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La Douma accorde à Poutine la permission d'utiliser l'armée en Crimée

28/02/2014 08:33 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

KIEV, Ukraine - Des troupes russes se sont emparées de la Crimée, alors que le Parlement russe donnait samedi le feu vert au président Vladimir Poutine pour utiliser l'armée afin de protéger les intérêts russes en Ukraine.

Le nouveau gouvernement ukrainien à Kiev s'avérait quant à lui impuissant à réagir aux mouvements des troupes russes basées dans la région stratégique et à l'arrivée de renforts, troupes renforcées par des groupes ukrainiens pro-russes.

Poutine a réclamé et obtenu rapidement l'appui de la Douma pour utiliser son armée afin de s'imposer en Ukraine. Mais tandis que certaines manifestations violentes pro-russes ont éclaté samedi dans certaines régions russophones de l'est de l'Ukraine, l'attention immédiate de Moscou était concentrée sur la Crimée.

Les tensions ont augmenté lorsque le président intérimaire ukrainien Olexandre Tourtchinov a annoncé, tard en soirée, qu'il avait ordonné aux forces armées du pays de se tenir en état d'alerte maximale en raison de la menace d'une «agression potentielle». S'exprimant en direct à la télévision ukrainienne, M. Tourtchinov a confirmé qu'il avait également ordonné l'accroissement des mesures de sécurité dans les centrales nucléaires, les aéroports et d'autres infrastructures stratégiques.

Ignorant l'avertissement de vendredi du président américain Barack Obama selon lequel il y aurait des «coûts» en cas d'intervention militaire russe, Poutine a fait monter les enchères géopolitiques dans ce conflit sur l'avenir de l'Ukraine aux forts relents de Guerre froide.

En fin d'après-midi samedi, le président américain Barack Obama a demandé à la Russie de procéder à une désescalade des tensions en Ukraine en ramenant ses forces dans ses bases de la péninsule de Crimée, et de ne pas intervenir ailleurs en Ukraine. Selon la Maison-Blanche, le chef de l'État américain a livré ce message à son homologue Vladimir Poutine lors d'une discussion téléphonique de 90 minutes.

L'OTAN a annoncé la tenue d'une rencontre du Conseil de l'Atlantique nord, organe suprême de décision politique de l'OTAN, ainsi que de la Commission OTAN-Ukraine. Le secrétaire-général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a déclaré que les alliés vont se «pencher étroitement» sur la situation en Ukraine, qu'il a qualifiée de «grave».

Par ailleurs, le premier ministre pro-russe de la Crimée, région semi-indépendante de l'Ukraine, élu jeudi après que des hommes armés eurent investi le parlement régional, affirme que le gouvernement régional a pris le contrôle des services militaires, policiers et de sécurité dans la péninsule. Sergueï Aksenov a demandé l’aide de Vladimir Poutine pour assurer le maintien de la paix dans la région.

Le président intérimaire ukrainien Olexandre Tourtchinov déclare quant à lui que l'élection de Sergueï Aksenov est une violation de la Constitution ukrainienne, donc invalide selon lui.

L'opinion de la population de l'Ukraine est divisée entre la Russie et l'Union européenne. L'ouest du pays est davantage enclin à se rapprocher de l'Europe, tandis que les régions de l'est et du sud cherchent le soutien de la Russie. La Crimée est une région majoritairement russophone.

Le nouveau premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a ouvert une rencontre de Cabinet à Kiev et a exigé de la Russie qu’elle retire immédiatement ses troupes de la Crimée.

«Nous exigeons du gouvernement et des autorités de la Russie de rappeler leurs forces et de les retourner à leurs stations», a affirmé M. Iatseniouk, selon l'agence de presse Interfax. «Partenaires russes, cessez de provoquer la résistance civile et militaire en Ukraine.»

Malgré le geste brusque de Poutine, certains signes portaient à croire, samedi, que le leader russe pourrait modifier son approche. L'ex-première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko, libérée la semaine dernière, serait en route vers Moscou pour une rencontre avec Poutine lundi. L'homme fort du Kremlin avait de bonnes relations avec elle par le passé, et pourrait faire appel à ses conseils pour parvenir à un compromis.

Selon Dimitri Trenine, un analyste politique, Poutine pourrait tenter d'«inclure la Crimée dans la fédération de Russie, tandis que les régions est et sud de l'Ukraine formeraient une entité séparée alignée économiquement et politiquement sur Moscou».

Des journalistes de l'Associated Press passant en Crimée en provenance d'Ukraine ont été brièvement arrêtés à un point de contrôle tenu par des soldats en uniforme non-identifié, ainsi que par des agents de la Berkout, la tristement célèbre police antiémeute qui s'en est prise aux manifestants anti-Ianoukovitch avant que celui-ci ne prenne la fuite, il y a une semaine.

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