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Ianoukovitch réapparaît, Poutine appelle à éviter une "escalade" en Ukraine

28/02/2014 12:52 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

Le président russe Vladimir Poutine a rompu vendredi son long silence sur les derniers événements en Ukraine en appelant à éviter "une escalade de la violence", peu après la réapparition en Russie du président déchu Viktor Ianoukovitch, et sur fond de vives tensions en Crimée.

"Il est extrêmement important d'éviter une escalade de la violence et indispensable de parvenir le plus vite possible à une normalisation de la situation" en Ukraine, a déclaré le président russe au cours d'entretiens téléphoniques avec la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique David Cameron et le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, selon le Kremlin.

Londres a rapporté de son côté que MM. Cameron et Poutine s'étaient entendus sur le fait que "tous les pays doivent respecter l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine".

Viktor Ianoukovitch s'était auparavant déclaré étonné du "silence" de M. Poutine au sujet des événements des derniers jours. Le président déchu, recherché en Ukraine pour "meurtres de masse" après la mort de 82 personnes à Kiev la semaine dernière, a refait surface jeudi à Rostov-sur-le-Don en Russie.

Il s'agit de sa première apparition en public depuis sa destitution le 22 février par le Parlement. La Russie lui a accordé sa "protection" face aux "extrémistes" et n'a pas reconnu les nouvelles autorités de Kiev.

M. Ianoukovitch a déclaré avoir été contraint de quitter l'Ukraine après des menaces sur sa vie, affirmant que des "jeunes nationalistes et pro-fascistes" ont pris le pouvoir à Kiev.

Les bouleversements et les victimes des derniers jours en Ukraine sont le "résultat de la politique irresponsable de l'Occident qui a montré trop d'indulgence envers Maïdan", la place de l'Indépendance à Kiev et QG de la contestation anti-Ianoukovitch, a-t-il accusé.

L'Ukraine avait réclamé dans la matinée son extradition à la Russie.

Les nouvelles autorités à Kiev ont reçu le soutien des Occidentaux. Angela Merkel a félicité vendredi le nouveau Premier ministre Arseni Iatseniouk et l'a assuré de son soutien. "L'Union européenne et l'Allemagne feront tout ce qu'elles peuvent pour soutenir le nouveau gouvernement ukrainien", a-t-elle dit.

L'Autriche et la Suisse ont annoncé avoir gelé les avoirs d'une série de ressortissants ukrainiens à la demande du pouvoir de transition à Kiev.

- Tensions exacerbées en Crimée -

La réapparition de M. Ianoukovitch est intervenue dans un contexte de tensions exacerbées entre Moscou et le nouveau pouvoir à Kiev, en particulier autour du sort de la Crimée, péninsule russophone qui semble de plus en plus échapper au contrôle des autorités centrales de Kiev, ce qui alarme les Occidentaux

Peuplée majoritairement de russophones, la Crimée a appartenu à la Russie, au sein de l'URSS, avant d'être rattachée à l'Ukraine en 1954. Elle abrite toujours la flotte russe de la mer Noire à Sébastopol.

Des hommes armés étaient toujours présents vendredi en fin d'après-midi sur plusieurs sites stratégiques de sa capitale, Simféropol, a constaté l'AFP.

Kalachnikov à la main, une dizaine de militaires aux uniformes dépourvus de tout signe distinctif, arrivés dans la nuit, ont patrouillé toute la journée à l'extérieur de l'aéroport de Simféropol. Le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim Arsen Avakov avait dénoncé dans la matinée une "invasion armée" russe.

Dans le centre de Simféropol, le Parlement local reste contrôlé par plusieurs dizaines d'hommes armés pro-russes, qui ont hissé jeudi le drapeau russe sur son toit. Les députés ont limogé le gouvernement local et voté la tenue le 25 mai d'un référendum pour plus d'"autonomie".

"Tout ce qui se passe en Crimée est une réaction absolument naturelle à ce coup d'Etat de bandits", a estimé M. Ianoukovitch lors de sa conférence de presse. Il a appelé la Crimée à rester au sein de l'Ukraine.

La Lituanie va demander au Conseil de sécurité des Nations unies, dont elle assure la présidence tournante, de se pencher sur la crise en Crimée, ce à quoi la Russie pourrait s'opposer.

Au Parlement à Kiev, les députés ont voté vendredi matin une résolution appelant les pays occidentaux à garantir la souveraineté de l'Ukraine. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie se sont portés garants de l'indépendance de l'Ukraine dans le Mémorandum de Budapest, signé en 1994, en échange de son renoncement aux armes nucléaires après la chute de l'Union soviétique dont elle faisait partie.

La Russie, de son côté, a indiqué qu'elle allait octroyer des passeports russes aux Berkout, policiers d'élite ukrainiens accusés d'avoir tués par balles de nombreux manifestants sur le Maïdan, et dont l'unité a été démantelée.

- "Pas de raison de paniquer" -

La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, s'est par ailleurs voulue rassurante quant à la santé de l'économie ukrainienne.

"Nous ne voyons rien d'alarmant, rien qui mérite de paniquer pour le moment", a-t-elle déclaré à Washington, appelant les autorités ukrainiennes à se garder d'évoquer des montants d'aide qui "n'ont pas de sens".

Assurant que les caisses de l'Etat étaient "vides", les nouvelles autorités attendraient 15 milliards de dollars cette année, selon plusieurs médias, et ont au total évalué leurs besoins à quelque 35 milliards sur les deux prochaines années.

L'Ukraine avait officiellement requis jeudi l'aide du FMI, qui s'est aussitôt déclaré "prêt à y répondre".

Le nouveau gouvernement de M. Iatseniouk a déjà prévenu qu'il s'apprêtait à prendre des mesures "impopulaires", comme la hausse des tarifs des services, la baisse des subventions et des coupes dans les programmes sociaux.

La devise ukrainienne a tenté de se reprendre vendredi après avoir atteint jeudi un nouveau record historique de faiblesse, à 11,3075 hryvnias pour un dollar. La Banque centrale ukrainienne a annoncé vendredi avoir limité à 15.000 hryvnias (1.095 euros) le montant quotidien maximal pouvant être retiré dans les banques du pays.

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