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Ukraine: réapparition de Ianoukovitch, des pro-russes occupent le gouvernement de Crimée

27/02/2014 06:16 EST | Actualisé 29/04/2014 05:12 EDT

Les événements se sont de nouveau accélérés jeudi en Ukraine avec la réapparition du président déchu Viktor Ianoukovitch, désormais sous la protection de la Russie, et des tensions de plus en plus vives en Crimée, où est stationnée la flotte russe.

Tôt dans la matinée de jeudi, plusieurs dizaines d'hommes armés s'étaient emparés du siège du parlement et du gouvernement de Crimée, péninsule russophone du sud de l'Ukraine, à Simféropol, sur lesquels ils ont hissé le drapeau russe, et empêchaient l'accès des employés aux bâtiments.

Ils sont "bien entraînés, armés de fusils de précision" et ont pour un mois de munitions", selon le député Serguiï Kounitsyne, ancien premier ministre de Crimée et membre du parti du boxeur Vitali Klitschko, qui a déclaré au Parlement avoir passé la nuit au téléphone avec ses proches en Crimée.

Les nouvelles autorités de Kiev ont vivement réagi aux nouveaux développements dans le sud du pays.

Le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a annoncé la mise en alerte de l'ensemble de la police et des forces spéciales afin d'éviter "un bain de sang parmi la population civile" et "l'évolution de la situation en affrontements armés". Une enquête pour "terrorisme" a également été ouverte.

Au Parlement, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a mis en garde Moscou contre la tentation de faire intervenir sa flotte, basée dans la ville voisine de Sébastopol.

"Je m'adresse aux dirigeant militaires de la flotte de la mer Noire: tous les militaires doivent rester sur le territoire prévu par les accords. Tout mouvement de troupe armé sera considéré comme une agression militaire", a-t-il déclaré lors d'une séance qui devait initialement être consacrée à la confirmation d'un nouveau gouvernement.

La Crimée, peuplée majoritairement de russophones, est la région d'Ukraine la plus susceptible de s'opposer aux nouvelles autorités en place à Kiev après le renversement de Viktor Ianoukovitch. Elle a d'abord appartenu, au sein de l'URSS, à la Russie, avant d'être rattachée à l'Ukraine en 1954.

L'ex-président, qui n'avait pas donné signe de vie depuis sa destitution au Parlement samedi et qui est recherché en Ukraine pour "meurtres de masse", a refait surface jeudi en Russie, dont il a réclamé et obtenu la protection face aux "extrémistes".

"Je me considère toujours comme le chef légitime de l'Etat ukrainien", a-t-il dit dans une déclaration "au peuple ukrainien" transmise aux agences de presse russes.

"Malheureusement, tout ce qui se passe actuellement au Parlement d'Ukraine est illégitime", a-t-il ajouté, soulignant l'absence au parlement de nombreux députés de sa formation, le Parti des Régions.

"Je me vois contraint de demander aux autorités de la Fédération de Russie d'assurer ma protection personnelle face aux actions menées par des extrémistes", a-t-il ajouté. "On assiste dans les rues de nombreuses villes de notre pays à un déchaînement d'extrémisme. Des menaces physiques me sont adressées personnellement ainsi qu'à mes partisans".

"Il devient évident que le peuple dans le sud-est et en Crimée n'accepte pas le vide du pouvoir et l'arbitraire qui règne dans le pays, quand les ministres sont désignés par la foule sur la place publique", a-t-il aussi déploré.

- Nouvelle escalade -

Ces événements marquent une nouvelle escalade dans les tensions qui opposent le nouveau pouvoir pro-occidental en place à Kiev et les éléments pro-russes en Ukraine.

Le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a lancé jeudi une mise en garde contre "un jeu très dangereux" en Crimée.

"Nous suivons le cours des événements en Crimée avec une grande attention et une grande préoccupation. Des hommes armés ont occupé des bâtiments du gouvernement à Simféropol. C'est une action radicale", a-t-il déclaré.

Pendant ce temps, la session parlementaire censée confirmer l'entrée en fonctions d'un gouvernement de transition mené par le leader pro-européen Arseni Iatseniouk était suspendue pour une heure. Le vote devrait avoir lieu en début d'après-midi, a indiqué M. Iatseniouk.

A 39 ans, le dirigeant, membre du parti de l'égérie de la Révolution orange Ioulia Timochenko, et qui a déjà été ministre de l'Économie et des Affaires étrangères, devrait prendre la tête du gouvernement d'union nationale appelé à diriger le pays, avant l'élection présidentielle anticipée prévue le 25 mai.

La composition du gouvernement, qui comprend plusieurs personnalités issues du mouvement de contestation, avait été solennellement dévoilée mercredi soir par le conseil du Maïdan --composé des leaders politiques de la contestation ukrainienne, de la société civile et des groupes radicaux-- devant une place de l'Indépendance noire de monde.

L'exécutif va affronter la tâche herculéenne d'empêcher l'Ukraine de sombrer dans la banqueroute et de contrer les tendances séparatistes à l'oeuvre dans le sud et l'est du pays, où une grande partie de la population se sent plus proche de Moscou que de Kiev.

Pour épauler les nouvelles autorités ukrainiennes, les États-Unis ont offert leur garantie à hauteur d'un milliard de dollars dans le cadre d'un possible prêt des institutions financières internationales pour ce pays.

"Nous sommes en train de formuler une garantie sur un prêt d'un milliard de dollars", a dit M. Kerry, ajoutant que "les Européens réfléchissaient à 1,5 milliard de dollars" de garantie, au lendemain de l'annonce par les Russes qu'ils n'avaient pas "d'obligations légales" de verser le solde de leur prêt de 15 milliards de dollars, dont l'Ukraine n'a reçu pour l'instant qu'un cinquième.

L'Ukraine, en pleine crise économique et politique, a besoin d'une aide de 35 milliards de dollars dans les deux années à venir. Signe de défiance, la hryvnia, la monnaie ukrainienne, a perdu environ 18% de sa valeur depuis le début de l'année.

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