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Espagne: plus de 200 migrants entrent à Melilla, sous extrême pression

28/02/2014 09:47 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

Plus de 200 migrants d'Afrique subsaharienne ont pénétré vendredi sur le sol espagnol lors d'un assaut massif, le plus important des dernières années, sur la frontière grillagée qui sépare le Maroc de l'enclave de Melilla, soumise à une extrême pression migratoire.

A l'aube, environ 300 clandestins, qui s'étaient regroupés durant la nuit du côté marocain, se sont jetés sur la triple barrière, haute de sept mètres, qui sépare à cet endroit l'Afrique de l'Europe, a expliqué la préfecture de Melilla.

Les deux tiers ont réussi à passer, escaladant un à un les trois grillages.

Une fois du côté espagnol, ils ont rejoint le centre d'accueil du gouvernement, le Ceti, "chantant des chants de joie alors qu'ils traversaient la ville", a indiqué la préfecture.

Fait extrêmement rare, une jeune femme se trouvait parmi les migrants.

L'assaut, selon la préfecture, a été lancé à 06H00 du matin par les migrants qui ont jeté "toutes sortes d'objets, des pierres, des bâtons et des bouteilles contre les agents de la Garde civile", dont deux ont été légèrement blessés.

Selon l'Association marocaine des droits de l'Homme, 34 migrants blessés ont été hospitalisés à Nador, au Maroc, souffrant de coupures provoquées par les barbelés et de fractures. Une autre ONG marocaine, GADEM, a fait état de 35 blessés.

Après cet assaut, l'un des plus importants depuis les vagues d'immigration massives de 2005, 214 personnes sont arrivées dans la matinée au Ceti, a indiqué à l'AFP son directeur, Carlos Montero. De longues files d'attente se sont formées devant les bâtiments, où les migrants se faisaient enregistrer pendant que d'autres, assis à terre, attendaient leur tour.

Le Ceti, débordé, héberge à présent 1.300 personnes pour 480 places, a précisé Carlos Montero. "En dix jours ce sont presque 500 personnes qui sont arrivées", a-t-il souligné.

Depuis le début de l'année, la population du centre n'est jamais descendue sous les 900 personnes, selon le directeur, et des tentes de l'armée ont dû être installées dans ses allées pour aider à héberger les migrants.

Un millier de migrants d'Afrique subsaharienne attendraient aux portes de la ville, sur les pentes du mont Gurugu, du côté marocain, où sont installés leurs campements, le moment propice pour tenter leur chance.

Ces derniers mois, est arrivée aussi via le Maroc une vague d'immigrants syriens, poussés hors de leur pays par la guerre. Ils seraient eux aussi aux alentours d'un millier, espérant entrer en Espagne via un poste-frontière. Récemment, environ 200 d'entre eux ont tenté un passage en force, sans succès.

"Et cela n'a pas l'air de vouloir se calmer. Au contraire, la pression est de plus en plus forte", s'inquiétait Carlos Montero le 20 février.

"Des centaines et des centaines d'immigrants vont continuer à arriver parce que la Garde Civile ne dispose pas des effectifs suffisants pour repousser cette invasion du territoire espagnol", affirmait vendredi à la presse le numéro deux du gouvernement de Melilla, Miguel Marin.

Le dernier assaut en date, à Melilla, remonte au 24 février, avec l'arrivée d'une centaine d'immigrants. Environ 150 autres avaient fait de même le 17 février.

Ces dernières semaines, la ville a été soumise à une pression migratoire accrue, tout comme l'autre enclave espagnole de Ceuta, dans le nord du Maroc. C'est là que 14 migrants au moins étaient morts noyés le 6 février en essayant de pénétrer en territoire espagnol via le littoral.

La riposte ce jour-là des forces de l'ordre espagnoles, accusées par des défenseurs des droits de l'Homme et des migrants témoins de la scène d'avoir tiré des balles en caoutchouc contre les clandestins, a suscité une vive polémique en Espagne.

Après cet assaut tragique, le ministère de l'Intérieur a annoncé mardi que la Garde civile avait désormais interdit à ses agents de tirer des balles en caoutchouc pour repousser les tentatives d'entrée en force à Ceuta et Melilla.

Déjà à l'automne, le gouvernement espagnol avait été mis en accusation pour avoir réinstallé à Melilla, en différents points de la frontière, des barbelés, vivement dénoncés par les défenseurs des droits de l'Homme pour les blessures qu'ils peuvent infliger aux migrants.

sg/ih

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