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Le chanteur Enrico Macias condamné à rembourser 30 millions d'euros à une banque islandaise

28/02/2014 09:12 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

Le chanteur français Enrico Macias a été condamné à payer 30 millions d'euros à la filiale luxembourgeoise de la banque islandaise Landsbanki, aujourd'hui en liquidation, qui lui avait accordé en 2007 un prêt d'un montant de 35 millions d'euros.

Dans un jugement que l'AFP s'est procuré, le Tribunal de Luxembourg a condamné mercredi le chanteur à payer à la banque en liquidation le montant de 30,071 millions d'euros avec les intérêts conventionnels à compter du 1er janvier 2013.

Il s'agit "d'un contentieux civil initié par la banque à l'encontre de l'ensemble des emprunteurs particuliers, victimes d'une escroquerie de grande ampleur", a réagi l'avocat français du chanteur, Me Edouard de Lamaze.

Landsbanki Luxembourg a été inculpée "pour escroquerie" en France et placée sous contrôle judiciaire par le juge d'instruction avec obligation de verser une caution de 50 millions d'euros.

"Les juges luxembourgeois, faisant fi de la décision du juge d'instruction, confirmée par la Cour de Cassastion française, ont déjà refusé d'ordonner à la banque luxembourgeoise le versement de la caution et manifestent donc, au travers de cette décision inique, une double détermination: protéger les montages frauduleux mis en place par la banque Landsbanki Luxembourg à son seul profit, et protéger les intérêts de la Banque centrale du Luxembourg qui a assumé les dettes de la banque lors de sa liquidation", a dit Me de Lamaze à l'AFP.

Le dossier fait l'objet d'un bras de fer entre les justices française et luxembourgeoise. En janvier, trois anciens cadres de Landsbanki Luxembourg ont été inculpés pour escroquerie.

Enrico Macias fera "bien évidemment" appel de la décision, a souligné son avocat précisant que la décision de la justice luxembourgeoise "ne pourra pas être exécutée en France dans la mesure où la banque Landsbanki n'a pas versé sa caution".

En juillet 2007, Enrico Macias et son épouse, aujourd'hui décédée, avaient contracté un prêt auprès de Landsbanki, garanti par deux biens immobiliers, dont la villa du chanteur à Saint-Tropez en France.

En manque de liquidités, de 2006 à 2008, la Landsbanki proposait via sa filiale au Luxembourg à des particuliers d'hypothéquer leur maison en contrepartie de prêts avantageux. Le montage, complexe, impliquait que l'emprunteur reçoive une partie de la somme, tandis que la banque réinvestissait le reste sur les marchés. La valeur de ce portefeuille devait grossir au point de couvrir l'intégralité de l'emprunt, qui n'était remboursable qu'à son terme.

Mais dans la foulée de la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers en septembre 2008, plusieurs banques islandaises s'étaient effondrées, dont la Landsbanki qui fut nationalisée en urgence. Et les placements proposés ont perdu la majeure partie de leur valeur.

Outre le célèbre chanteur, plusieurs centaines de particuliers, notamment dans le sud de la France, en Espagne ou au Portugal, avaient souscrit ces prêts.

Les plaignants, dont certains ont été ruinés, accusent la banque d'avoir sciemment proposé le montage financier sans vérifier les capacités de remboursement des clients.

En faillite, la filiale de la Landsbanki a assigné ses souscripteurs devant la justice du Grand-Duché pour faire exécuter la garantie des emprunts -faire vendre les maisons hypothéquées- pour pouvoir rembourser ses propres créanciers, au premier rang desquels la Banque centrale du Luxembourg.

Début 2012, la justice luxembourgeoise s'est opposée à ce que la liquidatrice de la filiale verse le cautionnement de 50 millions d'euros ordonné par la justice française. Sur demande des parties civiles, le juge van Ruymbeke a répliqué en ordonnant la saisie de créances détenues par la banque sur plusieurs épargnants. Une décision qui a pour conséquence théorique d'interdire à la Landsbanki de réclamer aux épargnants français le remboursement du prêt.

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