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Alexeï Navalny, opposant numéro un à Vladimir Poutine

28/02/2014 07:21 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

Alexeï Navalny, assigné vendredi à résidence par un tribunal moscovite, est un juriste de 37 ans, orateur charismatique et pourfendeur de la corruption, adversaire résolu du président russe Vladimir Poutine.

La justice russe vient d'interdire à cet influent blogueur de quitter son domicile mais aussi d'utiliser le téléphone et surtout l'internet, une décision dénoncée par certains analystes et observateurs comme une tentative de le réduire au silence et de l'isoler.

Condamné à cinq ans de prison avec sursis pour des malversations qu'il affirme fabriquées de toutes pièces, il est visé par plusieurs autres enquêtes, dont une pour escroquerie au détriment de la marque française de cosmétiques Yves Rocher, qui lui a valu cette assignation à résidence.

M. Navalny a été placé sous contrôle judiciaire dans cette affaire pour laquelle il risque, avec son frère Oleg, jusqu'à 10 ans de camp. La justice lui reproche des infractions répétées aux mesures qui lui ont été imposées, ce que le principal intéressé dément.

Cette décision judiciaire intervient quelques jours à peine après sa condamnation à sept jours de détention pour avoir participé à un rassemblement non autorisé près du Kremlin, au cours duquel plus de 400 personnes ont été interpellées.

"Je n'ai peur d'aucune condamnation"-

"Je n'ai peur d'aucune condamnation", avait déclaré cette année ce grand blond aux yeux bleus dans un récent entretien à la chaîne de télévision proche de l'opposition Dojd.

"Un jour nous les vaincrons, et c'est nous qui les mettrons en prison (...), j'ai choisi moi-même ce destin", avait-il ajouté, affichant l'ambition de devenir un jour président et de mettre à bas un régime selon lui "fondé sur la corruption".

En septembre, son score à l'élection municipale de Moscou, où il arrive en deuxième position derrière le maire sortant Sergueï Sobianine avec 27,2% des voix, l'a conforté en leader de la contestation.

C'est grâce à internet, à son blog et à un site créé pour dénoncer la corruption qu'il s'est imposé en quelques années, alors que l'opposition accusait le coup après une décennie sous Vladimir Poutine.

Formé au début des années 1990 à l'université de l'Amitié des peuples, passé par le parti d'opposition libéral Iabloko d'où il a été exclu en 2007 pour ses prises de position nationalistes, Alexeï Navalny n'a eu de cesse de contester sur son propre terrain la légitimité du président russe, ex-agent du KGB qui a joué depuis 2000 sur l'image d'un défenseur intègre des intérêts du pays.

Le Fonds de lutte contre la corruption qu'il a créé en 2012, financé par des dons d'hommes d'affaires sympathisants, appuie précisément sur ce point faible du régime en place.

Diplômé en droit des affaires, il a ferraillé avec le pouvoir depuis 2007 en achetant des actions dans des groupes semi-publics comme le pétrolier Rosneft et le gazier Gazprom et, arguant de son statut d'actionnaire minoritaire, pour exiger la transparence des comptes.

- Croisade anti-corruption -

Son site internet Rospil traque les faits de corruption en décortiquant comptes et appels d'offre de l'administration. Il publie aussi des investigations, fac-similés de documents prouvant par exemple que tel ou tel responsable officiel possède villa ou intérêts non déclarés à l'étranger.

Le parti au pouvoir Russie unie est pour lui le "parti des voleurs et des escrocs": le slogan, lancé en 2011, a fait mouche.

Lorsque viennent les législatives de décembre 2011, qui vont déclencher une contestation sans précédent en Russie, Alexeï Navalny s'impose par le charisme de ses interventions, la virulence, voire la véhémence de ses prises de parole.

Il est condamné à deux reprises à 15 jours de cachot, à l'issue de manifestations.

La presse occidentale le met à la une. Le Time le classe en avril 2012 parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde, avant le retour de Vladimir Poutine au Kremlin et la montée d'une certaine résignation dans le pays.

Ses positions sont cependant ambivalentes: libéral, il a aussi participé régulièrement à des rassemblements aux relents racistes, tels que la Marche russe.

Marié à Ioulia Navalnaïa, il a deux enfants.

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