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Venezuela: les étudiants appellent de nouveau à battre le pavé à Caracas

27/02/2014 08:53 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

Les étudiants qui protestent depuis trois semaines au Venezuela contre la gestion du président Nicolas Maduro ont appelé à manifester jeudi à Caracas, au lendemain d'un "dialogue national" dont l'opposition était largement absente.

Alors que le Venezuela commémore ce jeudi le "Caracazo", insurrection populaire de 1989 contre le président Carlos Andres Perez qui avait fait des centaines de morts, les étudiants appellent à manifester sous le mot d'ordre "pas un mort de plus" lancé par l'un des leaders du mouvement, Juan Requesens.

Le bilan des violences survenues depuis le début des manifestations étudiantes le 4 février est de 14 morts, dont au moins huit par balle, et de 140 blessés.

Mercredi soir, le président Nicolas Maduro, qui assimile cette grogne à une tentative de coup d'Etat fomentée avec l'aide de Washington, a tenu une session de dialogue au palais présidentiel avec des représentants du patronat, de l'épiscopat, d'intellectuels, de journalistes, de députés et de gouverneurs de province.

La rencontre a été marquée par l'absence des dirigeants de la Table de l'unité démocratique (MUD), principale coalition de l'opposition, et de sa principale figure, Henrique Capriles, battu d'un cheveu par M. Maduro à l'élection présidentielle d'avril 2013.

M. Capriles et la MUD ont refusé de se prêter à ce qu'ils ont qualifié de "farce". Ils réclament la fin de la répression et le libération de l'opposant radical Leopoldo Lopez, incarcéré le 18 février pour incitation à la violence.

Le Venezuela a été le théâtre "d'évènements violents qui ont touché la société (...) Nous ne pouvons attendre qu'il y ait une escalade (...) en ce contexte de grande commotion nationale nous appelons au dialogue", a déclaré à l'ouverture de la rencontre l'héritier politique d'Hugo Chavez (1999-2013), élu il y a 11 mois.

Jorge Roig, président de la Fedecamaras, le patronat vénézuélien, était l'une des voix de l'opposition à cette réunion.

"Notre pays ne va pas bien, président, nous sommes en train de nous entre-tuer entre Vénézuéliens et cela est grave. Vous avez une responsabilité; en tant que chef de l'Etat vous vous devez d'apaiser les esprits", a exhorté M. Roig, régulièrement accusé par les autorités d'oeuvrer à la déstabilisation économique du pays.

De leur côté, les dirigeants étudiants impliqués dans le mouvement et les recteurs des universités n'ont pas participé à la réunion.

- Préoccupation des ONG -

Soutenu par une partie de l'opposition, le mouvement étudiant était initialement focalisé sur l'insécurité, critique dans cet État pétrolier, avant d'étendre ses revendications aux thèmes de la crise économique, des fréquentes pénuries de produits de première nécessité et de la répression policière.

Même si la mobilisation a faibli ces derniers jours, les autorités ont fait état mercredi de rassemblements dans 14 villes différentes, notamment San Cristobal (nord-ouest), berceau du mouvement, Valencia et Maracay (nord).

A Caracas, quelque milliers de manifestants, en majorité des femmes, ont marché sur une caserne de la Garde nationale, demandant de "désobéir aux Cubains, une armée d'invasion qui donnent les ordres". Non loin de là, une foule de paysans "chavistes" s'était rassemblée devant le palais de Miraflores.

Jeudi matin, alors que débutait une succession de six jours fériés à l'occasion du Carnaval, des blocages de routes ont été rapportés dans quelques quartiers de l'est de Caracas et à Valencia, troisième ville du pays et important pôle industriel.

Depuis le début du mouvement, plusieurs ONG ont alerté sur des violations présumées des droits de l'homme par les forces de sécurité. L'une d'entre elles, le Forum pénal vénézuélien, a notamment dénombré 33 cas de violations, alors que le ministère public a annoncé l'ouverture de 12 enquêtes.

Peu avant le début de la "conférence de paix" de mercredi soir, un juge a ordonné la détention préventive de cinq agents des services de renseignements soupçonnés d'être impliqués dans les décès par balle d'un étudiant et d'un militant "chaviste" le 12 février à Caracas.

Dans une apparente volonté d'apaisement, M. Maduro a par ailleurs fait part de son désir d'améliorer les relations diplomatiques avec les Etats-Unis, accusés parmi d'autres de soutenir les manifestants. Il a annoncé l'envoi rapide d'un ambassadeur aux Etats-Unis, alors que les deux pays n'ont plus d'ambassadeurs respectifs depuis 2010.

Mercredi à Rome, le pape François a lancé un appel aux responsables politiques et au peuple vénézuélien, très majoritairement catholique, pour que l'emportent "le dialogue" et "la réconciliation nationale".

De son côté, l'OEA (Organisation des États américains) a programmé jeudi une session extraordinaire de son Conseil permanent afin d'étudier la possibilité d'un sommet ministériel régional sur le Venezuela.

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