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Médecins sans frontières aurait été expulsé de Birmanie

28/02/2014 10:47 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

RANGOON, Myanmar - L'organisation humanitaire Médecins sans frontières a été expulsée de Birmanie après deux décennies d'activité dans un des pays les plus pauvres du monde, une décision qui met en péril des dizaines de milliers de vies, selon ce qu'a déclaré le groupe vendredi.

Le gouvernement birman a défendu sa décision et accusé l'organisation d'avoir été une source de tensions et d'instabilité dans l'État de Rakhine, où elle a fait l'objet de multiples manifestations pour avoir traité des membres de la minorité musulmane des Rohingyas

«Pour la première fois dans l’histoire des activités de MSF en Birmanie, les cliniques VIH/sida dans les États de Rakhine, Shan et Kachin, ainsi que dans la région de Rangoon, ont dû fermer leurs portes et les patients ont été dans l’incapacité de recevoir les traitements dont ils ont besoin», a indiqué l'organisation par voie de communiqué.

Le groupe affirme venir en aide à 30 000 personnes atteintes du VIH en Birmanie et estime que son départ aura un effet dévastateur. MSF se dit «particulièrement choquée par cette décision unilatérale».

MSF aide aussi quelque 3000 patients atteints de tuberculose. Même de modestes interruptions de traitements peuvent donner naissance à des souches pharmacorésistantes qui sont plus difficiles et plus dispendieuses à traiter.

Un document confidentiel en date du 26 février révèle que la présidence birmane a ordonné l'annulation du permis de Médecins sans frontières. Un porte-parole de la présidence, Ye Htut, a déclaré à un quotidien birman que ce permis a été annulé à travers le pays. Le porte-parole a dénoncé MSF pour avoir embauché des «Bengalis» — le terme que le régime utilise pour désigner les Rohingyas — et pour son manque de transparence.

Il a aussi reproché au groupe d'avoir induit le monde en erreur concernant une attaque survenue le mois dernier dans la partie nord reculée du Rakhine, un État qui est pratiquement coupé du monde. L'ONU affirme que plus de 40 Rohingyas ont possiblement été tués, mais le gouvernement nie formellement qu'une foule bouddhiste en colère ait saccagé un village, tuant femmes et enfants. Le régime affirme que seul un policier a été tué par des Rohingyas.

MSF dit avoir traité des victimes blessées à l'arme blanche ou à l'arme à feu. Lors d'une entrevue accordée à un autre média, Ye Htut a mis cette affirmation en doute et affirmé que le groupe a refusé d'organiser une rencontre entre le gouvernement et les victimes.

«Nous constatons que leurs activités, plutôt que d'offrir une aide à la région, alimentent les tensions et nuisent à la primauté du droit», a-t-il dit.

MSF a indiqué que ses activités ont été grandement freinées par les menaces et l'intimidation des bouddhistes du Rakhine. Le groupe a aussi dénoncé le manque de soutien gouvernemental.

L'organisation lauréate d'un prix Nobel de la paix se dit incapable de fournir des soins de santé de base à ceux déplacés par la crise ou aux habitants de villages isolés. Aucune autre agence n'a la même ampleur dans la région, notamment quand vient le temps d'offrir une aide d'urgence ou de traiter les femmes enceintes et les nouveaux-nés.

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