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Comment repenser la rue Sainte-Catherine?

28/02/2014 12:16 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

« La Sainte-Catherine, c'est l'essor économique, c'est LA rue, c'est le symbole de Montréal, c'est la Coupe Stanley », dit le maire Denis Coderre.

Un texte de Jean-Sébastien Cloutier Twitter Courriel

Comme la plupart des Montréalais, le maire connaît bien la rue Sainte-Catherine et il y est attaché. Il sait aussi qu'au cours des prochaines années, elle aura besoin d'un nouveau souffle.

D'abord parce que la Sainte-Catherine attire moins de consommateurs qu'auparavant avec l'explosion des zones commerciales tant à Montréal que dans les banlieues. Aujourd'hui, c'est connu, bien des gens du 450 préfèrent magasiner à proximité de leur domicile plutôt que de se rendre au centre-ville dans la circulation et payer des parcomètres à 3 $ l'heure.

« C'est sûr que les habitudes de magasinage ont changé, mais il y a aussi eu de la négligence sur l'espace civique de la rue Sainte-Catherine. Regardez, tout est cassé et on n'arrête pas de percer des trous ici et là! », déplore Dino Bumbaru, d'Héritage Montréal.

C'est justement un trou, involontaire celui-là, qui a montré à quel point la rue Sainte-Catherine avait besoin de rénovations. En août dernier, la chaussée s'est affaissée sous le poids d'une rétrocaveuse au coin de la rue Guy. La cause : une vieille conduite d'égout centenaire et pleine de trous qui longe le tracé de la rue au centre-ville. Il faudra donc la changer, ce qui entraînera d'énormes travaux.

Le maire voit une opportunité de marquer le coup avec le 375e anniversaire de Montréal en 2017. Le projet d'ici là : avoir remplacé le vieil égout sur une distance de 670 m entre la rue Mansfield et De Bleury et en profiter pour réaménager ce secteur. La deuxième phase des travaux, elle, - 1,7 km entre Mansfield et Atwater - serait réalisée plus tard.

Sainte-Catherine, piétonnière?

Denis Coderre est ambitieux : « Ce qui me séduit le plus présentement, c'est l'idée [...] de faire de Sainte-Catherine une rue piétonnière. »

À l'image du village, plus à l'est, durant la saison estivale. L'idée est peut-être bonne de façon temporaire, mais pas à temps plein, répond toutefois l'urbaniste Gérard Beaudet.

« J'ai une réserve sur la piétonnisation complète. On sait qu'à l'échelle nord-américaine, à une certaine époque dans les années 60-70, il y a eu plus de 200 rues piétonnisées. La majorité [d'entre elles] sont retournées en partie à l'automobile. Il semble que c'est très difficile de viabiliser en permanence une rue piétonnisée ici. »

Dino Bumbaru en rajoute. Selon lui, l'effet nouveauté passé, une rue piétonnière attirerait encore moins de monde. Il faut réaménager autrement.

« Ça passe par exemple par un élargissement des trottoirs, ça passe par de l'art public, ça passe par des vitrines qui sont animées, des espaces peut-être plus dégagés à certains endroits. »

André Poulin, le représentant des commerçants, ne croit pas non plus qu'il faille interdire toute voiture sur la rue, mais il est d'accord pour leur enlever de l'espace. À condition d'ajouter des stationnements ailleurs.

« Penser à avoir de l'espace pour stationner les voitures, c'est pas nécessairement du stationnement sur rue. Dans toutes les grandes villes maintenant, on a soit du stationnement sous-terrain, soit étagé. »

Denis Coderre est d'accord. Et conscient que le projet ne pourra pas plaire à tout le monde. C'est pourquoi il donne rendez-vous aux Montréalais lors d'une consultation publique, qui devrait avoir lieu plus tard cette année.

Pouvons-nous rêver à une rue remarquable malgré la rareté de l'argent public, Monsieur le Maire?

Denis Coderre rêve d'une rue chaleureuse tout au long de l'année où on célèbre la nordicité de Montréal. Des terrasses extérieures, un nouveau mobilier urbain, des édifices illuminés. Le « buzz de la rue Sainte-Catherine », comme il dit.

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