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En Russie, Ianoukovitch s'affiche en président pour faire oublier le fugitif

28/02/2014 11:55 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

Costume sombre, ton solennel et drapeaux ukrainiens jaunes et bleus en fond: Viktor Ianoukovitch s'est affiché pendant 1 heure 10 vendredi en président en exercice du pays qu'il a été obligé de fuir pour la Russie.

Il est 17h10 heure locale, 13H10 GMT, quand le dirigeant déchu, invisible depuis une semaine, fait son entrée d'un air décidé dans la salle A du parc d'exposition VertolExpo dans le centre de Rostov-sur-le-Don, officialisant sa présence sur le sol russe.

"Il est temps de dire de dire que j'envisage de poursuivre la lutte", débute-t-il du ton posé et ferme qu'il conservera pendant la plus grande partie de la conférence de presse convoquée moins de 24 heures plus tôt.

Lunettes sur le nez, costume noir impeccable sur une chemise blanche et une cravate sombre, prenant des notes, Viktor Ianoukovitch garde le sérieux du chef d'Etat qui signait une semaine plus tôt un accord de sortie de crise avec l'opposition et des émissaires européens et russe, avant de s'évaporer dans la nature.

"Si le président n'a pas démissionné en conformité avec la Constitution, s'il est vivant, et comme vous le voyez je suis vivant, et si ce président n'a pas été destitué par le Parlement, alors il reste président", a-t-il martelé.

"Le spectacle qui a eu lieu au Parlement, avec des violences sur les députés, je ne peux pas l'appeler destitution et le reconnaître", a-t-il poursuivi.

S'exprimant "en tant que président de l'Ukraine", il n'a cessé de se poser en garant de la sécurité du peuple, "trompé" par "une minorité" de "néo-fascistes" et dénoncé "le chaos", "la terreur", "l'anarchie" régnant dans le pays.

"Il n'est pas trop tard", lance-t-il à l'opposition, comme dans une tentative de reprendre la main.

- hébergé chez un ami -

Mais le dirigeant de 63 ans, qui était déjà sorti perdant de la Révolution orange de 2004, s'emporte quand il évoque les Occidentaux, jugés responsables de la crise, et notamment les Etats-Unis, cités directement. "Le scénario n'a pas été écrit en Ukraine", a-t-il lancé.

Il semble parfois peiner à garder le fil de son propos, prononçant une fois "Ukraine" à la place de "Russie" sans se reprendre ou se perdant dans ses notes.

Et malgré ses dénégations initiales, il n'a pu s'empêcher d'apparaître comme un fugitif, mais aussi comme un homme seul.

Pendant que l'opposition installait ses hommes à la tête des ministères et des institutions, on a dit le président déchu hébergé par des oligarques en Crimée, dans un hôtel de luxe à Moscou ou dans une maison de repos en banlieue de la capitale russe.

C'est finalement à Rostov-sur-le-Don, ville russe d'un million d'habitants aux portes du Caucase mais aussi à quelques dizaines de kilomètres du bassin minier du Donbass, son fief électoral, qu'il a choisi de réapparaître.

Escorté hors d'Ukraine par des officiers après un parcours rocambolesque dans une voiture visée par des tirs d'armes automatiques, puis en hélicoptères, il raconte vivre "chez un ami".

Si le président russe Vladimir Poutine lui a bien parlé au téléphone, M. Ianoukovitch ne sait toujours pas quant l'homme fort du Kremlin, avec il entretient des relations notoirement difficiles mais dont il se trouve contraint de demander la protection, pourra le recevoir.

Et il affirme que les leaders du nouveau pouvoir en place à Kiev n'acceptent même pas de le prendre au téléphone.

Il conclut par des regrets de ne pas se trouver en Ukraine pour rencontrer les familles "des deux côtés des barricades". Puis s'évanouit par une porte latérale, quittant de nouveau l'espace public sans fixer de rendez-vous aux 200 journalistes qui l'ont assailli de questions.

gmo/nm/plh

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