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Venezuela : des étudiants tentent de mobiliser de nouveau à Caracas

27/02/2014 01:18 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

Les étudiants qui protestent depuis trois semaines au Venezuela contre la gestion du président Nicolas Maduro ont commencé à manifester jeudi à Caracas, au lendemain d'un "dialogue national" dont l'opposition était largement absente.

Alors que le Venezuela commémore ce jeudi le "Caracazo", insurrection populaire de 1989 contre le président Carlos Andres Perez qui avait fait des centaines de morts, les étudiants étaient appelés à manifester sous le mot d'ordre "Pas un mort de plus" lancé par l'un des dirigeants du mouvement, Juan Requesens.

Dans la matinée, alors que débutait une succession de six jours fériés à l'occasion du Carnaval, des blocages de routes ont été rapportés dans quelques quartiers de l'est de Caracas et à Valencia, troisième ville du pays et important pôle industriel. A Maracay, des habitants ont fait état de pillages de magasins d'alimentation et d'alcool.

Au début du rassemblement à la mi-journée, les étudiants n'étaient encore que quelques centaines à manifester dans le quartier de Rosales, à l'est de la capitale, selon un photographe de l'AFP.

Plus près du centre-ville, au palais présidentiel de Miraflores, une cérémonie officielle était prévue en présence du président Maduro pour célébrer l'anniversaire de la révolte de 1989.

Soutenu par une partie de l'opposition, le mouvement étudiant était initialement focalisé sur l'insécurité, critique dans cet État pétrolier, avant d'étendre ses revendications aux thèmes de la crise économique, des fréquentes pénuries de produits de première nécessité et de la répression policière.

Le bilan des violences survenues depuis le début des manifestations étudiantes le 4 février est de 14 morts, dont au moins huit par balle, et de 140 blessés.

Mercredi soir, le président Nicolas Maduro, qui assimile cette grogne à une tentative de coup d'Etat fomentée avec l'aide de Washington, a tenu une session de dialogue au palais présidentiel avec des représentants du patronat, de l'épiscopat, d'intellectuels, de journalistes, de députés et de gouverneurs de province.

- "Notre pays ne va pas bien" -

La rencontre a été marquée par l'absence des dirigeants de la Table de l'unité démocratique (MUD), principale coalition de l'opposition, et de sa principale figure, Henrique Capriles, battu d'un cheveu par M. Maduro à l'élection présidentielle d'avril 2013.

M. Capriles et la MUD ont refusé de se prêter à ce qu'ils ont qualifié de "farce". Ils réclament la fin de la répression et le libération de l'opposant radical Leopoldo Lopez, incarcéré le 18 février pour incitation à la violence.

"Nous ne pouvons attendre qu'il y ait une escalade (...) en ce contexte de grande commotion nationale nous appelons au dialogue", a déclaré à l'ouverture de la rencontre l'héritier politique d'Hugo Chavez (1999-2013).

Jorge Roig, président de la Fedecamaras, le patronat vénézuélien, était l'une des rares voix de l'opposition à cette réunion.

"Notre pays ne va pas bien, président, nous sommes en train de nous entre-tuer entre Vénézuéliens et cela est grave. Vous avez une responsabilité; en tant que chef de l'Etat vous vous devez d'apaiser les esprits", a exhorté M. Roig, régulièrement accusé par les autorités d'oeuvrer à la déstabilisation économique du pays.

De leur côté, les dirigeants étudiants impliqués dans le mouvement et les recteurs des universités n'ont pas participé à la réunion.

Même si la mobilisation a faibli ces derniers jours, les autorités ont fait état mercredi de rassemblements dans 14 villes différentes, dont Caracas et San Cristobal (nord-ouest), berceau du mouvement.

A Caracas, quelque milliers de manifestants, en majorité des femmes, ont marché sur une caserne de la Garde nationale, demandant de "désobéir aux Cubains, une armée d'invasion qui donnent les ordres". Non loin de là, une foule de paysans "chavistes" s'était rassemblée devant le palais de Miraflores.

Depuis le début du mouvement, plusieurs ONG ont alerté sur des violations présumées des droits de l'homme par les forces de sécurité. L'une d'entre elles, le Forum pénal vénézuélien, a notamment dénombré 33 cas de violations, alors que le ministère public a annoncé l'ouverture de 12 enquêtes.

Peu avant le début de la "conférence de paix" de mercredi soir, un juge a annoncé la détention préventive de cinq agents des services de renseignements soupçonnés d'être impliqués dans les décès par balle d'un étudiant et d'un militant "chaviste" le 12 février à Caracas.

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