UKRAINE - FEBRUARY 28: Soldiers, who were wearing no identifying insignia and declined to say whether they were Russian or Ukrainian, patrol outside the Simferopol International Airport after a pro-Russian crowd had gathered on February 28, 2014 near Simferopol, Ukraine. According to media reports Russian soldiers have occupied the airport at nearby Sevastapol in a move that is raising tensions between Russia and the new Kiev government. Crimea has a majority Russian population and pro-Russian men have occupied government buildings in Simferopol. (Photo by Sean Gallup/Getty Images)

L'Ukraine a accusé la Russie "d'invasion armée et d'occupation" après la prise de contrôle dans la nuit de deux aéroports de Crimée par des hommes en armes, alors que le président déchu Viktor Ianoukovitch doit s'exprimer plus tard vendredi.

"Je considère ce qui se passe comme une invasion armée et une occupation. En violation de tous les accords et normes internationaux", écrit le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov sur sa page Facebook.

"C'est une provocation directe pour un bain de sang armé sur le territoire d'un Etat souverain. Cela ne relève plus de la compétence du ministère de l'Intérieur. Cela relève de la compétence du conseil de sécurité et de défense nationale".

Selon lui, des "unités armées de la flotte russe bloquent" l'aéroport de Belbek, proche de la ville de Sébastopol, dans lequel "se trouvent des militaires et des garde-frontières ukrainiens". "L'aéroport ne fonctionne pas. (...) Il n'y a pour l'instant pas d'affrontement armé", selon lui.

A Simféropol, chef-lieu de la Crimée, des hommes armés ont également pris le contrôle de l'aéroport et "ne dissimulent pas leur appartenance aux forces armées russes", selon le ministre ukrainien de l'intérieur.

Un correspondant de l'AFP avait auparavant constaté dans l'aéroport de Simféropol la présence d'hommes armés de kalachnikov, portant un uniforme sans aucun signe distinctif. L'aéroport continuait cependant de fonctionner. Interrogés sur leur origine, ceux-ci se refusaient à tout commentaire.

Les événements se sont accélérés depuis deux jours dans la péninsule russophone de Crimée, qui semble de plus en plus échapper au contrôle des autorités centrales de Kiev, alarmant les Occidentaux.

A Simferopol, le drapeau russe a été hissé jeudi sur le toit du Parlement local, contrôlé lui aussi par plusieurs dizaines d'hommes armés pro-russes. Les députés ont limogé le gouvernement local et voté la tenue le 25 mai d'un référendum pour plus d'autonomie.

La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, est la région d'Ukraine la plus susceptible de s'opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev. Elle a d'abord appartenu, au sein de l'URSS, à la Russie, avant d'être rattachée à l'Ukraine en 1954.

La prise du Parlement de Crimée avait été qualifiée jeudi de "dangereuse et irresponsable" par le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, qui s'est déclaré "extrêmement inquiet des évolutions les plus récentes en Crimée", exhortant la Russie à éviter "toute action pouvant provoquer une escalade" dans la crise ukrainienne.

Mais Moscou a assuré ne pas être derrière les troubles en Crimée, selon le secrétaire d'Etat américain John Kerry qui s'est entretenu jeudi au téléphone avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

La Russie, dont la flotte militaire de la mer Noire est basée en Crimée, a promis de "respecter l'intégrité territoriale de l'Ukraine", a encore dit le chef de la diplomatie des Etats-Unis, tout en renouvelant sa mise en garde contre toute "provocation".

Les Etats-Unis ont aussi affirmé surveiller les activités militaires de Moscou qui a mercredi "mis en alerte" certaines de ses troupes, et décidé d'une inspection surprise dans les districts militaires de l'Ouest, proche de l'Ukraine, et du Centre pour vérifier leur aptitude au combat.

Cette opération, mobilisant 150 000 hommes et se prolongeant jusqu'au 3 mars, ainsi que les tensions séparatistes en Crimée, ont suscité l'inquiétude de plusieurs pays occidentaux et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Ianoukovitch va s'exprimer

Le président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch, réapparu jeudi en Russie, doit tenir une conférence de presse vendredi en Russie.

Alors qu'il n'avait pas donné signe de vie depuis sa destitution samedi par le Parlement, Viktor Ianoukovitch, recherché en Ukraine pour "meurtres de masse" après la mort de 82 personnes à Kiev la semaine dernière, a refait surface jeudi en Russie, où il a réclamé et obtenu la protection des autorités face aux "extrémistes".

"Je me considère toujours comme le chef légitime de l'État ukrainien", a-t-il annoncé jeudi, avant la conférence de presse prévue vendredi à 17h00 heure locale (13h00 GMT) à Rostov-sur-le-Don, ville russe proche de la frontière avec l'Ukraine, à environ 200 kilomètres de son fief de Donetsk.

Appel aux garants de l'indépendance

A Kiev, une nouvelle séance du Parlement a démarré vendredi à 08H00 GMT. Les députés vont voter un "appel" aux garants de l'indépendance Russie, Etats-Unis et Grande-Bretagne, a annoncé le président par intérim Olexandre Tourtchinov. Ces trois pays s'étaient portés garants de l'indépendance du pays après son renoncement aux armées nucléaires en 1994.

Jeudi, le pro-européen Arseni Iatseniouk avait été désigné à l'unanimité par le Parlement comme Premier ministre du gouvernement de transition.

A 39 ans, cet ancien ministre de l'Economie et des Affaires étrangères va diriger le gouvernement d'union nationale jusqu'à l'élection présidentielle anticipée prévue le 25 mai, à laquelle il a déclaré ne pas être candidat.

S'il a souligné la gravité de la situation en Crimée, il a aussi rappelé l'immense défi économique auquel son gouvernement fait face. Selon lui, la dette publique s'élève à 75 milliards de dollars maintenant, soit le double de son niveau de "2010, quand Ianoukovitch est arrivé au pouvoir".

L'Ukraine, qui a estimé avoir besoin de 35 milliards de dollars dans les deux ans à venir, a envoyé une demande officielle d'aide au Fonds monétaire international (FMI), reçu jeudi par l'institution, qui s'est dite "prêt(e) à y répondre".

Au cours d'une conversation téléphonique, le vice-président américain Joe Biden a assuré le nouveau Premier ministre qu'il pouvait compter sur le "soutien total" des Etats-Unis lorsque l'Ukraine "entreprendra les réformes nécessaires pour retrouver une santé économique, poursuivre la réconciliation, respecter ses obligations internationales et chercher des relations ouvertes et constructives avec ses voisins".

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