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A Madrid, l'adieu à Paco de Lucia, le guitariste espagnol de légende

28/02/2014 12:29 EST | Actualisé 30/04/2014 05:12 EDT

En silence, défilant recueillis devant le cercueil noyé sous les fleurs, des centaines d'admirateurs ont dit adieu vendredi à Madrid à Paco de Lucia, le légendaire guitariste espagnol de flamenco qui sera enterré samedi dans sa ville natale d'Algésiras, en Andalousie.

"C'est un Mozart de notre temps", s'émeut Pedro Benitez, un Madrilène de 45 ans, le premier dans la file qui, depuis tôt le matin, s'est formée devant la salle de concert de l'Auditorium national, attendant de pouvoir s'incliner devant la dépouille du guitariste virtuose.

"C'est un génie. Un génie dans tous les sens du mot. Dans sa façon de composer, d'innover".

Admirateur de Paco de Lucia depuis l'âge de cinq ans, il est venu se recueillir avec son épouse qui attend elle aussi depuis 7H30 du matin, deux oeillets blancs à la main.

Dans la grande salle de l'auditorium, le cercueil repose sur une estrade parmi une vingtaine de gerbes de fleurs, drapé du drapeau espagnol, rouge et jaune, et du drapeau andalou, vert et blanc. Sur le côté, une sobre photo en noir et blanc du musicien assis, alors jeune, en chemise blanche, guitare en main.

De temps à autre, un petit garçon s'approche du cercueil pour poser dessus, délicatement, encore une fleur, offerte par un admirateur.

Resté, malgré sa renommée planétaire, profondément attaché à sa terre natale et à la ville d'Algésiras où il a vu le jour le 21 décembre 1947, Paco de Lucia y sera enterré samedi, après des obsèques en l'église Notre-Dame de la Palma.

Auparavant, durant toute la nuit, ses admirateurs auront pu lui rendre hommage, invités à défiler, à partir de minuit, dans une chapelle ardente dressée dans une salle de la mairie.

De son vrai nom Francisco Sanchez Gomez, Paco de Lucia est mort d'une crise cardiaque mardi soir au Mexique. Agé de 66 ans, il avait été pris d'un malaise en jouant sur une plage de la région de Cancun avec son fils de huit ans.

Son corps a été rapatrié vendredi en Espagne, où son décès a soulevé une immense émotion, pour être installé, dans un cercueil fermé, dans la chapelle ardente dressée dans l'Auditorium national.

L'hommage de la foule témoignait de "l'immense affection" que lui portent les Espagnols, remarquait le ministre de la Culture, José Ignacio Wert, en arrivant sur place. "Il a toujours été un ambassadeur de la culture espagnole, un professeur, quelqu'un qui a porté le flamenco jusqu'au bout du monde".

"J'adore la guitare. Pour moi cela a été comme un coup de massue", confiait Ninfa Bonilla, une admiratrice hondurienne. "Je ne peux pas expliquer cela. Comme personne, comme professionnel, il était le meilleur".

Né dans une modeste famille d'Algésiras, Paco de Lucia a appris la guitare très jeune, formé par son père, un chanteur de flamenco méconnu.

Dès l'âge de 12 ans, le jeune prodige évoluait sur les planches des "tablaos", les salles flamenco enfumées, jouant la nuit pour rapporter un peu d'argent à la maison.

Musicien surdoué, il modernisera le flamenco, explorant aussi le répertoire du jazz, de la musique classique et de multiples horizons musicaux.

"Nous éprouvons beaucoup de tendresse et de respect pour tout ce qu'il a fait pour populariser le flamenco", racontait Javier Pinto, un peintre au chômage originaire de Cadix, l'une des patries du flamenco dans le sud de l'Espagne, qui attendait dans la foule, un oeillet rouge à la main.

"L'art unit et cet homme était un porte-drapeau de l'art. Nous tous qui nous croyons un tant soit peu artistes, nous devons être là, c'est une obligation", remarque Diego Moreno, un Andalou d'une cinquantaine d'années.

Sur une table à l'écart du cercueil, étaient ouverts trois registres de condoléances.

"Merci pour ton héritage. Merci d'être né. Merci maître", avait écrit une main anonyme sur la première page de l'un des livres.

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